Marseille : « Toute ma vie, j'ai été d'une droiture exemplaire », clame Jean-Noël Guérini à la barre

PROCES Discret, voire mutique depuis qu’il est au cœur d’un scandale politico-financier avec son frère, Jean-Noël Guérini a tenu à défendre sa probité à l’ouverture du procès Guérini ce lundi à Marseille

Mathilde Ceilles
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Jean-Noel Guerini
Jean-Noel Guerini — AFP
  • Ce lundi s’est ouvert le procès Guérini, portant sur des marchés publics présumés truqués.
  • Cette affaire implique l’entrepreneur Alexandre Guérini et son frère, l’ancien président socialiste du conseil général Jean-Noël Guérini.
  • Ce dernier, jusqu’ici mutique, a défendu à la barre sa probité malgré les polémiques du passé.

De notre envoyée spéciale au tribunal correctionnel de Marseille,

Les cheveux grisonnants, Jean-Noël Guérini semble quelque peu désorienté dans la salle des pas perdus du palais Monthyon de Marseille. Après une décennie d’enquête, le procès retentissant qui porte désormais son nom et celui de son frère s’ouvre enfin. Les caméras sont braquées sur l’homme trapu, suivant à la trace chacun de ses mouvements. Dans ce bal étrange, l’ancien président du conseil général des Bouches-du-Rhône​ fuit les médias, fidèle à la cure de silence à laquelle il s’astreint depuis qu’il est au cœur d’un scandale de marchés publics présumés truqués.

L’ancien baron du PS de la cité phocéenne est en effet accusé d’avoir fait préempter un terrain par le conseil général, puis de l’avoir vendu à une communauté d’agglomération, tout en sachant que cette vente bénéficierait à son frère, Alexandre, entrepreneur dans les déchets, qui comptait utiliser le terrain pour agrandir une décharge.

« Toute ma vie, j’ai été d’une droiture exemplaire »

Le silence sera finalement brisé dans la petite salle qui accueille ce procès-fleuve pendant près d’un mois. Loin des caméras de télévision qui le coursent, dans son costume noir, celui qui est toujours sénateur s’approche du micro, à la barre, tandis que son frère, qui vient de s’exprimer, se rassoit. Le ton est calme, le discours marqué de pauses, donnant une certaine théâtralité au propos. Faisant fi des polémiques du passé à son égard et de sa réputation sulfureuse, Jean-Noël Guérini martèle : « Je tiens à vous le dire, Madame la présidente. Toute ma vie, j’ai été d’une droiture exemplaire. »

Et de s’agacer. « J’ai beaucoup au fil des années entendu des choses me concernant, parfois, en toute modestie très désagréables, mettant en cause ma probité, mon honneur. Madame la présidente, si certains qualificatifs ont été prononcés sur ma modeste personne, est-ce que les hommes et les femmes qui ont voté pour moi aux dernières élections auraient pu le faire si j’étais comme certains le disent un monstre ? » L’ancien homme fort de la gauche marseillaise est en effet parvenu à conserver son siège de sénateur à l’automne dernier, à l’issue d’une campagne électorale discrète.

Immigrés corses aux Catalans

Interrogé sur son parcours par la cour, Jean-Noël Guérini évoque spontanément sa famille, et notamment son enfance. Plus tôt, Alexandre Guérini, avec la même emphase, soulignait les mêmes points. Tour à tour, les deux frères rendent hommage à leurs parents pauvres, d’origine corse, ayant habité toute leur vie dans un appartement d’un HLM aux Catalans. La présidente fait remarquer à Alexandre Guérini qu’il avait conservé ce logement au moment de l’enquête, sans pour autant répondre aux critères sociaux. « J’avais conservé cet appartement de façon tout à fait sentimental, confirme-t-il sans difficulté. Mais je payais un surloyer de 450 euros ! »

Assis côte à côte dans la petite salle du palais Monthyon, les deux frères ne s’adressent pas un mot, ni un regard dans la salle des pas perdus. Accusé d’avoir agi ensemble pendant des années au service de leurs intérêts, ni l’un ni l’autre n’évoque à la barre le lien qui les unit, et qui constitue le fondement de ce dossier. Un assesseur s’en étonne et interpelle Jean-Noël Guérini à ce propos.

« Je n’ai plus de relation avec mon frère »

A ces mots, alors qu’il semblait jusqu’ici droit dans ses bottes, déroulant son discours avec aplomb, l’ancien président du conseil général semble vaciller pour la première fois de la journée. Jean-Noël Guérini tente une première réponse, s’interrompt, bafouille. Après une décennie d’enquête, de polémique et de bourrasque médiatique, où est donc passée l’hydre à deux têtes d’autrefois ? Qu’est-il advenu de ce lien si spécial entre l’élu et « Monsieur Frère » qui avait permis une omniprésence d’Alexandre Guérini au département et à la communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM), alors présidée par le Parti socialiste ?

« Mon rôle, Madame la présidente, c’est de vous dire la vérité, confie Jean-Noël Guérini. Ça fait plusieurs années que je n’ai plus de relation avec mon frère. Mais mon frère demeurera toujours mon frère. C’est ma famille. C’est sacré. On peut avoir des différents. On en a. Mais ça demeurera mon frère. »