Affaire Bygmalion : Nicolas Sarkozy a (encore) rendez-vous au tribunal

PROCES L’audience pourrait toutefois être renvoyée à une date ultérieure en raison de l’état de santé d’un des avocats, malade du Covid-19

Vincent Vantighem

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Villepinte, le 11 mars 2012. Dans le dossier Bygmalion, Nicolas Sarkozy est accusé d'avoir dépensé le plafond de dépenses autorisé par la loi pour une campagne présidentielle en raison de meetings dispendieux.
Villepinte, le 11 mars 2012. Dans le dossier Bygmalion, Nicolas Sarkozy est accusé d'avoir dépensé le plafond de dépenses autorisé par la loi pour une campagne présidentielle en raison de meetings dispendieux. — JOEL SAGET / AFP
  • A partir de ce mercredi, Nicolas Sarkozy doit être jugé avec treize autres prévenus dans l’affaire dite « Bygmalion ».
  • L’ancien chef de l’État encourt une peine d’un an de prison et 3.750 euros d’amende pour le financement illégal de sa campagne présidentielle de 2012.
  • Le procès pourrait toutefois être renvoyé à une date ultérieure en raison de l’état de santé de l’avocat de Jérôme Lavrilleux.

Il connaît déjà le chemin. Le moelleux des sièges dévolus aux prévenus. Et même la dureté de la barre sur laquelle il va s’appuyer. Un peu plus de deux semaines après avoir été condamné à de la prison ferme dans l’affaire dite « des écoutes Paul Bismuth », Nicolas Sarkozy a de nouveau rendez-vous avec la justice ce mercredi. Avec treize autres prévenus, il doit être jugé par le tribunal judiciaire de Paris pour le financement illégal de sa campagne présidentielle de 2012 dans le dossier dit « Bygmalion ».

L’audience pourrait toutefois être renvoyée à une date ultérieure en raison de l’état de santé de l’avocat de Jérôme Lavrilleux, malade du Covid-19 et hospitalisé. Tous les avocats de la procédure se sont en effet associés à sa demande de renvoi que le tribunal examinera dès l’ouverture de l’audience, à 13h30. Et le parquet, qui a déjà proposé à la juridiction des dates de repli en mai et juin, ne devrait pas s’y opposer.

Sarkozy a fait 44 meetings contre une dizaine pour Hollande

Il faudra donc sans doute patienter avant de se plonger dans cette affaire qui, de Jean-François Copé à François Fillon, a littéralement fait exploser la droite française après son échec à l’élection présidentielle de 2012. À l’époque, après un premier quinquennat, Nicolas Sarkozy avait décidé de rempiler pour un second mandat de président. Et pour convaincre l’opinion publique, il avait tablé sur une campagne éclair. De quelques mois. Un peu sur le modèle de François Mitterrand en 1988.

Sauf que, très vite, celle-ci a pris l’allure d’un train lancé à pleine vitesse. Un train que rien ne peut arrêter avant qu’il ne déraille. Ainsi, alors que son équipe avait au départ tablé sur l’organisation d’une quinzaine de coûteux meetings, Nicolas Sarkozy en fera 44 entre janvier et le 6 mai 2012, soit plus de huit par mois, tandis que son challenger, François Hollande, s’en contentera d’une dizaine au total. C’est donc pour avoir laissé filer ses comptes de campagne au-delà du plafond autorisé par la loi sans avoir tenu compte des alertes des experts-comptables que l’ancien chef de l’État est jugé cette fois-ci.

Une symphonie composée spécialement pour l’occasion

Il faut dire que pour emporter la bataille, Nicolas Sarkozy avait choisi d’en mettre plein la vue. Les chaînes d’information en continu attirent de plus en plus de téléspectateurs ? On leur fournit des images grandioses de forêts de drapeaux bleu blanc rouge à l’aide de caméras installées sur des filins. Il faut que les militants soient nombreux ? On affrète des trains et des bus. Il faut une musique qui claque quand le président candidat entre sur scène ? On fait composer une symphonie spécialement pour l’occasion. Rien n’est trop beau.

Évidemment, tout cela a un coût. Chargées de monter les « spectacles », la société Bygmalion et sa filiale, Event & Cie, alignent les factures. Jusqu’à ce que l’équipe de campagne comprenne que le plafond de dépenses autorisé par la loi (22,5 millions d’euros) va être dépassé, invalidant de fait la candidature de Nicolas Sarkozy…

Les experts-comptables émettent alors des doutes sur la tenue finale des comptes. Mais la magie de la campagne opère. Nicolas Sarkozy remonte dans les sondages. Et rien ne peut arrêter la machine. Le 11 mars, quatre jours seulement après un premier avertissement des comptables, le candidat tient un meeting à Villepinte dont le coût (près de 6 millions d’euros) représente à lui seul le quart du budget autorisé !

18,5 millions de fausses factures selon le juge Tournaire

Pour réduire la facture tout en maintenant le train de la campagne, les cadres de l’UMP et de la société Bygmalion sont aujourd’hui accusés d’avoir monté un système de fausses factures. Le principe était de faire supporter le coût des meetings de campagne par le parti plutôt que par le candidat en faisant croire qu’ils correspondaient à des conventions politiques bidon.

« Au total, 18,5 millions de fausses factures ont été réglées par l’UMP, allégeant d’autant les comptes de l’Association pour le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy », assure ainsi le juge d’instruction Serge Tournaire qui parle, dans son ordonnance, de « maquillages », de « manipulations » et de « dérapages ».

Comme la plupart des protagonistes du dossier, Nicolas Sarkozy a martelé ne pas avoir été mis au courant de la situation financière. Et le juge n’a pas trouvé la preuve que le candidat ait été informé. « L’enquête n’a pas établi qu’il avait ordonné [les fraudes] ni qu’il y avait participé ni même qu’il en avait été informé […] Mais il en a incontestablement bénéficié. » Même si, finalement, cela ne lui a pas permis de remporter l’élection.

Uniquement renvoyé pour le délit de « financement illégal de campagne électorale », Nicolas Sarkozy encourt une peine d’un an de prison et une amende de 3.750 euros. Si le procès n’est pas renvoyé, il devrait durer jusqu’au 15 avril. Nicolas Sarkozy a déjà fait savoir qu’il n’assisterait qu’aux audiences le concernant personnellement. « Même si, évidemment, il se tiendra à la disposition du tribunal », fait savoir son entourage.

Suivez l’audience en direct sur le compte Twitter de notre journaliste : @vvantighem