Affaire Bygmalion : Les avocats demandent le renvoi du procès en raison de l’épidémie de Covid

PROCÈS Positif au coronavirus et hospitalisé, Christian Saint-Palais, l’avocat de Jérôme Lavrilleux, demande le renvoi du procès qui doit débuter mercredi 17 mars

Vincent Vantighem

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Paris, le 15 juin 2015. Jérôme Lavrilleux (à droite) arrive à la section financière du parquet de Paris accompagné par Christian Saint-Palais, son avocat (à gauche).
Paris, le 15 juin 2015. Jérôme Lavrilleux (à droite) arrive à la section financière du parquet de Paris accompagné par Christian Saint-Palais, son avocat (à gauche). — THOMAS SAMSON / AFP
  • Le tribunal judiciaire de Paris doit examiner, à partir de mercredi 17 mars et jusqu’au 15 avril, l’affaire dite « Bygmalion » dans laquelle 14 prévenus, dont Nicolas Sarkozy, sont renvoyés.
  • Tous les avocats s’associent à une demande de renvoi de l’audience déposée par Christian Saint-Palais, l’avocat de Jérôme Lavrilleux, qui a dû être hospitalisé en raison du coronavirus.
  • Si le tribunal renvoie le procès, la difficulté sera de trouver une nouvelle date qui convienne à tout le monde alors que l’élection présidentielle de 2022 approche.

On savait déjà pour la perte du goût et de l’odorat. Pour la grosse fatigue. Et la fièvre évidemment. Sans parler des difficultés respiratoires. Mais les magistrats du tribunal judiciaire de Paris ont découvert, cette semaine, que le coronavirus pouvait aussi engendrer des nœuds au cerveau. Après avoir planché pendant des mois sur l’organisation, ils se demandent tous si le procès de l’affaire dite « Bygmalion » va bien pouvoir se tenir à partir de mercredi prochain, comme prévu initialement.

Qu’ils soient en défense des prévenus ou en soutien des parties civiles, tous les avocats de la volumineuse procédure se sont en effet associés à une demande de renvoi déposée par Jérôme Lavrilleux, en raison de l’état de santé de son avocat. Touché par le coronavirus, Christian Saint-Palais a en effet dû être hospitalisé lundi. Et il a déjà prévenu qu’il ne pourrait pas être présent à l’ouverture de l’audience, mercredi à 13h30.

« On ne peut pas le remplacer à cinq jours de l’audience »

« J’ai effectivement déposé une demande de renvoi pour cette raison, confirme à 20 Minutes Jean-Yves Le Borgne, l’associé de Christian Saint-Palais. Mais je ne sais pas le sort que le tribunal lui réservera… » Souverains, les magistrats du siège ont toute latitude pour décider de la suite des événements. Ils peuvent renvoyer le procès à une date déterminée ou non, ordonner des expertises médicales ou même choisir de poursuivre les débats.

La dernière option semble toutefois peu vraisemblable. « Christian Saint-Palais est l’avocat en première ligne sur ce dossier, confie un de ses confrères. On ne peut pas le remplacer comme cela à quelques jours de l’audience. Même par un de ses associés… » D’autant que son client n’est pas n’importe quel protagoniste de l’affaire.

Aujourd’hui reconverti dans la gestion de gîte dans le Périgord, Jérôme Lavrilleux était le directeur adjoint de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, en 2012. C’est lui qui, les larmes aux yeux, avait reconnu lors d’une interview sur BFM qu’il y avait eu « un dérapage » des comptes, laissant entendre que le candidat de droite avait bénéficié d’un système de fausses factures lui permettant d’engager quasiment 45 millions d’euros de dépenses lors de la campagne, soit plus du double de ce que la loi lui permettait.

L’élection présidentielle de 2022 approche

Personnage pivot, Jérôme Lavrilleux doit être jugé avec treize autres prévenus dans cette tentaculaire affaire qui a pourri la vie du parti de droite pendant des années. A commencer par celle de Nicolas Sarkozy. Condamné le 1er mars à de la prison ferme dans l’affaire dite « des écoutes de Paul Bismuth », l’ancien chef de l’État encourt, cette fois-ci, une peine d’un an de prison et de 3.750 euros d’amende pour « financement illégal de la campagne ». Il a toujours nié avoir été informé du dérapage des dépenses. Très offensif dans les médias depuis sa condamnation, il devra donc peut-être patienter avant de pouvoir s’expliquer à la barre d’un tribunal qu’il connaît désormais bien.

Et si le procès est renvoyé, l’un des enjeux sera de trouver une date qui convient aux 14 prévenus, à leurs avocats et au parquet de Paris. Mais aussi à la vie politique française alors que Les Républicains se sont constitués partie civile dans la procédure. Si les choses traînent trop, la proximité de l’élection présidentielle de 2022 et la trêve judiciaire qui l’accompagne pourrait ainsi contraindre le tribunal à reporter le procès à une date bien plus lointaine. Une date à laquelle le coronavirus ne sera peut-être plus qu’un mauvais souvenir.