Marseille : La tentaculaire affaire Guérini devant la justice

POLITIQUE Ce lundi s’ouvre à Marseille le procès Guérini, une affaire de marchés publics présumés trafiqués impliquant Jean-Noël Guérini et son frère Alexandre

Mathilde Ceilles
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Jean-Noël Guérini en 2015
Jean-Noël Guérini en 2015 — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
  • Ce lundi s’ouvre à Marseille pour un mois le procès Guérini, qui porte sur des soupçons de marchés publics trafiqués impliquant Jean-Noël et Alexandre Guérini.
  • Douze prévenus sont appelés à la barre, après une enquête qui a duré plus d’une décennie.

Il quitte la discrétion du Palais du Luxembourg pour le tintamarre du palais Monthyon. Ce lundi s’ouvre devant le tribunal correctionnel de Marseille le procès Guérini, l’un des plus importants de l’année dans la cité phocéenne. Au cœur de ce dossier tentaculaire, Jean-Noël Guérini et son frère Alexandre, deux notables marseillais, un duo de têtes de Maure accusé d’avoir orchestré le trucage de marchés publics.

D’un côté se trouve l’homme de pouvoir, ancien président du conseil général des Bouches-du-Rhône, ancien patron local indéboulonnable du parti socialiste, ancien prétendant à la mairie, aujourd’hui sénateur dont il se dit que ses réseaux sont bel et bien actifs encore à Marseille. D’abord mis en examen pour un bouquet garni de chefs d’inculpation, Jean-Noël Guérini répondra finalement uniquement de soupçons de prise illégale d’intérêts. Il risque cinq ans de prison, 500.000 euros d’amende et une éventuelle peine d’inéligibilité.

Charges et décharges

Le parquet se concentrera sur son rôle dans l’affaire dite de la décharge du Mentaure, alors qu’il était président du conseil général. Concrètement, Jean-Noël Guérini devra s’expliquer sur son vote, en juin 2006 en commission permanente, autorisant la cession d’un terrain situé à la Ciotat à la communauté d’agglomération « alors qu’il savait que cette cession allait profiter à son frère Alexandre Guérini », selon les termes du juge d’instruction dans son ordonnance de renvoi, que 20 Minutes a pu se procurer.

Alexandre Guérini, l’autre tête de ce duo, dirigeait en effet la société SMA Environnement, attributaire d’un marché public portant sur l’aménagement et l’exploitation de ce terrain utilisé comme centre d’enfouissement des déchets ménagers. Trafic d’influence, blanchiment aggravé, abus de confiance, complicité d’atteinte à la liberté d’accès ou l’égalité des candidats dans les marchés publics… Les griefs envers cet entrepreneur de 64 ans spécialisé dans les déchets sont nombreux. Alexandre Guérini se voit notamment reprocher d’éventuelles interventions dans les marchés publics de gestion des déchets de plusieurs collectivités territoriales à son profit ou ceux de ses proches. Il encourt dix ans de prison, 750.000 euros d’amende, l’interdiction d’exercer une profession commerciale ou industrielle ou de gérer une entreprise.

« Un dévoiement généralisé de la chose publique au service d’intérêts privés »

« C’est un dévoiement généralisé de la chose publique au service d’intérêts économiques privés, outre une confusion permanente dans la définition des priorités devant présider au fonctionnement des collectivités publiques et des entreprises privées » écrit le juge d’instruction dans son ordonnance de renvoi.

« On a affaire à des gens qui se connaissent, issus des mêmes milieux à l’époque, une sorte d’association de malfaiteurs copains. », affirme Me Christian Méjean, avocat de la famille Semaire. Ces derniers, partie civile, se disent victimes de pression de la part d’Alexandre Guérini, pour vendre un de leurs terrains nécessaires à l’extension d’une décharge de l’entrepreneur.

Douze prévenus

« Le dossier Guérini a suscité notre indignation, car il y a un mélange de genre, une confusion, estime Eric Alt, vice-président d’Anticor, partie civile dans cette affaire. Mener cette affaire jusqu’à son terme, c’est déjà ne pas donner un gage d’impunité et casser une certaine dynamique supposée à Marseille. »

Entre les frères Guérini, un banquier, un directeur de cabinet, des fonctionnaires de communauté urbaine… Pas moins de 12 prévenus sont convoqués au total dans ce procès à tiroirs qui s’ouvre après une décennie d’enquête et trois juges d’instruction. « Mon client est épuisé par une procédure judiciaire pour laquelle il ne voyait pas d’aboutissement », lance même Me Olivier Lantelme, avocat de l’un des prévenus. Son dénouement est annoncé pour le 9 avril. Contactés, les avocats des frères Guérini n’ont pas souhaité donner suite à nos sollicitations.