Bouches-du-Rhône : Des ONG environnementales poursuivent la raffinerie de La Mède en justice

ENVIRONNEMENT Des ONG environnementales comme Greenpeace contestent l’autorisation préfectorale  accordée à la raffinerie Total de la Mède, connue pour importer de l’huile de palme

Mathilde Ceilles

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Greenpeace dénonce depuis de nombreuses années la raffinerie de la Mède qui utilise l'huile de palme pour fabriquer du biocarburant
Greenpeace dénonce depuis de nombreuses années la raffinerie de la Mède qui utilise l'huile de palme pour fabriquer du biocarburant — BORIS HORVAT / AFP
  • Des ONG environnementales comme Greenpeace ont déposé un recours contre l'autorisation du préfet accordée à la raffinerie Total de La Mède.
  • Ces dernières estiment notamment que l'étude d'impact ne prend pas en compte les conséquences écologiques internationales d'une telle raffinerie, connue pour importer de l'huile de palme. 

Les controverses autour de La Mède n’en finissent pas. Après plusieurs actions coup de poing pour dénoncer cette raffinerie du groupe Total​, dans les Bouches-du-Rhône, plusieurs ONG environnementales ont décidé de saisir la justice. Ainsi, ce jeudi, le tribunal administratif de Marseille examinera le recours déposé en juillet 2018 par Les Amis de la Terre, France Nature Environnement et Greenpeace contre cette bioraffinerie qui a reçu l’autorisation d’utiliser 300.000 tonnes d’huile de palme pour produire du biocarburant.

« On s’interroge déjà sur un possible conflit d’intérêts, accuse Laura Monnier, juriste chez Greenpeace. L’autorité qui a donné l’avis environnemental sur l’impact de la raffinerie Total est le préfet, soit la même qui a autorisé dans son arrêté l’exploitation de cette raffinerie. » Après des années de polémique, la raffinerie a en effet été autorisée à fonctionner, et le démarrage de ce site du bord de l’étang de Berre s’est fait en juillet 2019.

« L’équivalent de 146 terrains de football qui disparaît chaque heure »

Surtout, les différentes ONG affirment que l’impact environnemental d’une telle activité a été sous-estimé. Les associations de défense de l’environnement se sont toujours opposées à la mise en route de cette raffinerie.

« Nous sommes complètement contre ce projet qui n’a pas de sens aujourd’hui, estime Sophie Villeneuve, chargée de communication chez Fne Paca. Alors qu’on est pleine discussion sur la loi climat, c’est assez peu sérieux. L’effet sur la déforestation est dramatique, avec l’équivalent de 146 terrains de football qui disparaît chaque heure. Mais en plus, avec une telle raffinerie, on développe l’agrocarburant, là où on devrait limiter le transport routier. »

« Une situation ubuesque »

« On est face à une situation ubuesque, peste Laura Monnier. L’étude d’impact qui a été faite a pour périmètre le local, et non l’impact sur le climat ou sur la situation à l’étranger. C’est une approche archaïque, déconnectée de la logique d’une industrie. » Dans un document que 20 Minutes a pu consulter et qui sera versé ce jeudi au dossier, Greenpeace a réalisé sa propre d’étude d’impact, et affirme que, pour s’alimenter en huile de palme, la raffinerie de la Mède puise dans les ressources de 6.360 hectares de forêt dans le monde pour l’année 2019.

« Cette surface d’écosystèmes naturels convertie en plantations correspond à plus de trois fois la surface cumulée des bois de Vincennes, Boulogne et du quartier de la Défense réunis, écrit Greenpeace. Les émissions de gaz à effet de serre estimées liées à ces conversions d’écosystèmes s’élèveraient à 1,5 million de tonnes de carbone. Ce qui correspond aux émissions de trois trimestres cumulés d’émissions de gaz à effet de serre de la ville de Marseille et ce, uniquement pour des émissions liées à la perte de couvert forestier. »

Par ailleurs, Greenpeace remet en cause la fiabilité des critères utilisés par Total pour garantir la traçabilité et la durabilité de son huile de palme. « Ils nous disent que l’étude d’impact n’est pas suffisante et qu’on a mal fait notre boulot, résume Me Boivin, avocat de Total. Mais déjà, le droit européen demande à ce qu’interviennent des commissions agréées et des experts, et que ce n’est pas aux Etats de remettre les critères de durabilité. C’est le cas ici. Par ailleurs, dans un récent arrêté sur la centrale de biomasse Uniper, la cour d’appel administratif de Marseille rappelle que l’étude d’impact reste un outil local, et qu’il n’y a pas à prendre en compte les effets de la coupe de bois ailleurs. »

Selon Greenpeace, le rapporteur public ne préconise pas l’arrêt, mais ses conclusions vont dans le sens d’une « régularisation sur l’étude d’impact environnemental, notamment sur le volet climat », contraignant donc à refaire une étude d’impact plus globale.