Pourquoi le serial killer Patrice Alègre ne va pas sortir de prison de sitôt

JUSTICE Après un rapport d’expertise très défavorable, le tueur en série toulousain, en prison depuis vingt-trois ans, a décidé de retirer sa demande d’aménagement de peine

Béatrice Colin

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Le tueur en série Patrice Alègre, en prison depuis plus de 23 ans, vient de renoncer a sa demande de libération conditionnelle.
Le tueur en série Patrice Alègre, en prison depuis plus de 23 ans, vient de renoncer a sa demande de libération conditionnelle. — CHRISTOPHE ENA/AP/SIPA
  • En 2002, Patrice Alègre était condamné par la cour d’assises de la Haute-Garonne à la prison à perpétuité, assortie à une peine de sûreté de 22 ans, pour le meurtre de cinq femmes, six viols, ainsi qu’une tentative de meurtre.
  • En septembre 2019, après avoir purgé l’intégralité de sa période de sûreté, le « tueur en série » avait déposé une demande d’aménagement de peine.
  • Après avoir pris connaissance du rapport des experts psychiatres, qui évoquent un risque de récidive, il a décidé de renoncer à sa demande.

En septembre 2019, après avoir purgé l’intégralité de la période de sûreté à laquelle il avait été condamné en 2002, Patrice Alègre demandait un aménagement de peine. Ce « serial killer » avait reconnu à l’époque de son procès être l’auteur de cinq meurtres de jeunes femmes, d’une tentative de meurtre et de six viols.

Plus d’un an et demi après avoir déposé sa demande, ce Toulousain de 52 ans aujourd’hui incarcéré à la centrale de Moulins, a décidé de se désister. Il faut dire que sa demande avait désormais très peu de chances d’aboutir, voire aucune. Un rapport d’experts psychiatres a en effet douché les espoirs du détenu.

Risque de passage à l’acte

Ces derniers ne laissent que peu de doutes sur les capacités de réinsertion de Patrice Alègre. Pour eux, « le risque de passage à l’acte pourrait rapidement être comparable aux risques qui existaient avant son incarcération ». « Après cette expertise très défavorable, nous en avions sollicité une nouvelle qui nous a été refusée. Dans ces conditions, il a vraisemblablement estimé que, compte tenu de cette première et unique expertise, ses chances d’obtenir un aménagement de peine étaient quasi nulles. Il préfère certainement se réserver la possibilité de déposer une nouvelle demande dans quelques mois, voire quelques années », avance son avocat, Pierre Alfort.

C’est à ce pénaliste de la Ville rose que Patrice Alègre s’était adressé il y a un peu moins de deux ans. La nouvelle compagne du détenu, qui a quitté le Canada pour se rapprocher de lui, l’avait appelé pour qu’il reprenne la défense de ce client dont il avait été l’avocat seize ans plus tôt.

Décrit par les psychiatres lors de son procès comme un « psychopathe » et un « pervers narcissique », les spécialistes qui ont examiné Patrice Alègre récemment estime qu’il « a totalement conscience du caractère délictueux et de la gravité des faits commis. Pour autant, cela n’entraîne pas de réel sentiment de culpabilité ».

Ces derniers sous-entendent ainsi, qu’après plus de 23 ans de détention, son cas serait en quelque sorte irrécupérable, il ne présenterait pas de troubles accessibles à un traitement ou à une psychothérapie. « Lorsqu’on a commis les faits qui lui ont été reprochés, qui lui ont valu condamnation, des soins semblent s’imposer. Ce n’est pas l’avis des psychiatres qui, semble-t-il, le considèrent comme incurable. C’est assez surprenant et désespérant de l’évolution de l’être humain », poursuit son avocat toulousain. Il aurait aimé voir un collège d’experts se pencher de manière plus précise sur la personnalité de son client dont l’évolution lui semblait « positive ».

Pour ce dernier, la demande d’aménagement de peine reste un droit. « Quelle que soit l’extrême gravité des faits qu’il a pu commettre, il a droit à une vie. Il a le droit d’évoluer, il avait le droit de déposer une demande d’aménagement de peine, et peut-être qu’un jour, il ne faut pas anéantir l’espoir, il pourra espérer une remise en liberté dans un cadre extrêmement strict et encadré », poursuit Pierre Alfort.

« Problème de dangerosité »

Rien n’empêche Patrice Alègre de faire une nouvelle demande d’ici à quelques années, mais si les aménagements lui sont refusés, sa peine sera réellement à perpétuité. Sur sa route pour une libération conditionnelle, il risque de trouver à chaque fois les familles de ses victimes. Lorsqu’il avait formulé sa première demande en septembre 2019, ces parties civiles restaient persuadées de la dangerosité de l’homme. Une prise de position qui, un an et demi plus tard, n’a pas varié.

« En tant qu’homme et avocat, j’ai toujours cru aux forces de la résilience et même de la rédemption. En conséquence, je pense que rien n’est jamais perdu. Cependant, en la circonstance, c’est un problème de dangerosité potentielle et donc un risque de récidive qui se pose. Dès lors, il est plus sage de penser qu’une libération pourrait être une erreur », plaide Guy Debuisson, avocat de la famille de Laure Martinet, une jeune étudiante assassinée en janvier 1990 après avoir été prise en auto-stop par Patrice Alègre.