Attentat déjoué avant l'Euro 2016 : Le procès de Réda Kriket et de six accusés s'ouvre ce lundi devant la cour d'assises spéciale

TERRORISME Sept accusés, tous radicalisés, sont suspectés d'avoir projeté un attentat quelques semaines avant l'Euro 2016

Thibaut Chevillard

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C'est cet immeuble situé à Argenteuil (Val-d'Oise) que se trouvait l'appartement loué par Réda Kriket
C'est cet immeuble situé à Argenteuil (Val-d'Oise) que se trouvait l'appartement loué par Réda Kriket — KENZO TRIBOUILLARD / AFP
  • Le procès de Reda Kriket et de six autres hommes soupçonnés d’avoir projeté un attentat terroriste quelques semaines avant l’Euro 2016 de football se tiendra du 8 mars au 9 avril 2021 à Paris.
  • Quelques mois après les attentats du 13-Novembre, un impressionnant stock d’armes avait été retrouvé par les enquêteurs de la DGSI dans un appartement loué sous une fausse identité par Reda Kriket. Ce dernier, considéré comme l’un des piliers de la cellule, a toujours nié toute velléité terroriste.
  • Quelques jours plus tard, l’un de ses complices était arrêté aux Pays-Bas. Les policiers néerlandais avaient découvert 45 kg de munitions lors d’une perquisition.

C’est un véritable arsenal de guerre qui a été découvert par les enquêteurs de la DGSI ce 24 mars 2016. Dans un appartement situé 185, boulevard du général Delambre, à Argenteuil (Val-d’Oise), les policiers ont mis la main sur de l'explosif de type TATP, du matériel de chimie, sept armes de poing, six fusils d’assaut, des bombes lacrymogènes, huit chargeurs de kalachnikov, un carton contenant des milliers de billes métalliques, plusieurs boîtes de cartouches, des couteaux à cran d’arrêt, des dizaines de téléphones portables dont l’un était relié à des fils rouges, plusieurs passeports, des brouilleurs d’onde, des plans de Paris…

L’appartement avait été loué quelques semaines plus tôt sous une fausse identité par un certain Reda Kriket, un délinquant chevronné de 39 ans, condamné à plusieurs reprises dans le passé, et qui s’est radicalisé en prison. Surveillé depuis plusieurs jours, il a été interpellé alors qu’il sortait d’une mosquée de Boulogne-Billancourt. Trois jours après, à plusieurs centaines de kilomètres de là, l’un de ses complices, Anis Bahri, 37 ans, est interpellé aux Pays-Bas à la demande des autorités françaises. Lors d’une perquisition, les policiers hollandais ont trouvé dans un logement à Rotterdam plusieurs kilos de munitions.

Arrestations en Syrie

Après quatre ans d’enquête, Reda Kriket, Anis Bahri et cinq autres accusés seront jugés à Paris, à partir de ce lundi, par la cour d’assises spéciale, pour avoir projeté de commettre un attentat terroriste au nom de Daesh, quelques mois après les attaques du 13-Novembre et quelques jours après les attentats de Bruxelles. Selon l’ancien Premier ministre, Manuel Valls, la cellule « avait sûrement l’Euro de football en ligne de mire », une compétition qui s’est déroulée entre le 10 juin et le 10 juillet en France.

L’affaire a commencé après l’arrestation, le 7 novembre 2015, dans un hôtel d’Adana, une ville turque située près de la frontière syrienne, de Miloud Feia et Tarek Bahiri, le frère d’Anis, qui est connu pour être proche des milieux islamiques radicaux. Les deux hommes affirment qu’ils se sont rencontrés plus ou moins par hasard en Turquie où ils comptaient ouvrir un restaurant. Une version à laquelle n’adhèrent pas les enquêteurs de la DGSI, qui les soupçonnent plutôt d’avoir voulu gagner la Syrie afin de nouer des contacts au sein de Daesh et de suivre un entraînement au maniement des armes et des explosifs.

Les policiers vont alors enquêter discrètement sur la famille de Tarek Bahiri, et s’intéresser en particulier à Anis, son frère. Ils le suspectent notamment de s’être rendu en Syrie, fin 2014 ou début 2015, en compagnie de Reda Kriket. Ce dernier, qui a été condamné à dix ans de prison dans une affaire de filières terroristes, fait l’objet d’un mandat d’arrêt européen décerné par les autorités belges. Anis l’a rencontré en 2006 dans un centre de formation sportif pour anciens détenus. Les enquêteurs vont s’apercevoir au cours de leur surveillance qu’ils fréquentent tous deux l’appartement d’Argenteuil.

Sur des armes et des téléphones saisis à l’intérieur du logement a été retrouvé l’ADN des trois autres accusés, Abderrahmane Ameuroud, Yasin Alami et Soufiane Belouafi. Le premier est connu des services de renseignement depuis les années 1990. A l’époque, il organisait des entraînements en forêt de Fontainebleau, en Normandie ou dans les Alpes, destinés à préparer ceux qui voulaient partir en Afghanistan faire le djihad et combattre aux côtés des Talibans. Lui-même s’y était rendu entre juillet 2000 et septembre 2001. Il avait finalement été interpellé en janvier 2002 et condamné, en 2005, à sept ans de prison. C’est d’ailleurs en détention, à Fresnes, qu’il rencontre Reda Kriket.

Voler les dealers

Pour l’accusation, Reda Kriket, Anis Bahri et Abderrahmane Ameuroud constituent « le cœur idéologique et opérationnel » de la cellule d’Argenteuil. Devant les juges d’instruction, les explications de Reda Kriket ont été fluctuantes. S’il a toujours nié avoir voulu commettre un attentat, il a expliqué dans un premier temps avoir loué cet appartement pour rendre service à un certain Abu Badr. Avant de reconnaître que cet homme n’existait pas et qu’il avait bien acheté ou volé les armes retrouvées. Selon lui, elles devaient servir pour voler des dealers.

Les billes métalliques devaient être utilisées dans le cadre d’entraînements au tir avec airsoft. Il aurait aussi essayé de fabriquer un détonateur pour tester l’explosif qu’il comptait revendre, tout comme les nombreuses pièces d’identité saisies. Les six autres accusés réfutent également être impliqués dans un projet d’attentat, même si certains, à l’instar d’Anis Bahri, ne cachent pas leur fascination pour Daesh. Leur procès doit durer jusqu’au 9 avril 2021. Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité.