Procès : A Pontoise, des vrais jumeaux jugés pour trois tentatives d’assassinat et le mystère de leur ADN

PROCES A partir de lundi, s’ouvre devant la cour d’assises de Pontoise, le procès de frères jumeaux soupçonnés de trois tentatives d’assassinat. Si de l’ADN a été retrouvé sur l’arme du crime, impossible de déterminer à qui des deux elle appartient.

Caroline Politi

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Le tribunal de Pontoise.
Le tribunal de Pontoise. — Francois Mori/AP/SIPA

C’est une affaire qui illustre peut-être les limites de la « reine » des preuves : l’ADN. Que faire lorsque celui-ci ne parle pas ? Ou plutôt qu’il désigne deux suspects. C’est à cette énigme qu’est confrontée à partir de ce lundi la cour d’assises de Pontoise, dans le Val-d’Oise : les frères T., jumeaux monozygotes – qui partagent donc le même profil génétique – comparaissent pour trois tentatives d’assassinats dans le courant de l’été 2017. Si de l’ADN a été retrouvé sur l’arme du crime, impossible de déterminer formellement à qui des deux il appartient. Et donc qui a appuyé sur la gâchette.

A l’origine de cette affaire hors du commun, un banal contrôle d’identité, un soir de septembre 2017, dans un quartier populaire de Cergy, dans le Val-d’Oise. Il est un peu plus de minuit lorsque les policiers repèrent un groupe d’une dizaine de jeunes mais à peine se sont-ils approchés que quatre d’entre eux détalent. Dans sa fuite, l’un d’eux fait tomber de sa sacoche un pistolet automatique. Il fait demi-tour pour tenter de le récupérer puis se ravise par peur de se faire interpeller. Il le sera finalement quelques minutes plus tard. Dans ce même sac, les policiers découvrent une arme de poing, des munitions et deux paires de gants.

Trois tentatives d’assassinats en moins de 15 jours

Placé en garde à vue, le fuyard, Mohamed T., 24 ans, très défavorablement connu des services de police, se montre peu coopérant. Après avoir affirmé que le sac ne lui appartenait pas, il tente à nouveau de prendre la fuite, cette fois en passant par une fenêtre du commissariat. Vite rattrapé, il gardera le silence, tout comme son frère, pendant quasiment toute l’instruction. Car l’enquête va vite révéler que le pistolet automatique a servi dans trois tentatives d’assassinats survenues quelques jours auparavant dans le même secteur : un homme blessé par balle au bras le 14 août, un autre au mollet le 2 septembre et un troisième atteint de cinq balles, le même soir. A chaque fois, les étuis retrouvés sur place « matchent » avec l’arme tombée au sol.

Sur le pistolet et son chargeur comme sur les gants, les experts isolent des traces ADN. Mais celles-ci peuvent aussi bien appartenir à Mohamed T. qu’à son frère Karl. Or, dans cette affaire, si victimes et témoins ne sont pas bavards, et c’est un euphémisme, les deux frères ont été vus ensemble sur les scènes de crimes. Seule la première victime s’est constituée partie civile et a fait le choix de collaborer avec la police. Avant même la découverte de l’arme, cet homme, inconnu des services de police, avait d’ailleurs désigné les jumeaux comme étant ses agresseurs.

Des récits parcellaires

Selon son récit, ces derniers l’ont alpagué le 14 août alors qu’il était avec un ami, le footballeur professionnel Moussa Dembélé, pour lui reprocher de ne pas leur avoir ouvert la porte de son domicile alors qu’ils souhaitaient « voir » un ami qu’il hébergeait. Il raconte qu’au bout de quelques minutes, l’un des frères, qu’il identifie comme étant Karl, l’a retenu par le tee-shirt pendant que l’autre s’est éloigné un bref instant avant de revenir le visage dissimulé sous une cagoule (mais portant les mêmes habits) et lui tirer dessus à plusieurs reprises. S’il n’a été blessé « qu’au » bras, note la juge d’instruction, c’est parce qu’il a eu le réflexe de lever celui-ci pour protéger sa tête.

Pour les deux autres victimes, en revanche, les enquêteurs se sont heurtés à la loi du silence. Ces deux hommes, dont l’enquête a permis d’établir qu’ils se connaissaient et avaient eu un différend avec les deux frères, ont livré des récits parcellaires, partiellement contredits par l’enquête. Surtout, ils n’ont jamais désigné leurs agresseurs et aucune caméra de vidéosurveillance n’a capté ces scènes. Seule l’arme a formellement été identifiée. Mais qui la tenait ? Or, si la commission du crime et sa complicité sont punies de la même peine – en l’occurrence la réclusion criminelle à perpétuité – la cour doit impérativement établir le rôle de chacun pour condamner les suspects.