Affaire des écoutes : Lourdement condamné pour « corruption », Nicolas Sarkozy va faire appel

PROCÈS Nicolas Sarkozy était jugé pour « corruption active » et « trafic d’influence » dans le cadre de l'affaire dite « des écoutes de Paul Bismuth »

Vincent Vantighem

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Nicolas Sarkozy à son arrivée au tribunal judiciaire de Paris, le 1er mars 2021.
Nicolas Sarkozy à son arrivée au tribunal judiciaire de Paris, le 1er mars 2021. — Anne-Christine POUJOULAT / AFP
  • La 32e chambre du tribunal judiciaire de Paris a rendu son jugement dans l’affaire dite « des écoutes de Paul Bismuth ».
  • Lors de l’audience, en décembre, le Parquet national financier avait requis une lourde peine de quatre ans de prison dont deux avec sursis à l’encontre de Nicolas Sarkozy. Son avocate, elle, avait plaidé la relaxe.
  • Mis en cause dans plusieurs affaires, Nicolas Sarkozy sera de retour au tribunal, le 17 mars, où il comparaîtra dans le cadre de l’affaire « Bygmalion ».

Au tribunal judiciaire de Paris,

Un sourire un peu triste et de grandes enjambées. Nicolas Sarkozy a quitté rapidement et sans un mot la 32e chambre du tribunal judiciaire de Paris peu avant 14h30 ce lundi. Interdits dans le prétoire, ses avocats n’ont pas souhaité s’exprimer non plus. Il aura fallu attendre deux heures pour apprendre finalement que l'ancien chef de l'Etat fait appel de la lourde peine que la justice vient d’infliger à leur client…

Après ce « jugement extrêmement sévère » et « totalement infondé et injustifié », Nicolas Sarkozy est « calme mais déterminé à poursuivre la démonstration de son innocence », a ainsi indiqué Jacqueline Laffont, son avocate. Le tribunal a en effet considéré que l’ancien chef de l’État s’était rendu coupable de « corruption par un particulier sur un magistrat » et de « trafic d’influence » dans le cadre de l’affaire dite « des écoutes de Paul Bismuth ». Nicolas Sarkozy a été condamné à la peine de trois ans de prison dont deux avec sursis. Dans un silence assourdissant, Christine Mée, la présidente de la 32e chambre, a indiqué que la partie ferme de cette peine pouvait être aménagée sous le régime de la détention à domicile sous bracelet électronique.

Les arrangements entre amis condamnés

Mais c’est bien la seule attention que le tribunal a eue à son égard. « Les faits dont s’est rendu coupable Nicolas Sarkozy sont d’une particulière gravité ayant été commis par un ancien président de la République qui a été le garant de l’indépendance de la justice, tacle ainsi le jugement. Il s’est servi de son statut et des relations politiques qu’il a tissées alors qu’il était en exercice pour gratifier un magistrat ayant servi son intérêt personnel. »

C’est donc bien l’entre-soi et les petits arrangements entre amis qu’a souhaité sanctionner le tribunal. Des amis qui étaient magistrat, avocat et chef de l’État, donc… Dans cette affaire, l’ancien président était accusé d’avoir voulu obtenir du magistrat Gilbert Azibert des informations sur une procédure en cours devant la Cour de cassation. En échange, il lui promettait d’intercéder pour lui obtenir un poste prestigieux à Monaco.

« Une atteinte à la confiance publique », a estimé le tribunal, qui a rappelé qu’on ne pouvait pas instiller dans l’opinion l’idée que les décisions de justice fassent « l’objet d’arrangements occultes destinés » à satisfaire des intérêts privés. Car, pour le tribunal, la preuve du pacte de corruption ressort « d’un faisceau d’indices graves et concordants, basé sur l’amitié entre les trois hommes ».

Le procès Bygmalion commence dans deux semaines

Lors de l’instruction, puis lors de l’audience, Nicolas Sarkozy avait rappelé qu’il n’était pas « au-dessus des lois », en sa qualité d’ex-président, mais « pas en dessous non plus »… Il avait raison. Mais c’était oublié un peu vite le principe du droit français, qui consiste à individualiser les peines en fonction des situations personnelles de chacun. C’est pour cette raison que Gilbert Azibert, l’un des plus hauts magistrats de France à l’époque où il exerçait, a écopé, lui aussi, d’une peine de trois ans de prison ferme dont deux avec sursis.

Tout comme Thierry Herzog, l’avocat historique de Nicolas Sarkozy. Au surplus, celui-ci a été condamné à une peine d’interdiction d’exercer la profession d’avocat de cinq ans. Une vraie douleur pour celui que quasiment toute une profession était venue soutenir dans le combat. En toute logique, ce ne devrait donc pas être lui qui défendra Nicolas Sarkozy lors de son prochain combat judiciaire. Le procès de l’affaire dite « Bygmalion ». Celui-ci doit débuter dans un tout petit peu plus de deux semaines.

Retrouvez le détail de ce jugement sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem