Marseille : Avec 300 policiers supplémentaires, Darmanin affirme vouloir « harceler les points de deal »

TRAFIC DE STUPEFIANTS Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin est venu à Marseille annoncer un renfort policier contre le trafic de stupéfiants, mais l’efficacité de cette mesure laisse les acteurs locaux songeurs

Mathilde Ceilles

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Gérald Darmanin était en visite à Marseille ce jeudi
Gérald Darmanin était en visite à Marseille ce jeudi — NICOLAS TUCAT / AFP
  • Gérald Darmanin était en visite ce jeudi à Marseille pour confirmer le renfort de 300 policiers dans les Bouches-du-Rhône en trois ans.
  • Un moyen selon le ministre de l’Intérieur d'« harceler » les trafiquants de stupéfiants dans la deuxième ville de France, en proie à d’importants règlements de comptes.
  • Ce discours laisse dubitatif élus locaux et militants associatifs des quartiers Nord.

Un ministre de l’Intérieur qui arpente la cour de la division Nord de la direction départementale de la sécurité publique des  Bouches-du-Rhône, et affirme devant les micros de journalistes venus nombreux vouloir régler la problématique marseillaise du trafic de stupéfiants. Cette scène s’est jouée des dizaines de fois ces dernières années, et s’est rejouée encore, ce jeudi, dans la deuxième ville de France.

Le contexte toutefois est quelque peu particulier, à quelques mois des élections départementales et régionales, et deux mois après le limogeage surprise d’Emmanuel Barbe, préfet éphémère de police des Bouches-du-Rhône remercié à l’issue de plusieurs couacs et remplacé par la réputée plus rigide Frédérique Camilleri. Alors, pour sa première visite à Marseille, Gérald Darmanin a endossé le costume du ministre déterminé et intransigeant qui va « régler les problèmes » en matière de règlements de compte.

Des policiers pour le « harcèlement des points de deal »

Nouveauté cette fois-ci, pour mener à bien sa mission, le ministre a glissé dans sa besace un plan pluriannuel d’affectation de 300 policiers sur trois ans dans les Bouches-du-Rhône. « Il y avait à Marseille un sous-effectif de police et notamment de sécurité publique, nous le réparons, se félicite-t-il. Il n’y a pas une ville de France qui connaît ses renforts d’effectif ».

Combien de ces policiers seront affectés à Marseille ? Quand ? Pour combien de temps ? Interrogé sur ce sujet, Gérald Darmanin s’est montré sibyllin. Une centaine de policiers sortis d’école serait attendue de manière imminente dans le département. « Sur ces cent policiers supplémentaires, 75 seront envoyés sur la sécurité publique, le harcèlement des points de deal, à travers les excellents résultats qu’à notamment la police marseillaise depuis l’année dernière, affirme le ministre. Vingt-cinq iront en investigation, donc en police judiciaire. »

« Un œil particulier sur les quartiers Nord »

Des policiers qui seront « concentrés sur la voie publique là où il y a l’essentiel de la délinquance, et c’est dans les quartiers Nord qu’on a besoin d’effectif de police municipale supplémentaire. Et je vais demander à Madame la préfète d’avoir un œil particulier sur ce point-là sur les quartiers Nord. »

Des mesures applaudies avec prudence par des policiers marseillais quelque peu désabusés. « Tout le monde attend concrètement la déclinaison de ce plan, confie une source policière syndicale. Si on nous met des gens sortis d’école pour qu’ensuite, ils partent dans six mois en région parisienne, c’est pas la peine. » Et de prédire : « On va connaître un développement de la délinquance publique, avec des arrachages de colliers comme à une époque. Quand on met la pression sur le trafic de stupéfiants comme ça, la conséquence directe, c’est que les choufs ou les autres petites mains qui vivent du réseau vont essayer de trouver d’autres sources de revenus. Il faut donc un maillage sur tout Marseille. »

« Les trafiquants dans les quartiers organisent le service public »

« Croire qu’un renfort d’effectif policier va régler le problème des règlements de compte dans les quartiers, c’est une bêtise, s’agace Hassen Hammou, militant EELV des quartiers Nord et fondateur du collectif Trop jeune pour mourir. Ça ne peut pas marcher si la solution est uniquement répressive. Il faut aussi dans ces quartiers une réponse sociale. Il y a une fracture flagrante à Marseille, avec des quartiers qui se sentent à l’abandon, des habitants qui n’ont plus de service public. C’est vrai que, aujourd’hui, les trafiquants de drogue dans les quartiers organisent le service public, et font office de grand frère. »

« Les Marseillais en ont assez des effets d’annonce ou des coups de communication, tance Yannick Ohanessian, adjoint au maire en charge de la sécurité. Le ministre ne procède qu’à un rattrapage de l’injustice subie par Marseille, en raison du non-remplacement des fonctionnaires de police. »

Une rencontre entre le ministre et le maire

Les passes d’arme entre le ministre et la mairie de Marseille se multiplient depuis un tacle en bonne et due forme de Gérald Darmanin sur RTL la semaine dernière de la politique du Printemps Marseillais en matière de vidéosurveillance. Une critique sur le moratoire en cours que le ministre a réitéré ce jeudi lors de sa visite.

Or, dans ce contexte de tension, la ville de Marseille fait partie des rares grandes villes françaises à ne pas avoir encore signé de contrat de sécurité intégrée avec l’Etat, gage de moyens supplémentaires alloués par le gouvernement sur ses sujets. Une rencontre est prévue ce vendredi entre le maire de Marseille Benoît Payan et le ministre de l’Intérieur, au cours de laquelle, selon Yannick Ohanessian, « il n’y aura aucun tabou ».