Affaire des écoutes : Pour Nicolas Sarkozy, l’heure du jugement premier a sonné

PROCÈS Jugé en décembre dans l’affaire dite « des écoutes de Paul Bismuth », Nicolas Sarkozy va être fixé sur son sort, ce lundi, par le tribunal judiciaire de Paris

Vincent Vantighem

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Paris, le 8 décembre 2020. Nicolas Sarkozy au tribunal judiciaire de Paris.
Paris, le 8 décembre 2020. Nicolas Sarkozy au tribunal judiciaire de Paris. — Martin BUREAU / AFP
  • La 32e chambre du tribunal judiciaire de Paris va rendre, ce lundi à partir de 13h30, son jugement dans l’affaire dite « des écoutes de Paul Bismuth ».
  • Lors de l’audience, en décembre, le parquet national financier avait requis une lourde peine de quatre ans de prison dont deux avec sursis à l’encontre de l’ancien chef de l’État. De son côté, son avocate avait plaidé la relaxe.
  • Quelle que soit la décision rendue ce lundi, Nicolas Sarkozy sera de retour au tribunal, le 17 mars, pour comparaître dans l’affaire « Bygmalion ».

Il y avait déjà eu Bernard Tapie. La banque UBS. Ou encore l’homme d’affaires Ziad Takieddine… Pour ne citer qu’eux. Christine Mée connaît la chanson. De Marseille à Paris, cela fait des années que la magistrate, connue pour sa placidité, préside des audiences relatives aux affaires financières et à la délinquance en col blanc. Mais c’est sans doute le jugement le plus important de sa carrière qu’elle s’apprête à rendre, ce lundi peu après 13h30. En tout cas celui qui sera le plus analysé, décortiqué et commenté.

A la tête de la 32e chambre du tribunal judiciaire de Paris, la juge va en effet indiquer si Nicolas Sarkozy s’est rendu coupable ou pas de faits de « corruption active » et de « trafic d’influence » dans le cadre de l’affaire dite « des écoutes de Paul Bismuth ». Ce n’est pas une première pour un ancien président de la République : en 2011, Jacques Chirac avait été condamné à deux ans de prison avec sursis dans le dossier des emplois fictifs de la mairie de Paris. Malade et âgé, l’ancien président de la République avait toutefois séché l’audience. Nicolas Sarkozy, lui, n’a pas manqué une seconde de son procès, qui s’est tenu en novembre et décembre.

« J’ai encore confiance en la justice de notre pays »

Jour après jour, il n’a cessé de critiquer « l’infamie » des accusations portées contre lui, faisant part de sa « colère » et de son « indignation ». Dans cette affaire, l’ex-chef de l’État est soupçonné d’avoir noué un pacte de corruption avec le magistrat Gilbert Azibert. Le deal ? Des informations sur la procédure Bettencourt alors en cours devant la Cour de cassation contre un « coup de pouce » permettant au magistrat d’obtenir un poste prestigieux à Monaco. Et pour cette manœuvre, Thierry Herzog, son avocat historique, aurait, selon l’accusation, joué les intermédiaires.

Pendant les deux semaines de procès, les trois mis en cause ont vivement contesté les faits. Et en toute logique, c’est Nicolas Sarkozy qui a fermé le ban, lâchant à la barre du tribunal les derniers mots : « Cette affaire a été pour moi un chemin de croix. Mais si c’était le prix à payer pour que la vérité chemine, je suis prêt à l’accepter […]. J’ai encore confiance en la justice de notre pays. »

S’il n’y avait qu’un mot à retenir de cette phrase, ce serait sûrement cet « encore ». Il n’a pas été prononcé par hasard. Mais plutôt comme un moyen de pression. On pourrait presque croire que Nicolas Sarkozy est prêt à pardonner à la justice ce qu’elle lui a fait subir, à condition qu’elle le relaxe aujourd’hui…

Au-delà de Nicolas Sarkozy, l’importance du cas Herzog

Christine Mée et ses deux assesseurs ont bien compris le message. Mais, on l’a vu, la magistrate est trop expérimentée pour céder à ce type de chantage… D’autant qu’elle sait que la décision qu’elle va rendre ne sera pas sans conséquence au-delà du cas personnel de l’ex-chef de l’État.

Certes, selon les textes, il encourt une peine de dix ans de prison ferme. Mais il paraît improbable, voire impossible, qu’il finisse derrière les barreaux dans ce dossier-là. Certes, selon l’expression du Monde, il fait toujours office de « valeur refuge » pour une droite en mal de leaders. Mais sa dernière participation à une élection primaire s’est soldée par un échec.

Non, Christine Mée sait que sa décision sera aussi lourde de sens dans le Landerneau judiciaire qui regardera comment elle juge un magistrat, Gilbert Azibert, et surtout un avocat réputé et respecté par ses pairs, Thierry Herzog. Un avocat dont les conversations téléphoniques ont donc été écoutées et qui a, pour cette raison, toute sa confrérie en bloc derrière lui.

Le sort du parquet national financier dans ses mains

En dehors de celui des trois prévenus, c’est peut-être aussi le sort du parquet national financier que Christine Mée tient dans ses mains. Blâmé pour son enquête parallèle sur les fadettes visant à identifier « la taupe » de Nicolas Sarkozy, vilipendé pour la vacuité de sa démonstration dans cette affaire, il n’a jamais semblé aussi menacé qu’aujourd’hui. « Il faut que le parquet national financier soit maintenu, indiquait ainsi l’avocat Hervé Témime lors de sa plaidoirie en défense de Thierry Herzog. Mais il faut bien reconnaître qu’il ne fonctionne pas comme il fonctionnait à l’origine… »

Autant de critiques qui n’ont pas empêché les deux représentants du parquet financier de requérir une lourde peine de quatre ans de prison dont deux ans avec sursis à l’encontre des trois prévenus, se permettant de demander également une interdiction d’exercer la profession d’avocat pendant cinq ans pour Thierry Herzog.

Quelle que soit la décision que Christine Mée annoncera, ce lundi, elle donnera aussi une première teinte à l’avenir judiciaire de Nicolas Sarkozy toujours mis en cause dans une multitude de dossiers. Dont l’affaire Bygmalion qui lui vaut d’avoir rendez-vous dans le même tribunal pour un nouveau procès. Il doit débuter le 17 mars.

Suivez le jugement sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem