Gironde : La présidente d’Alerte aux toxiques condamnée à verser 125.000 euros pour atteinte à l'image des vins de Bordeaux

PROCES Le tribunal de Libourne a estimé que l'association avait publié un article sur des résultats d'analyses, « dénigrant » pour la filière

Elsa Provenzano
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Valérie Murat  est la présidente d'Alerte aux toxiques.
Valérie Murat est la présidente d'Alerte aux toxiques. — Thibaud MORITZ / AFP
  • La présidente de l’association Alerte aux toxiques a été condamnée par le tribunal de Libourne pour dénigrement des vins de Bordeaux.
  • L’association avait mis en avant la présence de résidus de pesticides dans des vins certifiés haute qualité environnementale, mais qui restaient dans les seuils légaux selon l’interprofession.
  • La militante antipesticides va faire appel de la décision.

C’est un premier revers pour l'association Alerte aux toxiques, dont la présidente était poursuivie par l’interprofession pour dénigrement des vins de Bordeaux. Ce jeudi, le tribunal de Libourne a condamné Valérie Murat à verser 100.000 euros de dommages et intérêts au conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB) et 25.000 euros à cinq des 25 autres plaignants (châteaux, viticulteurs, syndicats d'appellations, négociants). Elle devra aussi retirer, dans les quinze jours, tout article portant atteinte à la réputation des vins de Bordeaux sous peine de s’acquitter d’une astreinte qui s’élève à 500 euros par jour.

« Nous sommes aujourd’hui satisfaits de cette décision de justice. Elle tient compte des préjudices que nous avons collectivement subis et rappelle à chacun que le dénigrement ne peut rester sans sanction, » Bernard Farges, président du CIVB. 

L’association va faire appel

« Sale temps pour les lanceurs d’alerte, réagit auprès de 20 Minutes Valérie Murat. L’air semble vicié à Libourne, ça se confirme. Le prétendu pays du vin protège le pire dans le vin ». En septembre 2020, son association avait révélé la présence de résidus de pesticides dans 22 vins  ( dont 19 de Bordeaux) certifiés Haute valeur environnementale (HVE), mettant en avant une tromperie pour le consommateur. L’interprofession avait répondu que les concentrations (mesurées sur cuves et non les bouteilles) étaient très faibles et restaient inférieures aux seuils légaux attachés à ce label (qui n’interdit pas les produits chimiques de synthèse). Inquiet pour son image, le CIVB avait porté plainte contre la présidente de l’association, estimant ses produits dénigrés.

« Ces propos dénigrants, formulés publiquement et massivement relayés, procédaient d’une intention malveillante à l’égard des vins de Bordeaux et visaient à jeter un discrédit avéré sur les produits des vignerons bordelais et sur le travail de fond qu’ils mènent depuis tant d’années », relève l’interprofession dans un communiqué, après l'annonce du jugement. 

« Le tribunal a ordonné l’exécution sociale de Valérie Murat dans une décision éminemment contestable et orientée, a commenté maître Eric Morain, l’avocat de Valérie Murat. Le seul droit dont on n’a pas encore privé la cliente est celui de faire appel, elle le fera sans délai et ira jusqu’au bout. Jamais une procédure bâillon n’aura si bien porté son nom ». L'appel n'est pas suspensif et les publications de l'association en cause doivent être retirées avant qu'un nouvel examen de l'affaire ait lieu.