OM : Onze supporters condamnés à six mois de prison avec sursis après les incidents de la Commanderie

JUSTICE Le tribunal correctionnel de Marseille a condamné onze supporters de l’OM à six mois de prison avec sursis, un à trois mois de prison ferme, et en a relaxé deux, après les incidents de la Commanderie

Adrien Max

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Les stigmates des violences commises à la Commanderie .
Les stigmates des violences commises à la Commanderie . — NICOLAS TUCAT / AFP
  • Le tribunal correctionnel de Marseille a condamné onze supporters à six mois de prison avec sursis, un à trois mois ferme et deux ont été relaxés.
  • Ils étaient jugés pour l’invasion et les dégradations de la Commanderie survenue le 30 janvier.
  • Les avocats de la défense ont regretté un « jugement unique » pour la majorité de ces supporters.

Un procès marathon. Le tribunal correctionnel de Marseille a condamné onze supporters de l'Olympique de Marseille à six mois de prison avec sursis, un autre à trois mois de prison ferme, et en a relaxé deux autres après les incidents de la Commanderie, le 30 janvier. Ils ont été condamnés pour participation à un groupement en vue de la préparation de violences volontaires sur des personnes ou dégradation de biens, détention de fumigènes, ou de stupéfiants, après près de douze heures de débats.

Parmi les onze personnes condamnées à six mois de prison ferme, les cas varient pourtant. Si certains d’entre eux ont reconnu être rentrés dans la Commanderie, tous ont contesté avoir commis des dégradations. Sauf Romain, 19 ans, qui a reconnu avoir frappé sur une voiture de la Bac. Mais ils ont pourtant tous été condamnés à la même peine. Faisal, 23 ans, est le seul contre qui de la prison ferme a été prononcée, en raison d’un précédent sursis. Sa peine devrait être aménagée par la juge des libertés.

Quant à Dorian, 22 ans, et Thomas, 33 ans, ils ont été acquittés. Dorian a pourtant fait dix jours de détention provisoire après avoir été interpellé avec un opinel qui lui sert pour les moments conviviaux « sur les chantiers, pour manger du saucisson ou des côtes de bœuf ». Thomas a, lui, expliqué être « arrivé et direct c’est parti en couille donc je me suis taillé, et bam là je me fais interpeller ».

« Oui c’est ça la passion madame »

Mis à part la participation à un attroupement, la justice ne disposait d’aucun élément matériel de la culpabilité des supporters. Sauf pour Romain, qui a reconnu sa participation. La présidente du tribunal, Paule Colombani, les a questionnés sur une éventuelle préméditation dans l’action menée à la Commanderie le 30 janvier.

« Vous faites 7h30 de route pour venir faire une manifestation pacifique devant les grilles », a demandé Paule Colombani à Mohamed, venu de Montceau-les-Mines. « Oui c’est ça la passion madame », lui a-t-il rétorqué. Après ses dix jours de détention provisoire, Julien, 27 ans, dit être « suivi par un psychologue ». « J’ai perdu dix kilos en dix jours. Jamais, au grand jamais, je ne serais venu si j’avais su que ça se passerait comme ça », explique ce boulanger, qui s’occupe des deux enfants de sa concubine, en plus d’extras en tant que traiteur.

Les petits chats Angora

Les fumigènes ont aussi longuement animé les débats. Près de 300 ont été lancés ce jour-là. Et que dire du Commando Ultra ? « Commando », a insisté André Ribes, alors que le tribunal a plusieurs fois tiqué sur ce nom. « Vous vouliez peut-être qu’ils s’appellent les petits chats Angora ? », en a plaisanté Alain Baduel, avocat historique du groupe de supporters.

Et s’est alors tenté à faire « un peu de sociologie » autour de la culture ultra : « Etre supporter ce n’est pas seulement aller au match et applaudir devant des belles actions. C’est participer en faisant pression sur l’adversaire, à travers des cris, des chants, des sifflets, mais aussi en mettant pression sur sa propre équipe. C’est ce qu’on appelle le 12e homme », a-t-il rappelé. Quant aux fumigènes ? « Oui ils ont un petit péché mignon, ce sont les fumigènes. Qui est le symbole de leur passion parce qu’il se consume et parce qu’il brille. Ce n’est pas un objet de dégradation », en a-t-il souri. La colère contre Jacques-Henri Eyraud, raison de la manifestation, n’a presque jamais été évoquée par le tribunal.

« Foule unique »

A l’issue de l’audience, les avocats des prévenus ont regretté par la voix de maître Nicolas Besset que « le tribunal a estimé que sur une foule de 300 personnes il y avait une foule unique, qu’il ne pouvait pas y avoir plusieurs aspirations différentes donc chacun a été condamné à la même peine sans discernement. Sans chercher à comprendre ceux qui ont commis des actions, ceux qui sont partis, ceux qui sont restés passifs. C’est une décision que je n’accepte pas même si les condamnations sont mesurées ».

Une nouvelle audience est prévue le 25 juin concernant les éventuels dommages et intérêts à verser à l’OM, alors que le club a demandé 87.000 euros pour les dégradations et 140.000 euros pour le préjudice moral.