Poitiers : Une détenue porte plainte pour violence contre cinq surveillantes

PRISON Le médecin qui l’a examinée a conclu à 42 jours d’ITT

E.P.

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La prison de Poitiers-Vivonne.
La prison de Poitiers-Vivonne. — GUILLAUME SOUVANT / AFP
  • Une femme détenue à la maison d’arrêt de Poitiers Vivonne rapporte avoir été violentée par cinq surveillantes lors d’un transfert en quartier disciplinaire, le 2 février.
  • Elle a porté plainte pour « violences volontaires en réunion » et « menaces de mort ».
  • Le médecin qui l’a examinée a retenu 42 jours d’ITT, la détenue souffrant de multiples contusions et d'un bras cassé.

« Ma cliente vit dans une terreur totale, elle dort la lumière allumée, elle n’ose plus du tout sortir de sa cellule », rapporte à 20 Minutes maître Camille Van Robais, l’avocate de la détenue de 62 ans qui a déposé plainte contre cinq surveillantes de Poitiers-Vivonne pour « violences volontaires en réunion » et « menaces de mort ». Elle a fait une demande de transfert dans une autre maison d'arrêt, et elle la maintient, même si elle sait qu’elle pourrait rallonger sa demande d’aménagement de peine. Le 2 février, elle aurait été frappée par cinq surveillantes à l’occasion de son placement en quartier disciplinaire, rapporte l'observatoire international des prisons (OIP)dans un communiqué.

Ce jour-là, après la fouille de sa cellule et de sa personne, la détenue aurait selon le rapport des agents relayé par l’OIP « hurlé et tapé violemment dans la porte provoquant du tapage de nature à troubler l’ordre et le bon fonctionnement » de l’établissement et que « la mise en prévention [au quartier disciplinaire] et l’usage de la force strictement nécessaire ont été l’unique moyen de mettre fin à l’incident ». Elle aurait aussi à ce moment-là tenté de mordre un gradé lors de son placement au quartier disciplinaire. Cette agression est démentie par la détenue.

« Des traces impressionnantes »

« Les surveillantes disent qu’elles ont été obligées de la contraindre parce qu’elle tapait sur les portes or elle a commencé à hurler quand on l’a laissée longtemps dans une salle après la fouille, laquelle n’était pas prévue ni justifiée, argumente l’avocate de la détenue. Elle a été passée à tabac dans la pièce à côté, sans caméra ». Après ces coups, elle aurait été laissée plus de vingt-quatre heures sans soin. Ses blessures l’auraient empêché d’ouvrir le robinet, après qu’elle a réclamé en vain de l’eau pendant plusieurs heures, et elle a finalement été « contrainte de boire l’eau de la chasse d’eau », précise l’OIP.

Le médecin qui l’a examiné a retenu 42 jours d’ITT. « C’est énorme, une semaine après (son avocate la rencontre au parloir le 9 février) les traces étaient encore impressionnantes. Quand on voit le certificat médical, ce sont des contusions sur absolument tout le corps et avec un bras fracturé, on est sur une violence inouïe ». La médecin légiste qui l’a examinée a estimé que les ecchymoses correspondaient aux faits décrits par la détenue et non à des blessures de défense.

Une femme « discrète »

En sept ans de détention, aucune commission de discipline n’a été organisée pour cette détenue. « Elle est très discrète, mais sa personnalité dérange et elle a l’impression d’être devenue le vilain petit canard de la maison d’arrêt », estime son conseil. Si elle est jugée fragile psychologiquement, son psychiatre avait donné un avis favorable à une libération conditionnelle et son état s’était nettement amélioré ces dernières années.

Contactée par l’avocate, la directrice de l’établissement pénitentiaire se dit « très surprise par ces accusations » et a indiqué tenir les images de vidéosurveillance à disposition du parquet. « La demande de conservation des vidéos a été faite par Me Camille Van Robais, qui a par ailleurs alerté le Contrôle général des lieux de privation de liberté et le défenseur des droits sur cette affaire », rapporte l’OIP dans son communiqué. Si son bras a été fracturé en dehors de cette pièce, les images permettront de voir les allers-retours et notamment l’état dans lequel elle ressort.

L’observatoire indique qu’il sera particulièrement vigilant sur les suites judiciaires réservées à cette affaire. « J’ai espoir que la plainte aboutisse, on est dans un cas exceptionnel et j’espère que le nombre de jours d’ITT va faire sortir le procureur de sa réserve », commente l’avocate de la détenue.

La Direction interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux n’a pas pu être jointe, ce mercredi.