Lyon : Le procès de policiers suspectés de violences volontaires de nouveau renvoyé pour un supplément d'informations

PROCES L’affaire de « violences volontaires » sur un manifestant dont sont accusés deux policiers de la BAC à Lyon ne sera pas examinée avant le 28 septembre, le temps d’un supplément d’enquête réclamé par l’avocat de la défense

Elisa Frisullo

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Ce mardi lors de l'audience devant le tribunal correctionnel de Lyon, au cours de laquelle a été décidé le renvoi du procès des policiers accusés de violences sur Arthur.
Ce mardi lors de l'audience devant le tribunal correctionnel de Lyon, au cours de laquelle a été décidé le renvoi du procès des policiers accusés de violences sur Arthur. — E. Frisullo / 20 Minutes
  • Le procès de deux policiers de la BAC, qui devait se tenir ce mardi à Lyon, a été renvoyé au 28 septembre, le temps d’un supplément d’informations, réclamé par l’avocat de la défense.
  • Un nouveau délai destiné à analyser des photos et vidéos des violences, versées au dossier par l’avocat de la victime, un barman de 24 ans tabassé le 10 décembre 2019 place Bellecour.
  • Pour l’avocat d’Arthur Naciri, ces éléments, accessibles à tous sur Internet dès le lendemain de l’agression, mettent à mal la version du conseil des deux policiers qui défend leur « innocence ».

A l’énoncé de la décision de la présidente, Arthur Naciri peine à cacher sa déception et son impatience. Son impatience à voir son agression enfin examinée par la justice plus d’un an après les faits. Sa déception en voyant repartir de la salle d’audience, sans être jugés, ceux qu’il accuse de l’avoir tabassé en décembre 2019 en marge d’une manifestation à Lyon.

Ce mardi, le procès pour « violences volontaires » de deux policiers de la BAC ne s’est finalement pas tenu devant le tribunal correctionnel. Après un premier renvoi de l’affaire en décembre 2020, la présidente du tribunal a accédé à la demande de l’avocat parisien de la défense Me Laurent-Franck Lienard et a accordé un supplément d’informations, renvoyant ce procès au 28 septembre prochain.

Des photos et vidéos au cœur du débat

L’avocat des deux policiers, accusés d’être impliqués dans le passage à tabac qui a valu notamment à Arthur Naciri, 24 ans, une fracture de la mâchoire et neuf dents cassées, a demandé ce supplément d’information après que l’avocat de la partie civile a versé au dossier des vidéos et photographies de la scène de violence. Des images largement relayées sur Internet dès le lendemain de l’agression et diffusées ce mardi dans la salle d’audience qui méritent, selon Me Lienard, un examen approfondi par des spécialistes. « Nous demandons ce supplément d’informations pour la manifestation de la vérité », a-t-il martelé, défendant déjà l’innocence de ses deux clients.

L’avocat, qui a un temps défendu Alexandre Benalla, a également reconnu un « coup illégitime » porté à Arthur Naciri. « Mais ce ne sont pas ces deux-là, a-t-il ajouté. Il y a un policier qui a tapé et qui se tait. C’est une certitude désagréable pour mes clients car c’est peut-être un de leurs collègues ».

Lors du supplément d’informations, les vidéos et photos des violences seront passées au crible par des spécialistes qui devront s’attacher à identifier avec certitude quel policier, parmi la dizaine qui entourait la victime lors des faits, s’est servi du bâton qui a fait exploser les dents du jeune barman et que l’on distingue sur un des clichés. Pour son avocat, Me Thomas Fourrey, la réponse à cette question est déjà connue si l'on regarde attentivement les photos, mettant à mal selon lui l’innocence des deux policiers suspectés.

Une décision « insupportable » pour la victime

Soucieux de voir l’affaire jugée ce mardi après des mois d’attente de son client et des milliers d’euros de soins dentaires engagés, l’avocat de la partie civile a estimé que le tribunal disposait de tous les éléments « pour débattre ». « Vous êtes en état de juger », a-t-il insisté, en s’appuyant notamment sur ces images et vidéos et sur l’enquête menée par l’IGPN qui a donné lieu l’an passé à la mise en cause des policiers.

Mais le tribunal a préféré accorder sept mois supplémentaires pour que soient – enfin – expertisées les vidéos et les photos « afin de retracer le déroulement de la scène et le rôle joué par les protagonistes ». La présidente a également accordé l’expertise médicale à mener sur Arthur, réclamée par l’avocat des policiers, pour déterminer les armes utilisées lors de son agression.

Une requête un peu déroutante plus d’un an après les blessures et de multiples soins, et un second renvoi du procès mal pris par la victime. « Il m’est insupportable d’entendre votre décision », a lancé à la présidente le jeune barman, venu ce mardi avec ses parents et ses proches pour cette audience au cours de laquelle il espérait que justice lui serait rendue.