Lyon : Deux policiers de la Bac devant la justice pour avoir passé à tabac un jeune homme

PROCES Les deux policiers, en poste à la sûreté du Rhône, doivent comparaître devant le tribunal correctionnel de Lyon, mardi, pour le passage à tabac d’un jeune homme survenu en marge d’une manifestation contre la réforme des retraites à Lyon

Elisa Frisullo

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Arthur, 23 ans, a porté plainte pour des violences policières présumées survenues à Lyon place Bellecour le 10 décembre 2019.
Arthur, 23 ans, a porté plainte pour des violences policières présumées survenues à Lyon place Bellecour le 10 décembre 2019. — Bastien Doudaine
  • Deux policiers de la Bac, en poste à la sûreté du Rhône, seront jugés mardi devant le tribunal correctionnel de Lyon pour des violences volontaires sur un manifestant.
  • Ils sont accusés d’avoir participé au passage à tabac d’un jeune homme de 24 ans le 10 décembre 2019 place Bellecour, en marge d’une manifestation contre la réforme des retraites.
  • La victime avait perdu neuf dents et avait eu la mâchoire fracturée.

Depuis plus d’un an, il attend que justice soit faite pour pouvoir se reconstruire et que chacun de ceux qu’il accuse reconnaisse leur responsabilité. Ce mardi, deux policiers de la Bac doivent comparaître devant la seizième chambre du tribunal correctionnel de Lyon pour des « violences volontaires en réunion par personne dépositaire de l’autorité publique » après le passage à tabac d’un manifestant le 10 décembre 2019. Un procès prévu début décembre mais reporté pour diverses questions administratives.

Le jour des faits, Arthur, 24 ans, avait été violemment frappé par des policiers en marge d'une manifestation​ contre la réforme des retraites. Venu à Lyon voir des copains, il avait rejoint le cortège par curiosité en descendant s’acheter à manger peu de temps avant l’arrivée de la manif place Bellecour. Voyant la situation dégénérer entre les forces de l’ordre et des manifestants, le jeune homme s’apprêtait à quitter les lieux et approchait de la place Antonin-Poncet lorsqu’il avait été tiré par un fonctionnaire et s’était retrouvé encerclé par des policiers. Selon la version du jeune homme, il venait d’applaudir une remarque amusante faite par un syndicaliste à un policier lorsqu’il avait été attrapé par le fonctionnaire.

Une scène filmée

Sur les images de la scène, filmée puis relayée ensuite sur les réseaux sociaux, on voit la victime essuyer ensuite de multiples coups de pied, de poing et de matraque. Lorsque les violences s’arrêtent enfin, Arthur se relève, la bouche en sang, et titube. « J’ai pris un shoot qui m’a mis à terre. J’ai reçu des coups de poing. Quand ils ont arrêté, un policier m’a encore donné un coup de pied dans la jambe. Il m’a dit "bien fait pour ta gueule" », racontait à 20 Minutes le jeune homme au lendemain des faits.

Dans ces violences, Arthur, un barman qui devait prendre un poste au Club Med dans les Alpes le lendemain de l’agression, a eu neuf dents cassées et la mâchoire fracturée. Depuis, il a dû se faire poser des prothèses dentaires et devait subir une intervention chirurgicale pour se faire redresser la cloison nasale. « Entre ce qui a été pris en charge par la Sécurité sociale et la mutuelle, il a déjà déboursé de sa poche 9.000 euros », souligne son avocat Thomas Fourrey, qui demandera à l’audience des indemnités pour le coût de ces soins et le préjudice moral subi par Arthur.

Qui lui a cassé les dents ?

Mais l’essentiel des débats devrait porter sur le rôle joué par les deux policiers de la sûreté du Rhône au moment des faits. L’un d’eux est poursuivi pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique [PDAP] n’ayant pas entraîné d’ITT ». Le second, accusé d’avoir frappé le jeune homme dans les jambes est jugé pour « violences volontaires par PDAP ayant entraîné une ITT de plus de huit jours », rappelle l’avocat. Mais l’analyse de la vidéo tournée au moment des faits et sur laquelle on distingue bien les coups portés pourrait mener à d’autres conclusions. Et faire évoluer les chefs d’accusations visant l''un des hommes de la Bac.

« Il s’agira de déterminer qui a porté les coups avec le tonfa, qui a cassé les dents », ajoute l’avocat de la partie civile, qui ne manquera pas de rappeler à la barre que son client, qui déambulait dans le calme lors des faits, le visage découvert, « ne représentait en aucun cas une menace pour les policiers ».

Les deux fonctionnaires, mis en examen après une enquête de l’IGPN mais toujours en exercice fin 2020, encourent trois ans et sept ans d’emprisonnement. Leur avocat Me Lienard, contacté par 20 Minutes, n’a pas répondu à nos sollicitations pour l’heure.