Ille-et-Vilaine : Les plaintes pour violences conjugales ont littéralement explosé en 2020

VIOLENCES Le confinement aurait engendré davantage de situations de violences. Mais les autorités estiment que c’est avant tout le recours plus systématique à la plainte qui explique cette hausse

Camille Allain

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Illustration d'une patrouille de gendarmerie ici aux abords de Rennes.
Illustration d'une patrouille de gendarmerie ici aux abords de Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • Le nombre de plaintes pour violences intrafamiliales a bondi de 37 % en 2020 en Ille-et-Vilaine.
  • Les autorités estiment que c’est la libération de la parole et le meilleur accueil des victimes qui a engendré davantage de plaintes.
  • Les forces de l’ordre reconnaissent que les épisodes de confinement ont exacerbé les tensions dans certaines familles.

Commençons par le chiffre, tant il est édifiant. En 2020, le nombre de plaintes pour violences intrafamiliales a bondi de 37,7 % en Ille-et-Vilaine. A titre de comparaison, la moyenne nationale se situe à +8,7 %. Cette statistique divulguée lors du bilan sécurité dévoilé mercredi par la préfecture et les forces de l’ordre avait beau être attendue, elle n’en est pas moins effrayante. Dans une année de crise sanitaire où l’ensemble des faits de délinquance a reculé de 6,5 % dans le département, les violences intrafamiliales ont connu une véritable flambée. Cette donnée ne semble pas pour autant inquiéter outre mesure les autorités. Explications.

« Il y a des hausses dont il faut se féliciter », lance le procureur de la République Philippe Astruc. Sans se réjouir de cette explosion des plaintes, le magistrat semble se satisfaire de voir de plus en plus de victimes dénoncer les sévices et les coups subis en portant plainte. « Depuis 2018, le nombre de procédures pour les violences faites aux femmes a doublé dans le département. Je ne veux pas croire que c’est le nombre de faits qui a doublé », estime le procureur.

« Les périodes de confinement ont exacerbé les tensions »

Nommé en janvier 2019, il avait fait de la lutte contre les violences faites aux femmes une priorité. Un plan avait été signé l’an dernier et s’était accompagné d’un nouveau dispositif. Baptisé « Porteurs de paroles », il permet aux femmes d’être accompagnées par leur confident et de choisir une forme d’accompagnement : par une association, par un avocat ou par la gendarmerie ou la police. « Je pense que nous avons su améliorer nos conditions d’accueil. La politique pénale est aussi plus ferme. On a poussé les victimes à porter plainte », estime le colonel Sébastien Jaudon, patron des gendarmes d’Ille-et-Vilaine.

Implantée en zone rurale, la gendarmerie a été davantage sollicitée que la police l’an dernier pour intervenir au domicile de couples en crise. La preuve, s’il en fallait une, que les épisodes de confinement ont généré davantage de violences, souvent à l’encontre des femmes, parfois même des enfants. « Les périodes de confinement ont exacerbé les tensions dans les cellules familiales », reconnaît le gendarme. Dans quelles proportions ? Impossible à dire. Au rayon des chiffres inquiétants, on pourra cependant noter qu’un millier de faits de violences sexuelles ont été dénoncés l’an dernier, soit une hausse de 23 %. Mais combien seront élucidés ?

« Il reste des cas confidentiels »

S’il est sans doute prématuré, le pourcentage de classements sans suite reste un bon indicateur de l’ampleur du travail qu’il reste à accomplir. En 2020, 37 % des plaintes ont été classées sans suite, en raison du manque de preuves. Vous trouvez le chiffre important ? Sachez qu’il était cinq points plus haut il y a deux ans. « Je sais que cela provoque souvent de l’incompréhension chez les victimes. Mais il ne suffit pas d’avoir des dires pour condamner quelqu’un. Dans ces affaires, très souvent, les mis en cause contestent les faits. Il est nécessaire d’avoir des preuves », prévient le procureur Philippe Astruc.

En 2020, à la demande du parquet, les gardes à vue ont été systématiques dans le cadre des affaires de violences intrafamiliales. « Cela nous évite de régler les situations sur le pas de la porte de l’appartement. Nous avons changé nos méthodes de travail et cela porte ses fruits », estime le patron de la police d’Ille-et-Vilaine François Angelini. Avant de prévenir. « Ce sont des efforts qu’il va falloir poursuivre. Nous savons qu’il reste des cas confidentiels. »