Coronavirus à Toulouse : Excédés par les parois anti-Covid au parloir, cinq détenus saisissent le tribunal

INFO 20 MINUTES Au parloir de la maison d’arrêt de Seysses, près de Toulouse, les parois anti-Covid stoppent certes le virus, mais aussi les conversations. Cinq détenus ont saisi le tribunal administratif

Eric Dourel
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Un surveillant dans une prison. Illustration.
Un surveillant dans une prison. Illustration. — KONRAD K./SIPA
  • Pour contrer le coronavirus, d’épaisses parois en plexiglas ont été installées au parloir de la maison d’arrêt de Seysses, près de Toulouse.
  • Mais rien n’est prévu pour laisser passer le son et les détenus et leurs familles racontent qu’ils sont obligés de hurler.
  • Cinq détenus ont saisi le tribunal administratif.

Les parois anti-Covid 19 font parler au parloir de la maison d'arrêt de Seysses, près de Toulouse. Ou plutôt hurler. Cinq détenus, excédés par la mise en place de ces dispositifs de séparation en plexiglas, qui les obligent à crier pour communiquer avec les membres de leurs familles, ont mandaté trois avocats pour enclencher deux procédures devant le tribunal administratif de Toulouse.

Le 20 janvier, Julien Brel, Sébastien Delorge et Justine Rucel ont déposé sur le fond une requête « en excès de pouvoir » à l’encontre de la cheffe d’établissement du centre pénitentiaire et du ministre de la Justice. Neuf jours plus tard, les trois conseils sont revenus à la charge en formant un nouveau recours, cette fois-ci en référé, pour accélérer la procédure et « ordonner à l’administration pénitentiaire de procéder au retrait de l’installation de séparation ».

« Dites je t’aime… Et c’est tout le couloir qui est informé »

Dès le premier confinement, des aménagements avaient été faits dans l’espace de visite de la prison de Seysses, qui comprend vingt-six cabines, dont seulement deux équipées de vitres de séparation. Mais c’est surtout depuis cet automne qu’une première plaque de plexiglas est apparue au milieu des parloirs, pour séparer toute la pièce du sol au plafond.

Depuis fin décembre, une deuxième plaque de plexiglas a été collée à la première. « Ces dispositifs de séparation assurent une séparation intégrale avec des aménagements phoniques, ils permettent ainsi de maintenir les parloirs dans des conditions sanitaires sécurisées », explique une porte-parole du ministère de la Justice. Petit hic, il n’y a aucun aménagement phonique, de type hygiaphone, pour que les détenus communiquent avec leurs proches. « Aucun trou, alors qu’il est de notoriété publique qu’une couche d’air coincée entre deux plaques hermétiques bloque le son », témoigne l’épouse d’un détenu. D’après elle, les parloirs se transforment en véritable caisse de résonance. « Dites je t’aime ou donnez la recette de la soupe de mamie et c’est tout le couloir qui est informé ».

Les détenus envisagent d’arrêter les parloirs

Les cinq détenus qui ont décidé de saisir la justice confirment par écrit qu’ils sont « obligés de crier pour s’entendre ». Pour un de leurs avocats, Julien Brel, il y a urgence : « La situation est à ce point catastrophique qu’ils envisagent de cesser les rencontres au parloir avec leurs proches compte tenu de la frustration et la colère générées par ce nouveau dispositif qui empêche tout échange dans des conditions normales ».

Le ministère de la Justice temporise : « D’un établissement à l’autre, il n’y a pas le même dispositif. Et puis à ce jour, nous n’avons aucun autre contentieux en cours ». Du côté de la direction interrégionale des services pénitentiaires de Toulouse, « pas de commentaire ».