Toulouse : Une élève de Sciences-Po a porté plainte pour viol, des faits signalés au parquet dès novembre par la direction

#SCIENCESPORCS L’administration qui avait connaissance des faits mais sans connaître l’identité de la victime ou de son agresseur, avait fait un signalement dès la mi-novembre au procureur de la République

Béatrice Colin

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La façade de l'Institut d'études politiques de Toulouse (illustration).
La façade de l'Institut d'études politiques de Toulouse (illustration). — B. Colin / 20 Minutes
  • Sur les réseaux sociaux, de nombreux témoignages se multiplient pour dénoncer les viols perpétrés, notamment, lors des soirées d’intégration dans les Instituts d’études politiques.
  • Parmi ces témoignages, celui d’une jeune étudiante de Sciences-Po Toulouse qui a porté plainte le 6 février pour des faits de viol commis en septembre 2018.
  • La direction de l’IEP a indiqué qu’elle avait signalé les faits dès la mi-novembre auprès du procureur de la République et annonce avoir pris des mesures.

« J’ai été violée. Ces mots crus sont durs à prononcer, quasi impossible à écrire. Figés à jamais sur le papier ils revêtent toute leur signification et l’horreur qui l’accompagne ». Ce témoignage posté sur un forum de discussion est celui d’une élève de l’Institut d’études politiques de Toulouse qui s’est décidée la semaine dernière à déposer plainte pour viol. Des faits qui remonteraient à la rentrée de septembre 2018, lors des soirées d’intégration.

Dans ce cadre-là, une enquête préliminaire a été ouverte par le procureur de la République de Toulouse, alors que les dénonciations d’agressions sexuelles et violences sexistes dans les Instituts d’études politiques se multiplient sur les réseaux sociaux sous l’appellation « #sciencesporcs »

Une plainte qui n’est « pas une surprise » pour le directeur de l’établissement supérieur toulousain, Olivier Brossard. « L’affaire était suivie par moi depuis la mi-novembre. Dans un premier temps nous avons eu l’information sans connaître ni l’identité de la victime ni celle de son agresseur. Il y a eu un processus pour l’amener à témoigner. Quand j’ai appris cela, j’ai fait un signalement au procureur », explique le responsable de l’IEP de la Ville rose.

Mesures de protection et disciplinaires

En parallèle de l’enquête judiciaire, une enquête interne a débuté et les tutelles de l’établissement ont été averties. Fin décembre, la jeune femme de 20 ans, toujours scolarisée à Sciences-Po, s’est fait connaître auprès du directeur et a fait l’objet « d’une prise en charge par nos services, notamment pour le suivi et l’assistance aux victimes ».

Elle a fini par accepter de donner le nom de son agresseur et a produit un témoignage écrit. L’Institut a pris connaissance de l’identité de l’agresseur présumé lundi. « Des mesures de protection ont été déclenchées dès aujourd’hui, avec une interdiction d’accès aux locaux et à la jeune fille. Des mesures disciplinaires sont aussi enclenchées », poursuit Olivier Brossard.

Ce dernier avait déjà « de sérieuses préoccupations » sur ce qui se passe notamment lors des soirées du Critérium Inter-IEP, plus communément appelé le Crit', et qui donnent lieux à des soirées arrosées après les épreuves sportives. « Nous avons essayé de prendre des mesures, les promesses ne semblaient pas être suivies des faits. J’avais décidé cette année de ne pas subventionner les associations », assure le responsable.

« Dans les cas d’agressions sexuelles, les fausses déclarations sont très rares »

Au-delà de cette mesure pour limiter les excès dans les soirées pointées du doigt, Sciences-Po Toulouse a mis en place il y a deux ans une cellule d’écoute sur les violences sexuelles. Mais les remontées d’étudiants ont montré un manque de confiance envers ce dispositif. Sa direction compte l’améliorer, notamment en garantissant l’anonymat grâce à une boîte vocale. Un premier pas pour Christine Mennesson, l’enseignante en charge de ce dispositif et qui a été en contact avec la jeune fille qui a porté plainte.

« Je l’ai prise au sérieux car dans les cas d’agressions sexuelles, les fausses déclarations sont très rares. A nous d’accompagner les victimes, c’est une de nos préoccupations principales. Avec ce que l’on sait sur les violences sexuelles, on porte atteinte aux établissements quand on cherche à étouffer ces affaires », conclut cette sociologue pour qui le discrédit jeté sur les IEP par ces affaires est loin d’être la priorité.