Meaux : Une marche blanche pour réclamer « la vérité » sur la mort d'un détenu

ENQUETE Deux enquêtes, une judiciaire et une autre administrative, sont ouvertes

20 Minutes avec AFP
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La marche s'est déroulée le dimanche 7 février 2021.
La marche s'est déroulée le dimanche 7 février 2021. — Sarah BRETHES / AFP

Plusieurs centaines de personnes ont participé dimanche à une marche blanche jusqu’à la prison de Meaux (Seine-et-Marne) pour réclamer « la vérité » sur la mort d’un détenu de 28 ans, des faits qui font l’objet de deux enquêtes, judiciaire et administrative.

Vêtus de T-shirts noirs frappés du slogan « Justice pour Jimony » et de menottes ensanglantées, les manifestants, parmi lesquels la militante anti-violences policières Assa Traoré, ont marché en silence dans le froid jusqu’à l’entrée du centre pénitentiaire, où ils ont scandé « On veut la vérité » et « Pas de justice, pas de paix ».

Emmené par le Samu

Jimony Rousseau est décédé mardi à l’hôpital de Jossigny, huit jours après y avoir été transporté par le Samu en arrêt cardio-respiratoire. Selon les premiers éléments de l’enquête, livrés mercredi par la procureure de Meaux Laureline Peyrefitte, le détenu aurait refusé, le 25 janvier, « de réintégrer sa cellule depuis la cour de promenade, et adopté un comportement tour à tour très agité et agressif ». « Il se serait opposé violemment à son menottage, notamment en mordant au sang l’un des surveillants ».

Lors de son transfert au quartier disciplinaire, « les surveillants constatant qu’il était devenu subitement calme, ont appelé l’unité médicale ». Le jeune homme a ensuite été emmené à l’hôpital par le Samu, en arrêt cardiovasculaire. L’autopsie réalisée mercredi a conclu à « l’existence d’un oedème cérébral dû à un arrêt cardiaque prolongé », selon la procureure, qui a assuré que les « ecchymoses et contusions » retrouvées sur son corps n’avaient « pas eu d’incidence sur le processus mortel ».

La hiérarchie de la prison entendue

« Les causes plus précises du décès seront ainsi à rechercher dans des examens complémentaires approfondis qui vont être très prochainement effectués », a ajouté la procureure. Dimanche, la soeur du jeune homme a lancé « un appel à témoins » à l’adresse des détenus, des surveillants et de la direction du centre pénitentiaire. « Mon frère était en bonne santé, on nous dit qu’il a fait une crise cardiaque, je n’y crois pas », a-t-elle lancé aux manifestants réunis devant l’entrée de la prison.

« Assa Traoré a dit que les Noirs et les Arabes n’étaient pas en sécurité dans ce pays, on en a la preuve », a ajouté la tante du jeune homme. Le parquet a ouvert une information judiciaire pour « recherche des causes de la mort », confiée à la police judiciaire de Versailles. Les enquêteurs ont commencé vendredi à entendre la hiérarchie de la prison, a indiqué à l’AFP une source proche de l’enquête.

Le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti a de son côté diligenté une inspection afin de « faire toute la lumière sur cette affaire ». Le détenu décédé était incarcéré depuis le 6 janvier en attente de son procès pour « des faits de violences habituelles par conjoint » et rébellion.