Mort du petit Tony : Pourquoi le verdict a-t-il été plus clément qu’attendu ?

PROCÈS La cour d’assises de la Marne a condamné Loïc Vantal à 20 ans de réclusion criminelle et Caroline Létoile à quatre ans de prison dont un avec sursis

Vincent Vantighem
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01 Février 2021 : La cour d'assises de Reims accueille le procès de Loic Vantal et Caroline Létoile, jugés pour la mort du petit Tony, en 2016.
01 Février 2021 : La cour d'assises de Reims accueille le procès de Loic Vantal et Caroline Létoile, jugés pour la mort du petit Tony, en 2016. — V. VANTIGHEM
  • La cour d’assises de la Marne a prononcé, vendredi soir, des peines plus faibles que celles requises à l’encontre de Loïc Vantal et Caroline Létoile.
  • Lors de cette audience éprouvante, Loïc Vantal avait reconnu avoir porté des coups violents sur le petit Tony, 3 ans.
  • Les parties au procès disposent d’un délai de dix jours pour faire appel du verdict. Une option que le procureur de Reims pourrait choisir.

A la cour d’assises de la Marne, à Reims,

Il était quasiment 23h30, vendredi soir, quand le temps s’est suspendu dans la cour d’assises de la Marne. Au terme de cinq jours d’un procès éprouvant, la présidente, Hélène Langlois, a prononcé des peines plus faibles que celles requises à l’encontre de Loïc Vantal et Caroline Létoile, jugés pour la mort atroce du petit Tony, 3 ans, en novembre 2016 à Reims. Alors que les motivations de la cour ne sont pas encore connues, 20 Minutes tente de décrypter ce verdict…

Pourquoi Loïc Vantal écope-t-il d’une peine de 20 ans de réclusion criminelle ?

Juste avant le verdict, dans la salle des pas perdus du tribunal de Reims, David Scribe, son avocat, confiait que Loïc Vantal s’attendait évidemment « à prendre 30 ans de réclusion » et ne pensait pas faire appel de la décision. « J’ai eu un comportement inacceptable. Je mérite d’être condamné », avait-il indiqué à la barre au moment de lâcher ses derniers mots. Comme si tout était déjà plié… Mais non. Une heure après, la cour le condamnait finalement à 20 ans de réclusion assortie d’une période de sûreté des deux-tiers et d’une obligation de soins. « Je pense que les jurés ont tenu compte de l’humanité de mon client », a réagi David Scribe. A la barre, vendredi après-midi, celui-ci avait tenté de convaincre les jurés que Loïc Vantal, 28 ans aujourd’hui, avait commencé à « travailler » sur lui-même et avait « compris » son acte.

De fait, agressif et vindicatif il y a un an lors d’un premier procès renvoyé en janvier 2020 en raison de la grève des avocats, Loïc Vantal a passé cette semaine d’audience sans faire le moindre esclandre comme si quelque chose en lui avait changé. La cour a sans doute voulu lui donner une raison de réfléchir à tout ça. « Cela prendra du temps. Des années sans doute », a poursuivi, son avocat.

Reims, le 1er décembre 2016. Des anonymes ont déposé des bougies en mémoire du petit Tony, 3 ans, mort sous les coups de son beau-père.
Reims, le 1er décembre 2016. Des anonymes ont déposé des bougies en mémoire du petit Tony, 3 ans, mort sous les coups de son beau-père. - François Nascimbeni / AFP

Caroline Létoile va-t-elle retourner en prison ?

A l’énoncé du verdict, elle a évidemment pleuré. Comme tous les jours depuis lundi. Comme toutes les heures, même. Mais Caroline Létoile, la mère du petit Tony, n’a pas vraiment compris. « Elle s’est retournée vers nous et a demandé si elle devait prendre son sac pour partir en détention… », raconte Pauline Coyac, l’une de ses deux avocates.

Mais non. Jugée uniquement pour les délits de « non assistance à personne en danger » et « non-dénonciation de crime », la mère de Tony écope, finalement, d’une peine de quatre ans de prison dont un avec sursis, sans mandat de dépôt. En dessous donc des réquisitions du procureur qui avait réclamé la peine maximale de cinq ans de prison dans la matinée.

La jeune femme, âgée de 19 ans au moment des faits, n’a purgé que quatre mois de détention provisoire. « Sa peine n’est donc pas totalement aménageable. Et logiquement, elle devrait retourner en détention peut-être pour un an, regrette Pauline Coyac. C’est incompréhensible parce que notre cliente est insérée. Elle a un CDI. Un toit… »

Dans les prochaines semaines, la jeune femme devrait donc rencontrer un juge d’application des peines qui déterminera la suite des événements pour elle. En attendant, elle a quitté le palais de justice et elle est rentrée chez sa mère, à pied, à quarante minutes de marche avec ses nombreux frères et sœurs qui sont venus la soutenir lors du verdict alors qu’ils avaient « séché » tous les débats depuis lundi.

Y aura-t-il un procès en appel ?

Le parquet et les accusés disposent de dix jours pour faire appel du verdict qui a été rendu vendredi soir. Et c’est fort probable. Si Loïc Vantal devrait se satisfaire d’une condamnation plus faible qu’attendue, les avocates de Caroline Létoile indiquaient, à l’issue du verdict, qu’elles « réfléchissaient encore » à la question.

Elles ont plaidé la relaxe de leur cliente. Elle ne l’ont pas obtenue. La décision est objectivement plus clémente qu’attendue pour Caroline Létoile. Mais elle va devoir retourner en détention. « Il faut donc qu’on réfléchisse à tout ça », poursuivait vendredi soir Pauline Coyac.

Le procureur de Reims, Matthieu Bourrette, pourrait l’aider dans sa réflexion. Très remonté sur ce dossier depuis quatre ans, il a fait de l’affaire Tony un cas presque personnel. Très bon lors des réquisitions, il a logiquement réclamé les peines maximales mais n’a pas été suivi par la cour. Il pourrait donc vouloir former un recours et réclamer un nouveau procès, dans l’espoir d’obtenir des peines plus lourdes.

Comment le père de Tony a-t-il réagi à tout ça ?

Présent pendant les cinq jours d’audience, Anthony Alves, le père de Tony a traversé le procès avec beaucoup de dignité. Il n’a quitté le prétoire qu’à une seule reprise : quand Loïc Vantal a commencé à raconter « la pire journée » où il avait frappé son fils. « Putain ! », a-t-il alors lâché distinctement avant de s’en aller.

Vendredi soir, il a écouté le verdict sobrement, puis il a quitté le tribunal. « Il attendait des condamnations plus sévères, a témoigné Olivier Chalot, l’un de ses deux avocats. Il est un petit peu amer. C’est son sentiment et c’est un peu normal… »

Revivez le déroulement de ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem