Nord : Le procès d’un vaste trafic international de drogue devant les assises spéciales

COCAINE CONNECTION Quatre accusés vont comparaître, pendant dix jours, devant la cour d’Assises spéciale, à Douai, pour un vaste trafic international de drogue découvert, en 2015, dans un cargo

Gilles Durand

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Illustration d'une découverte de cocaïne dans un cargo.
Illustration d'une découverte de cocaïne dans un cargo. — Mark Amato / SIPA
  • Le 10 décembre 2015, 2,3 tonnes de cocaïne avaient été découvertes dans un cargo battant pavillon moldave et circulant au large de la côte d’Opale.
  • Cette saisie représentait 20 % des saisies de cocaïne en France au cours de l’année.
  • Quatre individus, deux Turcs, un Géorgien et un Ukrainien, comparaissent devant la cour d’assises spéciale, à Douai, entre le 8 et le 18 février.

Une belle pêche pour les douaniers nordistes. Deux Turcs, un Ukrainien et un Géorgien, tous les quatre suspectés d’appartenir à un vaste réseau de trafic international de drogues, comparaissent, à partir de lundi, et pour dix jours, devant la cour d’Assises spéciale du Nord, à Douai. En plus de ces capitaines et marins de la marine marchande, six personnes, sous mandat d’arrêt international, seront également jugées : quatre Turcs, un Panaméen et un Ukrainien.

Le 10 décembre 2015, 2,3 tonnes de cocaïne – représentant 20 % des saisies de cocaïne en France au cours de l’année – avaient été découvertes dans un cargo battant pavillon moldave et circulant au large de la côte d’Opale. Une cache aménagée dans la salle des machines avait permis de planquer 80 ballots de cocaïne d’environ 30 kg chacun, soit une estimation financière de 75 millions d’euros.

Valse des pavillons

Le Carib Palm – c’est le nom du bateau – venait d’être arraisonné, puis dérouté vers le port de Boulogne-sur-Mer par les services des douanes. Vide de toute cargaison officielle, il naviguait en provenance de Carthagène, en Colombie, et à destination, visiblement, de Gdansk, en Pologne.

« L’enquête visant l’histoire du cargo, son chargement, son trajet et son équipage, impliquait une large coopération internationale, avec l’Ukraine, les Pays-Bas, la République Dominicaine, la Turquie, le Panama, la Moldavie, la Géorgie, la Colombie, le Royaume-Uni ou encore les Etats-Unis », précise le ministère public, dans un communiqué.

Un important travail d’enquête de la police judiciaire de Lille permettait d’établir le trajet du navire. Stationné à Saint Domingue pendant un mois avant sa traversée transatlantique, il avait changé de pavillon et subi des travaux. « Ces investigations ont également permis de mettre au jour diverses responsabilités dans l’organisation du transport de cocaïne à destination des côtes européennes, et plus particulièrement, néerlandaises », selon le parquet général.

En lien avec d’autres affaires

L’enquête ne s’est pas arrêtée là. Des rapprochements étaient opérés avec une opération sur un autre cargo au large des côtes écossaises, quelques mois plus tôt, le 23 avril 2015. A son bord, la marine britannique découvrait 3,2 tonnes de cocaïne dissimulée dans un espace technique sous le puits aux chaînes. L’enquête révélait des membres d’équipage communs au Carib Palm.

Enfin, en juin 2017, un autre navire, piloté par le même capitaine que celui du Carib Palm, était intercepté par les services de la marine turque. A l’intérieur était dissimulée plus d’une tonne de cocaïne. Détail important : l’année précédente, ce cargo, sous un autre nom, avait été en contact avec le bateau de pêche Bianca dans les eaux territoriales britanniques. Or, le lendemain, le chalutier était contrôlé avec, à son bord, près d’une tonne de cocaïne. Deux Anglais et un Néerlandais avaient alors été arrêtés.

Usurpation d’identité

Et ce n’est pas fini. Sur cette affaire de trafic international de drogue – baptisée Cakir, du nom du capitaine – se greffe aussi une plainte pour usurpation d’identité. Une société domiciliée à Majuro, dans les Îles Marshall, était identifiée comme propriétaire du Carib Palm. Officiellement, cette société était présidée par un certain Nicolas Ravet, inspecteur sécurité pour une société de transport international de marchandises.

Sauf que la signature de ce Belge de 46 ans s’avérait différente de celle du contrat de travail distribué aux marins. De par son métier, l’homme avait effectué divers voyages, « mais ignorait comment son passeport avait pu être copié et utilisé dans le cadre de l’acquisition du Carib Palm », mentionne le ministère public.

Dans cette affaire du Carib Palm, neuf personnes ont déjà été jugées au tribunal correctionnel de Lille, en juillet 2019, pour importation de stupéfiants et participation à une association de malfaiteurs. Ils ont écopé de 75 millions d’euros d’amendes assorties d’interdiction définitive du territoire français.