Mort du petit Tony : « Je ne pouvais rien faire », se défend Caroline Létoile, la mère du garçonnet

PROCES La cour d'assises de la Marne examine, depuis lundi, les circonstances dans lesquelles le petit Tony, 3 ans, est mort en novembre 2016 à Reims

Vincent Vantighem
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Reims, le 30 novembre 2016. Une femme brandit une photo du petit Tony lors d'une marche blanche organisée quatre jours après sa mort.
Reims, le 30 novembre 2016. Une femme brandit une photo du petit Tony lors d'une marche blanche organisée quatre jours après sa mort. — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
  • Agé d’un peu plus de trois ans, Tony est mort à Reims en novembre 2016 après avoir été la cible des coups répétés de son beau-père.
  • Condamné sept fois pour des faits de violence, Loïc Vantal a reconnu les faits à l’ouverture du procès d’assises, à l’issue duquel il encourt une peine de 30 ans de réclusion criminelle.
  • Auditionnée ce jeudi, Caroline Létoile, la mère de Tony, nie s’être rendue coupable de « non-assistance à personne en danger ». Elle comparaît libre et risque 5 ans de prison.

A la cour d’assises de la Marne, à Reims,

Les jours précédant sa mort, Tony boitait parce que son bassin était fracturé. Ses pleurs étaient devenus « bizarres », sans doute en raison de son « nez pété » et d’anciennes fractures costales. Il vomissait car sa rate et son pancréas s’étaient rompus sous l’effet des coups de poing. Et il ne souriait plus, son visage étant déformé par 23 traces, bleus ou ecchymoses, selon le terrible recensement effectué par les médecins légistes.

Caroline Létoile, sa mère, comparaît, depuis lundi, pour « non-assistance à personne en danger » et « non-dénonciation de mauvais traitements ». Elle n’est pas accusée d’avoir levé la main sur son « gamin » de 3 ans. Mais de n’avoir pas dénoncé son compagnon violent. Pas alerté pour sauver son fils. Pourquoi ce silence ? Pas une fois. Pas dix fois. C’est sans doute plutôt une bonne centaine de fois que la cour d’assises de la Marne lui a posé cette question, ce jeudi. Et même davantage… Parfois doucement. Le plus souvent de façon énergique, voire accusatoire.

Un lit sans draps en plein mois de novembre

« Je ne peux pas expliquer… » A la barre, Caroline Létoile, 24 ans aujourd’hui, commence par la réponse facile. Mais elle sait, évidemment, que cela ne suffira pas. Qu’elle ne s’en sortira pas comme cela. Et que ses larmes ne vont pas attendrir Hélène Langlois, la présidente de la cour. Alors que la magistrate insiste, l’accusée sort donc la carte de la personnalité. « A l’école primaire, on m’insultait parce que j’avais des poux. Cela a continué ensuite, détaille-t-elle. J’ai toujours été faible, très faible… »

A tel point que Tony en profite. « Je n’ai pas su mettre des limites », dit sa mère. C’est donc Loïc Vantal qui s’en est chargé pour elle. Et comme « il suffit d’une phrase » pour que Caroline Létoile tombe amoureuse, le jeune homme avait toute latitude. Il buvait beaucoup d’alcool. Roulait des joints sur la table basse du salon quand il ne dealait pas. Et, entre-temps, s’occupait donc de l’éducation de Tony. Le petit garçon de 3 ans faisait pipi au lit ? Son beau-père le faisait dormir sans draps, en plein mois de novembre. Il répondait mal ? Il lui enlevait ses jouets…

« Je n’y arrivais pas »

Mais c’est à partir de la mi-octobre que tout a vraiment basculé. Les premières claques résonnent alors dans l’appartement de la place des Argonautes. « J’étais dans une autre pièce, tente alors Caroline Létoile. Quand j’arrivais, je m’interposais. » La présidente écarquille les yeux. « Vous saviez que Loïc Vantal était violent et vous le laissiez seul avec votre fils ? » Réponse : « Le moins souvent… A la fin, je ne me lavais même plus pour ne pas les laisser seuls. »

Et puis, « très immature et effacée », selon les experts, la jeune mère ne pensait pas que la situation était si dramatique. « Les médecins ont expliqué que les douleurs de Tony devaient être insupportables. Mais quelle quantité de lésions vous faut-il pour que vous jugiez ça grave ? », l’interroge-t-on.

A la barre, la jeune femme pleure de nouveau. « Je ne pouvais pas… », lâche-t-elle. Avant d’esquisser les contours de l’emprise que son compagnon exerçait sur elle, sans jamais l’avoir battue :

« - Je ne pouvais rien faire. Il prenait mon téléphone !

- Mais vous pouviez quitter l’appartement…

- Non, il avait pris les clefs !

- Le jour de la mort de Tony, il avait pris les clefs. Mais avant ?

- Je n’y arrivais pas… »

La prise de conscience bien trop tardive

En réalité, Caroline Létoile y est bien arrivée. C’était le samedi 26 novembre 2016. Alors que Loïc Vantal dormait, elle a habillé le petit dans l’espoir de pouvoir partir chez sa mère. Mais son compagnon s’est réveillé. Quand il a vu la situation, l’état de Tony, il lui a simplement répondu : « Ce n’est pas chez ta mère que tu dois aller. C’est à l’hôpital… » Et puis, il s’est roulé un joint et a fini la bouteille entamée la veille. De toute façon, il était déjà trop tard…

« On est tous les deux responsables. Moi, je suis responsable parce que j’ai mis des coups. Elle, parce qu’elle m’a pas empêché, lâche-t-il dans l’après-midi, quand vient son tour d’être interrogé. J’aurais dû m’arrêter avant. J’aurais pas dû commencer. » « Je regrette tout ce qui s’est passé. Je mérite d’être condamné », poursuit-il après dans un exercice de contrition destiné à atténuer sa peine. C’est à la cour d’assises d’en décider. Le verdict est attendu ce vendredi.

Suivez en direct le déroulement de ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem