Lyon : RTE est-il responsable du suicide de l’un de ses salariés ?

PROCES La justice lyonnaise a examiné, lundi, le dossier d’Eric Sanchez, employé de RTE, qui a mis fin à ses jours en 2011 et dont le suicide a été reconnu en accident du travail

Caroline Girardon

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Le palais de justice de Lyon Illustration.
Le palais de justice de Lyon Illustration. — E. Frisullo / 20 Minutes
  • Le suicide d’Eric Sanchez, employé de RTE, a été reconnu en 2018 comme accident du travail.
  • Aujourd’hui, sa veuve se bat pour faire condamner l’employeur pour « faute inexcusable » et établir ainsi sa responsabilité dans ce geste dramatique.
  • La justice lyonnaise rendra sa décision le 29 mars.

La vie d’Eric Sanchez s’est arrêtée le 9 octobre 2011. Un dimanche. La veille d’attaquer une nouvelle semaine de travail au sein de la compagnie RTE, ce Lyonnais de 47 ans s’est suicidé à son domicile. Laissant au préalable une lettre à son épouse et ses deux enfants. Une lettre pleine de tendresse dans laquelle il explique « trop souffrir intérieurement », évoquant « les pressions permanentes » et « l’angoisse d’aller au travail ». Aujourd’hui, sa veuve se bat pour faire condamner l’employeur. Et le dossier s’est retrouvé à nouveau devant la justice en début de semaine.

En 2018, la cour d’appel de Lyon a reconnu que le geste dramatique d’Eric Sanchez était un accident du travail. Une première bataille gagnée pour les proches, qui espèrent désormais faire reconnaître « la faute inexcusable » de RTE dans la survenance de ce suicide. Lundi, Emilie Conte-Jansen, avocate de la famille a longuement plaidé en ce sens devant le tribunal des affaires sociales.

« L’employeur n’a rien fait pour protéger son salarié »

« L’employeur ne peut pas être exonéré de sa responsabilité. Il a créé son état dépressif et n’a rien fait pour protéger son salarié », explique-t-elle à 20 Minutes, soulignant qu’Eric Sanchez, qui avait commencé sa carrière en 1986 chez RTE, avait travaillé durant « 22 ans sans aucune difficulté professionnelle ».

« La dégringolade est survenue en 2008 lorsque le service, dans lequel il opérait, a été restructuré ». Sous-effectifs, changements de mission, surcharge de travail… La victime a commencé à perdre ses repères. La nomination d’un nouveau chef « au management brutal » n’a fait qu’accélérer la descente aux enfers, pointe l’avocate. « Son état de santé s’est clairement détérioré à cette époque », insiste-t-elle évoquant deux longs arrêts de travail : l’un entre octobre 2009 et janvier 2010 et une hospitalisation entre avril 2011 et la fin du mois de juin 2011.

« De vrais signaux d’alarme ont été envoyés »

« Il avait été convenu, en accord avec la médecine du travail, qu’Eric Sanchez devait reprendre son travail en mi-temps thérapeutique. Mais sa charge de travail n’a pas été allégée. Les pressions ont continué, les brimades de son chef aussi. Il a même été accusé à tort d’avoir volé son véhicule de fonction pendant les vacances », détaille Emilie Conte-Jansen. Et selon elle, les alertes n’ont pas manqué : « A deux reprises, en avril 2011 et en septembre 2011, la médecine du travail a écrit à l’employeur pour l’avertir de cette situation. De vrais signaux d’alarme ont été envoyés. Les membres du CHSCT se sont saisis de la question en septembre et ont demandé que le président du groupe rencontre Eric Sanchez. Mais aucune aide n’a été mise en place… »

Au cours de sa plaidoirie, l’avocate a donc patiemment fait la démonstration que « l’employeur aurait dû prendre la mesure des risques psychosociaux ». « C’est à lui de préserver l’intérêt des salariés et faire en sorte qu’ils ne s’écroulent pas. Pour éviter d’aller au pire, insiste-t-elle à l’issue de l’audience. Beaucoup d’entre eux étaient en souffrance dans ce service. Certains ont indiqué avoir pensé eux-mêmes au suicide ».

La décision a été mise en délibéré au 29 mars.