Ouverture du procès de trois djihadistes confondus par un agent infiltré de la DGSI

TERRORISME Surnommé « Ulysse », le « cyberpatrouilleur » de la DGSI témoignera par visioconférence vendredi

Manon Aublanc

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Illustration d'une salle d'audience du tribunal correctionnel de Rennes.
Illustration d'une salle d'audience du tribunal correctionnel de Rennes. — Camille Allain / 20 Minutes

Trois hommes, soupçonnés d’avoir voulu commettre un attentat à Paris en décembre 2016 et arrêtés grâce à la cyberinfiltration d’un agent du renseignement, comparaissent, à partir de ce lundi, devant la cour d’assises spéciale de Paris.

Poursuivis pour « association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation de crimes d’atteinte aux personnes », Yassine Bousseria et Hicham Makran, deux Strasbourgeois âgés de 41 ans, et Hicham El Hanafi, un Marocain de 30 ans, encourent trente ans de réclusion criminelle.

Un agent de la DGSI infiltré dans une conversation Telegram

Surnommé « Ulysse », le « cyberpatrouilleur » de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qui a réussi à infiltrer le groupe Etat islamique (EI) et permis l’arrestation des trois accusés, témoignera par visioconférence vendredi sous le nom de code « 282-SI ».

L’affaire a débuté en 2016. A la suite d’un renseignement humain selon lequel l’EI chercherait à se procurer des armes pour « une action violente » sur le sol français, un agent de la DGSI s’introduit dans une boucle de la messagerie cryptée Telegram et entre en contact avec un « émir » de l’EI en Syrie, surnommé « Sayyaf ».

« On veut 4 kalash avec chaque kalash 4 chargeurs et des munitions », réclame « Sayyaf ». « Ulysse » répond être prêt à fournir les armes. En juin 2016, « Sayyaf » fait parvenir à « Ulysse » 13.300 euros en liquide déposés sur une tombe du cimetière du Montparnasse. Avec cet argent, « Ulysse » indique alors à « Sayyaf » qu’il a acheté des armes et les a cachées dans la forêt de Montmorency (Val-d’Oise). Les abords de la cache sont équipés de caméras de surveillance. Le piège est lancé.

« Un complot d’Etat »

En attendant, la cour a commencé lundi l’examen de personnalité d’Hicham Makran. En T-shirt vert, les cheveux longs et une barbe dépassant de son masque chirurgical, l’accusé est un ami proche de Yassine Bousseria et se défend d’être un djihadiste. Interrogée en visio-conférence, son ex-petite amie, Jennifer, le décrit comme « un peu simplet », « pas très cultivé ». Dans son box, l’accusé, les bras croisés, encaisse. « C’était quelqu’un de mal dans sa peau, pas très débrouillard », insiste Jennifer qui concède qu’il était également « gentil et timide ». « Ce n’était pas un bourrin », résume-t-elle.

La relation entre Hicham et Jennifer a été brève, à peine quelques mois entre 2010 et 2011. Parlaient-ils de religion, de terrorisme, veut savoir le président. « On a vu une fois une vidéo assez gore », se souvient la jeune femme âgée aujourd’hui de 36 ans. « Il m’a dit qu’il ne comprenait pas comment on pouvait tuer des gens au nom d’une religion », dit-elle. Pourtant, après la séparation avec Jennifer il y a eu un voyage en Ouzbékistan, pays connu comme étant un foyer de radicalisme islamiste en Asie centrale puis une tentative de départ en Syrie. Interrogé après son arrestation sur les attentats de 2015 et 2016 en France, Hicham Makran soutiendra que « c’est du complotage (sic). C’est un complot d’Etat mais je ne sais pas le pourquoi ».

- « Pourquoi avoir dit ça ? », l’interroge le président

- « J’ai vu ça sur internet, c’est ce que j’ai compris », répond l’accusé.

- « Et vous le pensez toujours ? », insiste le président.

- « J’ai pas approfondi la question », élude Hicham Makran.

Une clé USB avec les coordonnées de la cache d’armes

En novembre, les services français de renseignement sont informés que deux Strasbourgeois, Yassine Bousseria et Hicham Makran, de retour d’un séjour à la frontière turco-syrienne, seraient prêts à passer à l’action. La police les interpelle et retrouve dans une clé USB cryptée les coordonnées GPS de la cache d’armes de Montmorency.

Grâce à une autre opération de cyberinfiltration, la DGSI intercepte le message d’un « émir » demandant de fournir des armes et un logement sur Marseille pour un autre agent de l’organisation, Hicham El Hanafi, vite interpellé par la police. En étudiant sa téléphonie, les enquêteurs s’aperçoivent que le Marocain a tenté vainement à deux reprises de localiser la cache d’armes de Montmorency. Le procès est prévu jusqu’au 19 février.