L'ex-députée (LR) Laurence Arribagé lors d'un conseil municipal.
L'ex-députée (LR) Laurence Arribagé lors d'un conseil municipal. — DR

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Toulouse : Un patron du fisc, une adjointe au maire et un magistrat ont-ils pactisé contre une candidate LREM ?

Le parquet de Toulouse annonce l’ouverture d’une information judiciaire visant un ex-responsable du fisc, une adjointe au maire, et un magistrat à la retraite. Ils sont soupçonnés d’avoir tenté de déstabiliser la candidate LREM, Corinne Vignon, lors de la campagne législative de 2017

  • Le parquet de Toulouse vient d’ouvrir une information judiciaire visant quatre personnalités toulousaines.
  • Elles sont soupçonnées d’avoir tenté de nuire à Corinne Vignon, désormais députée LREM, lors de la campagne législative 2017 en laissant penser qu’elle pouvait tirer des revenus non déclarés de sa passion pour l’astrologie.
  • Les personnes visées par l’enquête sont un ex-magistrat du parquet, un ex-responsable régional des Impôts, l’adjointe aux Sports de Toulouse et un chef d’entreprise.

Corinne Vignon, la députée LREM de la 3e circonscription de Toulouse, a-t-elle été victime d’un « pacte » ourdi en haut lieu visant à lui barrer la route du Palais Bourbon au cours de la campagne législative de 2017 ? C’est ce que cherche à déterminer le parquet de Toulouse. « J’ai ouvert une information judiciaire le 18 janvier visant quatre personnes, soupçonnées d’avoir engagé une démarche visant à décrédibiliser [sa] candidature », indique ce mardi Dominique Alzéari, le procureur de la République de Toulouse.

Les quatre personnes en question sont l’ancien directeur adjoint des finances publiques de la région Occitanie, un ancien procureur adjoint, un chef d’entreprise dans l’immobilier et Laurence Arribagé, adjointe au maire en charge des Sports, par ailleurs patronne des Républicains en Haute-Garonne. Cette dernière était à l’époque députée de la circonscription et donc la principale rivale de Corinne Vignon.

Des thèmes astraux à la veille du 1er tour

Le premier volet de cette affaire a éclaté quelques jours avant le premier tour. Quand le parquet de Toulouse a décidé d’ouvrir une enquête pour « travail dissimulé » à propos des activités d’astrologue de Corinne Vignon. La candidate, qui n’a jamais caché sa passion pour la numérologie et l’astrologie, était soupçonnée d’avoir établi contre rémunération des thèmes astraux sans les déclarer.

Le montant étant dérisoire et les enquêteurs de la brigade financière n’ayant rien décelé d’anormal dans le train de vie de Corinne Vignon, l’enquête préliminaire a été classée sans suite en septembre 2017. Et, entre-temps, la polémique, croustillante, n’a pas empêché la maire de Flourens de devenir députée.

« Prise illégale d’intérêt »

Mais, avec le rebondissement de ce mardi, il faut croire qu’elle va continuer à secouer le landerneau politique toulousain. Le parquet a ouvert l’enquête pour « prise illégale d’intérêt, violation du secret professionnel, complicité et recel de ces délits, et corruption active et passive ». Dominique Alzéari précise par ailleurs dans son communiqué que « les investigations et les auditions recueillies ont permis de réunir des présomptions graves à l’encontre des quatre personnes ».

Eric Mouton, l’avocat de Laurence Arribagé, confirme que l’ex-députée a été « entendue par les services d’enquête ainsi que d’autres personnes ». Si elle devait être entendue par un juge, elle démontrera « sa totale bonne foi et l’absence de toute infraction pénale », ajoute-t-il car « il n’y a jamais eu de pacte avec quiconque, ni aucune corruption d’aucune sorte. Ces affirmations ne reposent sur rien de tangible ».

Désormais à la retraite, l’ex-procureur adjoint a quant à lui confié à l’AFP sa surprise, réfutant « catégoriquement cette notion de prise illégale d’intérêt ». « C’est surréaliste. Le responsable des Finances publiques a téléphoné pour dénoncer des faits de travail clandestin et de fraude fiscale. J’ai agi comme n’importe quel parquetier aurait agi, en lui demandant de formaliser ses allégations par un courrier que je n’ai à aucun moment ni lu, ni traité, ni suivi », assure-t-il.

Pour la sérénité de l’instruction, le parquet a demandé le dépaysement de l’affaire.