Affaire Grégory : La justice va-t-elle ordonner de nouvelles expertises génétiques, 36 ans après ?

ENQUÊTE La cour d’appel de Dijon (Côte d’Or) doit dire, ce mercredi, si elle ordonne, ou non, de nouvelles expertises génétiques pour élucider la mort du petit Grégory Villemin qui remonte à 1984

Vincent Vantighem

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Christine et Jean-Marie Villemin, les parents du petit Grégory, 4 ans, retrouvé noyé le 16 octobre 1984, pieds et poings liés dans la Vologne, sont assis, le 23 novembre 1984, autour de la table de leur salle-à-manger sur laquelle est posée une assiette à l'effigie de leur enfant.
Christine et Jean-Marie Villemin, les parents du petit Grégory, 4 ans, retrouvé noyé le 16 octobre 1984, pieds et poings liés dans la Vologne, sont assis, le 23 novembre 1984, autour de la table de leur salle-à-manger sur laquelle est posée une assiette à l'effigie de leur enfant. — ERIC FEFERBERG / AFP
  • Les parents du petit Grégory Villemin ont réclamé à la justice de nouvelles expertises génétiques sur neuf traces figurant au dossier consacré à la mort de leur fils de 4 ans.
  • Plus de 36 ans après les faits, ils espèrent toujours découvrir qui a tué l’enfant dont le corps avait été découvert, pieds et poings liés dans la Vologne (Vosges).
  • Selon nos informations, de nouvelles auditions sont également envisagées dans les prochains mois.

C’est un avocat qui travaille sur le dossier depuis si longtemps qu’il a fini par en faire un jeu de mots douteux. « A force de ‘’relancer l’enquête’’, elle va finir par se cogner et par s’abîmer… », lâche-t-il. Plus de 36 ans après les faits, la justice pourrait pourtant, ce mercredi, autoriser de nouvelles expertises génétiques dans le but de tenter de découvrir enfin le ou les assassins du petit Grégory, retrouvé mort dans les eaux de la Vologne (Vosges) en 1984.

Ce sont Christine et Jean-Marie Villemin, les parents du garçonnet de 4 ans, qui sont à l’origine de cette demande auprès de la cour d’appel de Dijon (Côte d’Or) où le dossier est instruit depuis 1987. Le temps a passé mais ils n’ont jamais perdu espoir de lever le voile sur ce qui demeure l’une des pires énigmes judiciaires des dernières décennies. « Nous espérons (…) que nous pourrons enfin aboutir, dans un avenir pas trop éloigné, à une juste solution », assure ainsi Jean-Marie Villemin, dans la postface de Parole d’avocat, l’ouvrage que Thierry Moser, son conseil, a publié le 12 janvier.20 Minutes fait le point sur le dossier…

Quelles nouvelles expertises génétiques les parents du petit Grégory réclament-ils aujourd’hui ?

Le 16 décembre, les avocats de Christine et Jean-Marie Villemin ont réclamé à la cour d’appel de Dijon une série de nouvelles expertises, notamment génétiques. Au cœur de leur requête figure la recherche « d’ADN de parentèle », une technique qui permet de comparer une empreinte génétique avec d’autres susceptibles d’être issues de la même parenté. C’est cette méthode qui avait, par exemple, permis de découvrir la vérité en 2012 dans l’affaire Élodie Kulik, violée et tuée dix ans plus tôt.

Les Villemin souhaitent que la recherche soit effectuée sur neuf traces ADN figurant dans le dossier. Elles avaient été prélevées sur des courriers anonymes, une seringue et les vêtements du petit Grégory. En parallèle, les parents du garçonnet souhaitent également de nouveaux prélèvements génétiques et sollicitent le recours au « portrait-robot génétique » qui permet à partir d’une empreinte ADN de déterminer la couleur des cheveux ou des yeux d’une personne.

Peut-on espérer des avancées significatives grâce à ces nouvelles expertises ?

Les avocats de Christine et Jean-Marie Villemin sont convaincus que ces analyses pourraient apporter des « pièces » intéressantes au « puzzle » que constitue ce volumineux dossier. Échaudés par le fait qu’une chape de plomb pèse toujours aujourd’hui sur ce secret familial, plusieurs acteurs du dossier pensent en effet que seules des preuves scientifiques pourraient résoudre l’énigme.

Et cela même si de précédentes analyses effectuées, à la fin des années 2010, sur les cordelettes ayant entravé l’enfant n’ont rien donné. Quoi qu’il en soit, et si la cour d’appel de Dijon autorise les nouvelles expertises, il faudra de toute façon attendre plusieurs mois avant d’en connaître les résultats.

D’autres investigations sont-elles prévues ?

En parallèle des investigations techniques, les magistrats en charge de l’enquête ne perdent pas espoir de voir enfin les langues se délier. « Il y a sans doute des gens qui savent des choses et qui les taisent, estimait ainsi, vendredi, dans les colonnes de L’Est Républicain Thierry Pocquet du Haut-Jussé, le procureur général de Dijon. J’espère qu’un jour, quelqu’un contribuera à la recherche de la vérité en disant ce qu’il peut dire. »

Un jour peut-être pas si lointain. Selon nos informations, des auditions sont envisagées dans les prochaines semaines. Il s’agit d’entendre des membres du cercle familial de la deuxième, voire de la troisième génération qui pourraient aujourd’hui avoir envie de tourner cette douloureuse page. L’audition de la fille de Marcel et Jacqueline Jacob est ainsi prévue. Tout comme celle, plus anecdotique, de l’ancien policier Jacques Corrazi dont les propos dans la série documentaire Grégory avait créé un début de polémique.

Quoi qu’il en soit, Christine et Jean-Marie Villemin ont fait savoir, par la voix de leurs avocats, qu’ils espéraient que 2021 marque enfin « la fin des investigations sur la mort de leur fils ».

* Parole d'avocat de Thierry Moser (La Valette Editeur, 23 euros)