Procès Saint-Cyr : Pas d’appel du ministère public après la condamnation de trois militaires

BIZUTAGE L’élève officier Jallal Hami était mort noyé lors d’un atelier de « transmission des traditions » organisé en pleine nuit en octobre 2012

Camille Allain

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Rachid Hami et son avocat Me Jean-Guillaume Le Mintier ici lors du délibéré du procès Saint-Cyr. Jallal Hami était mort noyé en 2012 lors d'un exercice de bahutage.
Rachid Hami et son avocat Me Jean-Guillaume Le Mintier ici lors du délibéré du procès Saint-Cyr. Jallal Hami était mort noyé en 2012 lors d'un exercice de bahutage. — C. Allain / 20 Minutes
  • Le ministère public ne fera pas appel de la relaxe de quatre des sept prévenus du procès de l’école militaire Saint-Cyr (Morbihan).
  • L’élève officier Jallal Hami était mort noyé lors d’un atelier de « transmission des traditions » organisé en pleine nuit par des élèves de deuxième année.
  • Deux élèves et un membre de l’encadrement ont été condamnés à des peines de six à huit mois de prison avec sursis, bien loin de ce qu’avait requis le ministère public.

Ce mardi, le parquet de Rennes a annoncé qu’il ne ferait pas appel du jugement rendu par le tribunal dans le cadre du procès de sept militaires de l’école Saint-Cyr, à la mi-janvier. Sur les sept prévenus, seuls trois avaient été condamnés à des peines de six à huit mois de prison, après la mort de Jallal Hami, en 2012.

« Vous avez trahi mon frère. Vous m’avez déçu et vous avez déçu la justice. » Les mots étaient lourds, empreints de colère. A l’énoncé de la condamnation de deux élèves officiers et d’un membre de la hiérarchie de l’école militaire Saint-Cyr, le frère de Jallal Hami s'était adressé directement au juge Kerhoas qui présidait l’audience. Rachid Hami a perdu son frère Jallal en octobre 2012, quand ce dernier est mort noyé lors d’un exercice de « bahutage » nocturne au sein de la prestigieuse école militaire de Saint-Cyr Coëtquidan (Morbihan).

Pour justifier son choix de ne pas faire appel, le procureur de la République Philippe Astruc évoque « un point d’équilibre » entre les demandes de la partie civile et celles des prévenus. Lors de l’audience, le parquet avait requis des condamnations plus lourdes allant de trois mois à deux ans de prison avec sursis pour six des sept prévenus, plaidant la relaxe pour le général Chanson. Ni lui ni l’avocat de la famille Hami Me Jean-Guillaume Le Mintier n’auront été entendus par les juges. Ce dernier avait rencontré à titre exceptionnel le procureur, en compagnie de Rachid Hami, afin d’évoquer leur souhait de voir le ministère public faire appel, la partie civile n’ayant pas le droit de le faire. « Des fautes caractérisées ont donc été constatées et sanctionnées », a estimé le procureur.

« Ce sont des peines ridicules pour une vie »

Le frère de Jallal Hami s’était montré particulièrement virulent à l’issue du délibéré. « Ce sont des peines ridicules pour une vie », avait-il lancé face à la presse. En octobre 2012, son frère était mort noyé lors d’un atelier de « transmissions des traditions » de l’école Saint-Cyr. Elève de première année, il devait traverser un étang où il n’avait pas pied en pleine nuit, avec ses rangers et cinq kilos d’équipement sur le dos. Sur les côtés du point d’eau, des projecteurs éclairaient la scène, mise en musique au rythme de La Valkyrie de Wagner et d’autres bandes originales de film. En difficulté dans cette eau à 9 degrés comme bon nombre de ses camarades, le brillant élève était mort noyé, sans qu’aucun des élèves de deuxième année qui organisaient l’atelier ne s’en rende compte. Sa disparition n’avait été signalée qu’une heure après.

Huit ans après le drame, le tribunal correctionnel de Rennes avait reconnu trois coupables d’homicide involontaire. Le « père système » de la promotion Marc Assier de Pompignan était le seul à avoir reconnu sa responsabilité​ dans la mort du jeune élève. Il a écopé de six mois avec sursis. Son second, Hugues Devolvé, a quant à lui été condamné à huit mois de prison avec sursis.

Le tribunal avait surpris tout le monde en demandant que cette condamnation n’apparaisse pas sur leur casier judiciaire, alors que cette demande n’avait pas été formulée. Une décision qui avait provoqué la colère de la partie civile. « Je ne savais pas que la mort de mon frère méritait qu’on l’efface du casier judiciaire de ceux qui ont causé sa mort », estimait Rachid Hami. « Quatre relaxes pour sept prévenus, c’est une décision qui est inaudible pour la famille Hami et qui s’inscrit en opposition avec les trois magistrats instructeurs qui se sont succédé dans le dossier », avait ajouté son avocat Me Jean-Guillaume Le Mintier.

«A Saint-Cyr, rien ne se passe comme ailleurs»

Depuis le drame, les ateliers de bahutage organisés pour les élèves de première année font l’objet d’un contrôle beaucoup plus strict de la part de la hiérarchie de l’école Saint-Cyr. Cette prestigieuse institution qui forme les officiers de l’armée française a été décrite comme « à part » par plusieurs prévenus. « A Saint-Cyr, rien ne se passe comme ailleurs », avait lancé le général Francis Chanson.