Loi « sécurité globale » : « Je me suis laissé gagner par la colère », explique le manifestant jugé pour des violences sur des policiers

PROCES Le parquet a requis lundi trois ans de prison dont deux avec sursis contre un homme de 32 ans accusé d'avoir frappé des policiers lors d'une manifestation contre la proposition de loi « sécurité globale » à Paris le 28 novembre

Thibaut Chevillard

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Des heurts ont éclaté samedi 28 novembre à Paris en marge de la manifestation contre la loi sur la sécurité globale.
Des heurts ont éclaté samedi 28 novembre à Paris en marge de la manifestation contre la loi sur la sécurité globale. — Olivier Coret/SIPA
  • Hakram B., 32 ans, comparaissait ce lundi devant la 10e chambre du tribunal judiciaire de Paris pour avoir frappé des policiers lors d’une manifestation contre la proposition de loi « sécurité globale » à Paris le 28 novembre.
  • Le prévenu, qui reconnaît les faits, a expliqué avoir ce jour-là « perdu [s]on calme » et s’être « laissé gagner par la colère ».
  • Le parquet a requis à son encontre trois ans de prison dont deux avec sursis. La décision sera rendue le 10 février.

Au tribunal judiciaire de Paris,

Durant plusieurs semaines, les enquêteurs de la sûreté territoriale ont tenté d’identifier celui qu’ils appelaient « X5 ». Cet homme, vêtu d’un jean bleu et d’une veste, était l’un des six qui avaient été repérés, place de la Bastille, le 28 novembre, se déchaînant sur des policiers à l’issue de la manifestation contre la proposition de loi « sécurité globale ». En exploitant les vidéos filmées ce jour-là par des journalistes, ils sont parvenus à mettre un nom sur son visage et à le localiser. Le 17 décembre, Hakram B., 32 ans, est interpellé à Cachan (Val-de-Marne) dans une ancienne caserne de gendarmerie squattée par le mouvement Extinction Rébellion. Placé en garde à vue, il avait souhaité garder le silence.

Ce lundi, devant la 10e chambre du tribunal judiciaire de Paris, le prévenu était cette-fois bien décidé à s’expliquer. « Je reconnais une participation à la majorité des faits qui me sont reprochés », assure-t-il d’emblée au président Edmond Brunaud. Hormis une condamnation en 2008, le jeune homme est peu connu des services de police. Comment expliquer alors cet excès de violence ? « J’ai perdu mon calme, je me suis laissé gagner par la colère », déclare-t-il posément. Sur les vidéos diffusées à l’audience, on le voit d’abord mettre un coup de pied à un policier pour le mettre à terre. Puis, porter plus tard des coups à d’autres fonctionnaires sur la place de la Bastille.

« Les coups portés étaient multiples et venaient de partout »

Théo D., l’un des quatre policiers présents à l’audience, était tombé par terre et avait été roué de coups de pied et de poing par plusieurs personnes, avant d’être relevé par l’un de ses collègues. Ce jour-là, dans un nuage de fumigènes, il s’est vu mourir. « Les coups portés étaient multiples et venaient de partout », se rappelle à la barre cette armoire à glace, qui a eu plusieurs dents cassées, ce qui lui vaudra une ITT (incapacité totale de travail) de huit jours. « D’un point de vue personnel, j’ai honte de ce que j’ai fait, reprend le prévenu. Ce n’est pas mon habitude de frapper quelqu’un au sol, je ne réalise pas tout ça dans l’instant. »

Le président semble avoir du mal à croire le prévenu totalement sincère. « Je suis très franc du collier, ce genre de dossier je les connais bien, j’en ai jugé beaucoup », confie le magistrat. Dans l’ordinateur d’Hakram, a été retrouvé un document qu’il a vu lors de précédentes affaires. Il s’agit, dit-il, d’un « guide d’agression des policiers ». Selon le prévenu, il s’agit d’une « photo qui tournait sur les réseaux sociaux », qu’il conservait sur son téléphone depuis longtemps car il en avait oublié l’existence. Il insiste : les violences qu’il a commises ce samedi-là n’étaient pas « préméditées ». « Je ne vais pas manifester pour ça. » Le président Brunaud lui fait pourtant remarquer qu’il avait écrit dans un message qu’il s’agissait de « l’une des plus belles journées de ma vie ».

ACAB comme code de téléphone

Le magistrat note aussi que le code du téléphone d’Hakram était 1312, soit ACAB pour « All cops are bastards » (en français, « tous les flics sont des salauds »). « C’est complètement stéréotypant comme appellation », reconnaît le prévenu. Certes, il dénonce les violences policières car il en a subi et vu lors de manifestations. Mais il est « trop intelligent pour mettre tous les policiers dans le même sac ». « Tous ne sont pas violents » et « certains font très bien leur travail ». Il est même allé soutenir Alexandre Langlois, qui était secrétaire général du syndicat policier Vigi, lorsque ce dernier a été convoqué à l’IGPN, la police des polices.

L’avocat des parties civiles, Me Jérôme Andrei, estime qu’Hakram « incarne cette haine anti flic primaire et cette culture de l’ultraviolence ». Il est « le profil type du black bloc » qui va « attendre chaque opportunité durant la manifestation pour frapper le plus possible ». « Il n’était là que pour ça », insiste la robe noire. La procureure a pour sa part dénoncé une « attaque en règle » sur les forces de l’ordre. Contre ce jeune homme « intelligent, qui argumente, qui est posé », elle requiert trois ans de prison dont deux avec sursis, l’obligation d’indemniser les victimes et l’interdiction de détenir une arme pendant cinq ans.

« Ne pas chercher à faire un exemple »

L’avocat d’Hakram, Me Branco, a dénoncé « une audience profondément politique » en insistant sur l’indignation suscitée par cette affaire à l’époque. Il a plaidé la clémence du tribunal et souligné « l’importance de ne pas chercher à faire un exemple ». « Le préjudice des parties ne peut pas être attribué » à son client tout seul, martèle-t-il. D’ailleurs, des six personnes recherchées, il est le seul à avoir été retrouvé. Dans le tumulte des événements, Hakram a même crié à d’autres manifestants qui se défoulaient sur agent : « Laissez-le, wesh ». Il demande à la cour de prononcer une peine qui lui « permettra de se reconstruire et d’avancer dans la vie ».

La décision a été mise en délibéré au 10 février. En attendant, le jeune homme originaire de Seine-Saint-Denis a été remis en détention provisoire à l’issue de l’audience.