Une salle d'audience dans un palais de justice (illustration).
Une salle d'audience dans un palais de justice (illustration). — Camille Allain / 20 Minutes

CORRECTIONNEL

Landes : La société Herta devant la justice après la mort d'un enfant étouffé par une saucisse

La société Herta est poursuivie pour homicide involontaire par les parents de l’enfant, mort étouffé par un bout de saucisse dans un camping des Landes en 2014. Le jugement a été mis en délibéré au 8 février

Le parquet a requis la relaxe lundi devant le tribunal correctionnel de Dax où comparaissait la société Herta, poursuivie pour homicide involontaire après la mort en 2014 du petit Lilian, qui s'était étouffé avec un bout de saucisse Knacki. Le jugement a été mis en délibéré au 8 février.

Lilian, alors âgé de deux ans et onze mois, était décédé le 11 août 2014, dans un camping de Messanges, sur la côte landaise, étouffé avec un bout de saucisse Knacki. Herta dont le président Arnaud de Belloy était présent au procès, était attaqué en justice par Florence et Vincent Lerbey, les parents de Lilian, pour « homicide involontaire par violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence » posée par le Code de la Consommation.

Premiers secours

Ce jour-là, au retour de plage avec un couple d’amis et leurs enfants, la maman prépare le repas pour les petits. Au menu, haricots verts et saucisses Knacki qu’elle coupe en rondelles.

Après quelques bouchées, Lilian se lève, se prend la gorge entre les mains, il s’étouffe. Florence Lerbey alerte aussitôt son mari et son amie, infirmière anesthésiste. Celle-ci essaie d’enlever le morceau de la gorge du petit, de le faire tousser, pratique la manœuvre de Heimlich et lui tape dans le dos en le maintenant à plat ventre sur ses genoux pendant que la maman appelle le 15.

Une matière qui peut « coller à la trachée »

Le papa le prend aussi par les pieds, la tête en bas. Rien n’y fait. C’est l’arrêt cardiaque. Le morceau de saucisse finit par être ôté par l’infirmière grâce à une pince spéciale, à l’arrivée des pompiers. Mais ni eux ni le Samu n’arriveront à faire repartir le cœur de l’enfant.

Si les parents de Lilian ont finalement porté plainte contre Herta, « ce n’est pas pour de l’argent mais pour qu’il y ait une prise de conscience des consommateurs qui ignorent la dangerosité de ce produit », affirme Me Philippe Courtois, avocat de la famille. Le « diamètre de ces saucisses correspond à l’œsophage des plus petits et leur matière spongieuse peut se coller à la trachée », ajoute-t-il.

« Ne pas confondre le juridique et l'émotionnel »

« Derrière le drame », il s'agit ici de « ne pas confondre le juridique et l'émotionnel », a expliqué à l'audience de lundi, la substitut du procureur, Lucie Delage, soulignant qu'il n'y avait aucune obligation légale pour les professionnels en matière d'avertissement sur les emballages. « Le combat des parents n'est pas resté vain. Les esprits ont été sensibilisés à cette question, il y aura un avant Lilian et un après Lilian », a-t-elle ajouté.

« La position du parquet est surprenante, le changement de procureur (entre le dépôt de plainte et le procès) peut en expliquer la cause », a réagi Me Philippe Courtois, alors qu'en parallèle, une procédure au civil pour réparation du préjudice subi par la famille a eu lieu au tribunal de Meaux le 14 janvier (délibéré le 11 mars).

Nouvelle mention avec logo d’alerte

A l’époque des faits, seule une « recommandation pour les plus jeunes » de couper en « tout petits morceaux » était indiquée sur les paquets. Depuis 2015, à la demande de la famille Lerbey, une nouvelle mention avec logo d’alerte figure au dos des emballages : « Pour les enfants de moins de 4 ans, couper la saucisse dans le sens de la longueur puis en tout petits morceaux afin de prévenir les risques d’étouffement ».

Dans un récent communiqué, Herta précise avoir alors, « conformément aux souhaits » des Lerbey, incité les autres fabricants de saucisses à pâtes fines à reprendre ces termes, ce qu’ils ont « majoritairement » fait.

Plus de visibilité

Les parents de Lilian souhaitent que ce texte soit mis à l’avant des paquets pour plus de visibilité. Ils aimeraient également une campagne publicitaire pour faire connaître ce risque qui a déjà été tragique pour quelques autres enfants.

En 2018, la Cour d’appel de Paris a notamment reconnu Herta responsable du handicap d’une fillette de 3 ans qui avait frôlé la mort avec une « Knacki ball » six ans plus tôt, et indemnisé les parents, estimant que l’emballage ne prévenait pas suffisamment du danger potentiel.