Lyon : Un pharmacien écope d’une amende de 2.000 euros pour avoir vendu illégalement des masques

LYON Un pharmacien de Lyon a été interpellé deux fois pour avoir vendu, pendant le premier confinement, des masques réquisitionnés par l’Etat et destinés aux personnels soignants

C.G. avec AFP

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Illustration: l'enseigne d'une pharmacie.
Illustration: l'enseigne d'une pharmacie. — JAUBERT/SIPA
  • Un pharmacien de Lyon a été condamné mardi à 4.000 euros d’amende, dont la moitié avec sursis.
  • Il lui était reproché d’avoir vendu des masques réquisitionnés pour les personnels soignants par l’Etat lors de la pénurie durant le premier confinement.
  • Ce praticien avait récidivé après avoir été épinglé par la justice une première fois. Il encourait 6 mois de prison et 10.000 euros d’amende.

« Un pharmacien n’est pas un épicier ». Lors du premier confinement, ce parton d’officine avait bravé l’interdit, faisant fi des restrictions gouvernementales. Mardi, un pharmacien du centre-ville de Lyon a été condamné à une amende 4.000 euros, pour moitié avec sursis, par le tribunal correctionnel. Bien moins que la peine de trois mois de prison avec sursis réclamé par le parquet.

L’homme de 41 ans était jugé pour avoir vendu des masques de protection contre le coronavirus aux particuliers alors que l’Etat avait demandé, pour faire face à la pénurie, qu’ils soient mis de côté pour les personnels soignants.

Le praticien devra verser en outre 3.000 euros de dommages et intérêts au conseil de l'Ordre national de la profession. « Si le principe de solidarité n’est pas respecté par un professionnel de santé, je me demande comment on va s’en sortir », a fustigé la procureure Sophie Taupin dans son réquisitoire.

Récidive

Le prévenu encourait six mois d’emprisonnement et 10.000 euros d’amende pour le récent délit de « violation d’un décret de réquisition par la vente de masques de protection ». « Ce qui fait froid dans le dos, c’est qu’un pharmacien ce n’est pas un épicier, c’est le docteur des médicaments, c’est une responsabilité lourde », a insisté la procureure, « désolée » qu’il ait continué de vendre des masques après un premier rappel à la loi.

Le 7 mars 2020, ce commerçant avait en effet fait l'objet d’une première procédure du parquet pour avoir vendu des masques alors qu’un décret du Premier ministre, daté du 3, imposait la réquisition de tous les masques de protection en raison d’une pénurie au début de la première vague épidémique. Le pharmacien avait alors expliqué qu’il n’avait pas compris que la vente était interdite. « Quelques jours après le décret, on peut tolérer une forme d’incompréhension, mais recommencer après un rappel à l’ordre, on ne peut pas l’entendre », a tranché la procureure.

1.700 masques vendus à des prix supérieurs au marché

Après un deuxième décret de réquisition du Premier ministre, le pharmacien a continué son commerce illicite du 10 au 21 mars. En douze jours, il écoulait 1.699 exemplaires pour un total de 3.068 euros auprès de 47 clients, à des tarifs parfois supérieurs aux prix du marché, pour une marge totale de 1.030 euros.

Plusieurs employés et son épouse pharmacienne, avec laquelle il est depuis en instance de divorce, ont assuré aux enquêteurs qu’il n’ignorait pas l’interdiction en vigueur.

« C’était du business, c’était purement lucratif », a fustigé à l’audience l’avocate de l’ordre départemental des infirmiers, partie civile au procès. « Il a bafoué la profession », a ajouté la défenseure du conseil national de l’Ordre des pharmaciens.

« On n’a pas cherché à se faire de l’argent »

Le commerçant a été placé sous contrôle judiciaire avec une interdiction professionnelle qui a duré deux mois. Une procédure disciplinaire est par ailleurs en cours auprès de l’Ordre. « On n’a pas cherché à se faire de l’argent. Je n’aurais jamais dû accepter de vendre ces masques. Les gens avaient besoin de masques. On avait du stock, qu’est-ce qu’on devait faire ? », s’est défendu le mis en cause à la barre.

Le pharmacien a rappelé le contexte d’extrême tension autour de la demande de masques. Selon lui, il s’agissait de répondre à l’inquiétude de ses clients habituels. « On était dépassé par les événements », a-t-il affirmé.