Disparition de Narumi Kurosaki : Le parquet requiert le renvoi aux assises de Nicolas Zepeda, son ex-petit ami

ENQUETE La juge d’instruction rendra sa décision début février concernant le renvoi ou non du Chilien Nicolas Zepeda devant la cour d’assises du Doubs, pour l’assassinat de l’étudiante japonaise Narumi Kurosaki en 2016 à Besançon

Thibaut Chevillard

— 

Nicolas Zepeda en juillet 2020
Nicolas Zepeda en juillet 2020 — Franck Lallemand/AP/SIPA
  • Narumi Kurosaki, une étudiante japonaise, a disparu en décembre 2016 à Besançon. Son corps n’a jamais été retrouvé.
  • Rapidement, les enquêteurs ont soupçonné son ex-petit ami, Nicolas Zepeda, de l’avoir tuée. Ce Chilien de 29 ans, qui était retourné dans son pays, a été extradé en France en juillet dernier, puis a été mis en examen pour assassinat.
  • Le parquet a requis lundi son renvoi devant la cour d’assises du Doubs. La juge d’instruction rendra sa décision en février.

Quatre années se sont écoulées depuis la disparition de Narumi Kurosaki. Si les enquêteurs de la police judiciaire ont depuis longtemps acquis la certitude que cette étudiante japonaise de 21 ans n'est plus en vie, ils n’ont jamais pu retrouver son corps, malgré les importantes recherches entreprises. Rapidement, tous les soupçons se sont portés vers Nicolas Zepeda, son ex-petit ami chilien âgé de 29 ans. Malgré ses dénégations, il a été mis en examen pour assassinat en juillet dernier. Jugeant ses explications « peu convaincantes », le procureur de la République de Besançon, Etienne Manteaux, a requis lundi son renvoi devant la cour d’assises du Doubs, a indiqué le magistrat mardi au cours d’une conférence de presse.

Les avocats des différentes parties disposent désormais de deux semaines pour formuler leurs observations. Passé ce délai, il reviendra à la juge d’instruction, Marjolaine Poinsard, de décider soit de rendre un non-lieu, soit du renvoi de Nicolas Zepeda devant la cour d’assises. Si tel était le cas, un procès pourrait se tenir d’ici à la fin de l’année. Il permettra peut-être de comprendre ce qu’il s’est passé dans la nuit du 4 au 5 décembre 2016, sur le campus universitaire de la Bouloie, à Besançon, où résidait depuis six mois cette étudiante japonaise brillante issue d’un milieu très modeste et qui bénéficiait d’une bourse.

« Des hurlements de terreur, des cris »

Ce soir-là, Narumi et Nicolas dînent ensemble à la Table de Gustave, à Ornans, une commune située à 25 km au sud de Besançon. Ils se sont rencontrés au Japon, en 2014, et ont vécu une idylle durant quelques mois. Mais depuis que la jeune femme est arrivée en France pour étudier au Centre linguistique appliqué (CLA) de Besançon, elle a pris ses distances. Elle a même commencé une nouvelle relation, suscitant la jalousie du Chilien. Durant cette période, les anciens amoureux se sont échangés sur Internet près de 1.000 messages. Nicolas, qui est resté au Chili, lui avoue qu’il l’aime encore.

En décembre 2016, il s’envole pour la France. Le 4 décembre, ils passent la journée ensemble et visitent le musée Gustave Courbet à Ornans. Après avoir dîné, ils rentrent chez Narumi. Nicolas Zepeda a reconnu avoir passé une partie de la nuit avec elle. Mais il affirme qu’elle était en parfaite santé lorsqu’il l’a quittée. Pourtant, plusieurs étudiants ont par la suite indiqué avoir entendu « des hurlements de terreur, des cris », mais aucun d’entre eux n’avait appelé la police, avait expliqué à l’époque le procureur de la République. Depuis, plus personne n’a revu la jeune femme.

Inter

Nicolas, lui, quitte l’Europe trois jours plus tard pour retourner au Chili. Ce fils d’un magnat des télécoms fait d’abord escale en Espagne, chez un cousin étudiant en médecine. Étrangement, Nicolas lui explique qu’il n’a pas revu Narumi depuis son départ du Japon. D’ailleurs, il se serait remis en couple avec une jeune allemande. Le comportement du suspect est plus que troublant. Il évoque Narumi au passé et pose des questions à son cousin sur la mort par asphyxie. Il lui demande aussi de rester discret sur son voyage en Europe et de ne rien poster sur Internet.

Le téléphone de la jeune japonaise n’est plus actif depuis le 5 décembre. Pourtant, plusieurs messages sont envoyés depuis son compte Facebook à sa famille et ses amis au Japon. A partir du 13 décembre, ils cessent d’en recevoir. Comment l’expliquer ? Il s’agit justement du jour où Nicolas Zepeda retourne chez lui au Chili. Tout porte à croire qu’il était leur auteur. L’enquête a d’ailleurs révélé qu’il avait demandé à deux étudiantes de lui traduire en japonais des phrases comme « J’ai un nouveau petit ami, je pars toute seule », ou « Je prends un train pour partir en voyage, je ne peux pas me servir du wifi ».

Allumettes et produit inflammable

Chargés des investigations, les enquêteurs de la PJ de Besançon ont découvert, grâce à la géolocalisation de sa voiture de location, que le suspect s’est rendu le 6 décembre, à l’aube, dans une zone boisée à l’est de Dole, dans le Jura. Ils ont aussi appris qu’il avait, quelques jours plus tôt, acheté des allumettes et un bidon de 5 litres de produit inflammable… Malgré d’importantes recherches, compliquées par l’arrivée d’un hiver froid et neigeux, le corps de Narumi n’a jamais été retrouvé. Nicolas, lui, est reparti au Chili, où il vit dans un immeuble cossu de la station balnéaire de Viña del Mar, à environ 120 kilomètres de la capitale, Santiago. Mais la justice française, qui a clos l’enquête, demandeson extradition fin 2019 afin qu’il comparaisse devant la cour d’assises.

En juillet 2020, peu avant 11h, le vol Air France qui arrive de Santiago atterrit à Charles-de-Gaulle. Dès sa descente de l’appareil, Nicolas est conduit par les enquêteurs dans le bureau de la juge d’instruction, qui le met en examen pour assassinat. Six mois plus tard, il assure toujours être « totalement étranger à la disparition de mademoiselle Kurosaki, et se dit persuadé qu’elle était toujours en vie », a indiqué le procureur de la République de Besançon. Il aurait rencontré la jeune femme « par hasard », alors qu’il était en Europe pour « visiter des universités et rendre visite à son cousin en Espagne ».

Mais le magistrat, qui ne croit pas à ces explications, estime qu’il avait prémédité son crime dès le mois de novembre. Le suspect encourt la réclusion criminelle à perpétuité. La famille de Narumi, elle, espère toujours qu’il finira, un jour, par avouer où se trouve la jeune fille. Contactée par 20 Minutes, l’avocate de Nicolas Zepeda, Me Jacqueline Laffont, n’a pas répondu à nos questions.