Procès Saint-Cyr : « Des peines ridicules pour une vie »… Colère froide du frère de Jallal Hami après les trois condamnations et quatre relaxes

BIZUTAGE Deux élèves officiers et un membre de la hiérarchie ont été condamnés à des peines de prison avec sursis, huit ans après la noyade dans la prestigieuse école militaire

Camille Allain

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Rachid Hami et son avocat Me Le Mintier dans la salle d'audience du tribunal correctionnel de Rennes lors du procès des militaires de Saint-Cyr.
Rachid Hami et son avocat Me Le Mintier dans la salle d'audience du tribunal correctionnel de Rennes lors du procès des militaires de Saint-Cyr. — C. Allain / 20 Minutes
  • En octobre 2012, l’élève officier Jallal Hami était mort noyé lors d’un atelier de « transmissions des traditions » à l’école militaire Saint-Cyr (Morbihan).
  • Ce jeudi, deux élèves officiers et un membre de la hiérarchie ont été condamnés à des peines de prison avec sursis pour homicide involontaire. Quatre autres prévenus ont été relaxés.
  • Un jugement qui a provoqué la colère du frère de la victime Rachid Hami, très critique à l’encontre du juge.

Il n’a pas pu se retenir. Alors que la cour allait se retirer, Rachid Hami s’est levé pour s’adresser au juge Kerhoas, qui venait de prononcer la relaxe de quatre des sept prévenus jugés pour homicide involontaire après la mort de son frère Jallal Hami. « Vous avez trahi mon frère. Vous m’avez déçu et vous avez déçu la justice », a lancé le frère de l’élève officier, mort en octobre 2012 lors d’un exercice de « bahutage » nocturne au sein de l’école militaire de Saint-Cyr Coëtquidan (Morbihan). Ce jeudi, le tribunal correctionnel de Rennes a condamné Marc Assier de Pompignan et Hugues Devolvé, deux élèves officiers, à six et huit mois de prison avec sursis, et Hervé Wallerand, membre de la hiérarchie, à six mois de prison avec sursis. « Des peines ridicules pour une vie », a estimé Rachid Hami. Il a eu beau dire que « ce n’était pas de la colère mais de la déception », le ton glacial et les mots employés trahissaient son sentiment d’injustice.

En octobre 2012, son frère était mort noyé lors d’un atelier de « transmissions des traditions » de l’école Saint-Cyr. Elève de première année, il devait traverser un étang où il n’avait pas pied en pleine nuit, avec ses rangers et cinq kilos d’équipement sur le dos. Sur les côtés du point d’eau, des projecteurs éclairaient la scène, mise en musique au rythme de La Valkyrie de Wagner et d’autres musiques de film. En difficulté dans cette eau à 9 degrés comme bon nombre de ses camarades, le brillant élève était mort noyé, sans qu’aucun des élèves de deuxième année qui organisaient l’atelier ne s’en rende compte. Sa disparition n’avait été signalée qu’une heure après.

« Une décision inaudible pour la famille »

Pour justifier sa décision, le juge Alain Kerhoas a précisé qu’il fallait à la justice reconnaître « une faute caractérisée » pour entrer en voie de condamnation. Au fil des 46 pages de jugement, les magistrats ont estimé que seuls le « père système » et le « colonel des gardes », numéros 1 et 2 du deuxième bataillon, et leur commandant étaient coupables de cet homicide involontaire. Une condamnation qui ne sera pas mentionnée au casier judiciaire des trois inculpés, leur permettant de poursuivre leur carrière militaire. Seul Marc Assier de Pompignan est toujours engagé dans l’armée. « Je ne savais pas que la mort de mon frère méritait qu’on l’efface du casier judiciaire de ceux qui ont causé sa mort ». « Quatre relaxes pour sept prévenus, c’est une décision qui est inaudible pour la famille Hami et qui s’inscrit en opposition avec les trois magistrats instructeurs qui se sont succédé dans le dossier », a ajouté son avocat Me Jean-Guillaume Le Mintier.

Lors du procès qui s’était déroulé en novembre, le procureur Philippe Astruc avait requis de trois mois à deux ans de prison avec sursis contre six militaires ainsi que la relaxe du général Francis Chanson. « Cela reste un drame humain et nous avons entendu la voix de la tristesse du frère de Jallal Hami. Mais cette faute n’était pas caractérisée pour le général Chanson. Il ne méritait pas d’être déclaré coupable », a estimé son conseil Me William Pineau. Le général Chanson était le seul des sept prévenus à être présent dans la salle d’audience ce jeudi à l’énoncé du délibéré. Si certains sont en opération extérieure, d’autres ayant quitté l’armée ont préféré ne pas se présenter. « Comment peut-on parler de remords moral quand on ne vient même pas prendre son jugement ? », s’agace Rachid Hami. Ce dernier espère que le procureur fera appel de ces condamnations. Le parquet prendra sa décision «la semaine prochaine», prévient Philippe Astruc.