L'usine Fibre Excellence de Tarascon
L'usine Fibre Excellence de Tarascon — Sylvain THOMAS / AFP

POLLUTION

Bouches-du-Rhône : Une amende de 50.000 euros requise pour pollution contre Fibre Excellence

Le tribunal de Tarascon a requis une amende de 50.000 euros pour pollution à l’encontre de l’usine de pâte à papier Fibre Excellence à Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône

  • Le tribunal correctionnel de Tarascon a requis une amende de 50.000 euros envers Fibre Excellence pour pollution.
  • Cette usine de pâte à papier située dans les Bouches-du-Rhône est poursuivie pour « émission de substances polluantes » aux « conséquences préjudiciables de nature à mettre en danger la santé humaine ».

L’une des usines les plus polluantes de France. Le tribunal correctionnel de Tarascon a requis mercredi 50.000 euros d’amende contre l’une des plus grosses usines de pâte à papier de France, propriété d’une société canadienne, « dans le déni » jusqu’en 2017 quant à ses émissions polluantes à Tarascon ( Bouches-du-Rhône) et aujourd’hui au bord de la faillite.

L’amende maximale encourue par la société Fibre Excellence de Tarascon est de 500.000 euros, mais le procureur Laurent Gumbau a estimé que « compte tenu des difficultés de l’entreprise », actuellement en redressement judiciaire, « il faut être raisonnable ». Selon lui, Fibre Excellence et ses actionnaires canadiens de Paper Excellence ont péché par « absence d’anticipation, de prise en charge d’un outil industriel qui vieillit avec des normes environnementales de plus en plus présentes ».

Le « déni » de la direction

Un inspecteur de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), un organisme d’Etat, qui a pu constater de « forts dépassements » de substances polluantes, a évoqué à la barre le « déni » de la direction de l’entreprise sur ces questions jusqu’en 2017.

« On a l’impression que cette usine a été délaissée du point de vue environnemental, sur l’autel de la rentabilité », a plaidé Me Julien Semmel, conseil de plusieurs parties civiles. « On attend le moment où on n’a plus le choix, où le risque pénal se pose, pour agir », a-t-il dénoncé, en référence aux nombreuses mises en demeure préfectorales dont Fibre Excellence a été destinataire avant d’entamer des investissements.

« Mentalité indonésienne »

Quand la présidente du tribunal interroge Roger Girard, directeur général délégué de l’entreprise depuis 2019, sur l’absence d’investissement à Tarascon de la part de Paper Excellence – société canadienne détenue par Jackson Widjaja, dont la famille dirige le géant indonésien de la papeterie mondiale Asia Pulp and Paper –, il évoque « une mentalité indonésienne moins portée sur les questions environnementales ». Roger Girard a aussi fait valoir la succession de 14 directeurs en 30 ans dans l’usine du Sud-Est de la France.

Depuis l’implantation de l’usine sur les bords du Rhône dans les années 1950, les habitants de la région se sont habitués à l’odeur d’œuf pourri caractéristique de la fabrication de la pâte à papier. « Ce procès pénal montre qu’il y a eu une prise de conscience de la population locale », s’est félicité Me Semmel, assurant que les 140 parties civiles « ont compris que non, ces odeurs, ces fumées, ce n’est pas normal, ce sont des dépassements de substances nocives ».

22 millions d’euros

« Aucune usine de pâte à papier au monde ne dégage une odeur de rose ! », s’est emporté Me Denis Borgia, conseil de Fibre Excellence, démentant le « déni » de l’entreprise face à la pollution et évoquant des dépenses de « 22 millions d’euros » pour une mise aux normes environnementales.

Fibre Excellence comparaissait pour « émission de substances polluantes » aux « conséquences préjudiciables de nature à mettre en danger la santé humaine », notamment des métaux lourds et des gaz oxydes d’azote. L’usine classée « Seveso » en raison de sa dangerosité potentielle se voit aussi reprocher l’utilisation d’installations non-conformes. Le délibéré sera rendu le 31 mars.