Attentat du 14 juillet à Nice : Selon un expert, les dispositifs de sécurité de la ville n’auraient pas pu arrêter le camion

ATTENTAT 14-JUILLET Les familles de victimes ont d’ores et déjà réclamé une contre-expertise

Elise Martin

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Les enquêteurs examinent le camion qui a servi à l'attentat de Nice le 14 juillet 2016.
Les enquêteurs examinent le camion qui a servi à l'attentat de Nice le 14 juillet 2016. — Sasha Goldsmith/AP/SIPA
  • Selon un rapport d’un expert judiciaire, aucun dispositif de sécurité n’aurait permis de stopper le camion le soir de l’attentat du 14-Juillet sur la Promenade des Anglais.
  • Plusieurs familles de victimes demandent une nouvelle expertise plus précise sur les dispositifs de sécurité et les conditions dans lesquelles les faits se sont déroulés.

En plus de l’enquête principale sur l’attentat du 14-Juillet, plusieurs familles avaient déposé plainte sur l’efficacité des dispositifs anti-intrusion dont disposait la ville en 2016. L’expert judiciaire mandaté a constaté que la course du  camion de 19 t n’aurait pas pu être stoppée par les jardinières ou les plots en béton, les dispositifs de sécurité à l’époque, confirme à 20 Minutes Samira Rouibah, coprésidente de l’association Promenade des Anges. Avec d’autres coprésidents, elle réclame une contre-expertise « pour une meilleure vérité ».

D’après Nice-Matin, qui a pu consulter ce rapport, aucun de ces barrages n’a été déployé le soir de la Fête nationale, pourtant mis en place pour l’Euro de football 2016 qui avait pris fin quelques jours auparavant. Mais l’absence de dispositif n’est pas le sujet de l’expertise. Pour décharger les services de l’État et ceux de la ville de leurs responsabilités indirectes, il s’agissait de savoir « si ces plots positionnés sur la chaussée et sur le trottoir auraient pu immobiliser le poids lourd, le ralentir, dévier sa course ou toute autre conséquence pouvant être envisagée. »

L’engin n’aurait été freiné que de 8 km/h

La réponse est non. Toujours selon les informations détenues par le quotidien local, la reconstitution a montré qu’aucun des deux barrages aurait été suffisant à stopper la course du camion de 19 t. Avec les jardinières en bois blanc d’une tonne, le poids lourd qui roulait à environ 40 km/h, aurait été ralenti d’à peine 5 km/h sans dévier sa trajectoire. Pour les plots de béton d’une tonne, placés en barrage, l’engin aurait été freiné de 8 km/h.

Les bornes rétractables maintenant installées sur la Prom auraient en revanche pu empêcher le camion de franchir la ligne de percussion, selon l’expert.

« Avec plusieurs coprésidents de l’association Promenade des Anges, on a analysé ce rapport », indique Samira Rouibah. « On a épluché minutieusement tous les éléments pour rapporter ensuite à notre avocat toutes les anomalies. Aujourd’hui, on en demande une nouvelle plus précise, faite par un expert qui ne serait pas Niçois, pour éviter une prise de position et pour une meilleure vérité. » Elle reproche notamment de n’avoir pris en compte que la plus petite des deux sortes de plots en béton à disposition de la ville à ce moment-là, d’autres séparateurs mobiles de voie pouvant aller jusqu’à deux tonnes.

La coprésidente ajoute : « Les familles aimeraient également que la juge d’instruction de Nice puisse avoir accès aux vidéos de surveillance du soir de l’attentat [les images sont sous scellées au Parquet antiterroriste à Paris] pour être sûre de la vitesse de déplacement du camion, par exemple. Aujourd’hui, nous n’avons que des estimations. »

Le nouvel expert a jusqu’à fin juin pour rendre son rapport.