Nice : Séquestrée 48 heures dans un fourgon en 2016, Jacqueline Veyrac « ne comprend toujours pas une telle haine »

PROCES La femme d’affaires niçoise fera face ce jeudi aux 13 accusés jugés pendant quatre semaines pour son enlèvement

Fabien Binacchi

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L'avocat de Jacqueline Veyrac Me Luc Febbraro avant l'ouverture du procès, le 4 janvier 2021 au tribunal judiciaire de Nice
L'avocat de Jacqueline Veyrac Me Luc Febbraro avant l'ouverture du procès, le 4 janvier 2021 au tribunal judiciaire de Nice — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • Treize personnes sont jugées devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes pour l’enlèvement et la séquestration, en octobre 2016, de Jacqueline Veyrac à Nice.
  • Cette riche propriétaire d’établissements hôteliers de la Côte d’Azur viendra raconter ce jeudi ces quarante-huit heures passées à l’arrière d’une camionnette « avec la peur de la mort ».
  • Le commanditaire présumé, un Italien de 67 ans, « est serein et impatient d’expliquer la vérité et d’être disculpé », selon son avocat.

Celle qui a toujours été « d’un naturel discret » selon son avocat ne devrait être présente que jeudi au procès de quatre semaines qui s’est ouvert ce lundi devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes. La femme d’affaires niçoise Jacqueline Veyrac, 80 ans aujourd’hui, y fera face à 13 accusés, dont ses ravisseurs présumés, pour raconter les quarante-huit heures passées à l’arrière d’une camionnette « avec la peur de la mort ».

« Elle ne comprend toujours pas une telle haine, elle est dans l’esprit de quelqu’un qui a beaucoup souffert et qui veut enfin tourner la page » plus de quatre ans après cette journée du 24 octobre 2016, a expliqué Me Luc Febbraro. Ce lundi-là, devant le garage de son domicile de Nice, cette riche propriétaire d’établissements hôteliers de la Côte d’Azur est enlevée, trois ans après une première tentative avortée.

Elle est ligotée, bâillonnée et aveuglée au fond d’un Renault Kangoo. Séquestrée à l’ouest de Nice dans ce véhicule pendant qu’une demande de rançon est envoyée à son fils sans jamais lui arriver, elle ne sera retrouvée et libérée que deux jours plus tard par un passant.

Vengeance et appât du gain

Dans le box des accusés, le commanditaire présumé de ce rapt, un restaurateur italien ruiné et rancunier qui a toujours nié son implication, n’avait pas encore été entendu par la cour ce lundi soir, après un long rappel de l’instruction. « Il est serein et impatient d’expliquer la vérité et d’être disculpé », a affirmé son avocat. « Les autres ont donné son nom quand l’enlèvement a foiré mais avoir un mobile n’est pas suffisant pour condamner un individu qui clame son innocence depuis quatre ans », a déclaré Me Corentin Delobel.

Giuseppe Serena, 67 ans, est poursuivi pour « complicité d’enlèvement et tentative d’extorsion en bande organisée ». Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Congédié par Jacqueline Veyrac, en 2009, de La Réserve, un restaurant du bord de mer de Nice dont il avait la gestion avec son amant finlandais, l’Italien aurait nourri pour la femme d’affaires une rancune tenace. Selon l’accusation, le rapt et la rançon auraient pu lui permettre, en plus d’une vengeance, à financer le rachat d’un nouveau restaurant.

Les parties civiles, et notamment les deux enfants de Jacqueline Veyrac espèrent obtenir des explications pendant le procès. « On serait tous heureux d’avoir […] quelque chose qui puisse ressembler à de la sincérité et qui puisse apaiser » la femme d’affaires, a détaillé son avocat.

Un sans-abri anglais et un ancien paparazzi

Malade, le principal accusé est entré ce lundi visiblement affaibli dans le box. A ses côtés, également incarcéré, Philip Dutton, 52 ans, n’a jamais cessé de désigner Giuseppe Serena comme l’instigateur des faits. Ce sans-abri anglais, ancien des forces spéciales est aussi jugé pour la première tentative d’enlèvement pour lequel il accable également l’Italien.

Luc Goursolas, 50 ans, ancien paparazzi devenu détective privé, fait lui aussi parti du commando incriminé. Présenté libre à l’audience, c’est lui qui est accusé d’avoir équipé le 4x4 de l’hôtelière de balises GPS, permettant son enlèvement au moment le plus propice.

Luc Goursolas, un ancien paparazzi surnommé «Tintin», est accusé d'avoir équipé le véhicule de la femme d'affaires de balises GPS
Luc Goursolas, un ancien paparazzi surnommé «Tintin», est accusé d'avoir équipé le véhicule de la femme d'affaires de balises GPS - F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

Au total, des empreintes et des traces ADN relevées pendant les investigations ont permis aux enquêteurs de renvoyer aux assises quatorze accusés, plus un mineur au moment des faits, qui sera jugé devant le tribunal pour enfants.

Ce lundi, treize individus étaient présents devant les jurés. Le cas du 14e accusé, Enrico Fontanella, 67 ans, soupçonné d’avoir également participé à la préparation du rapt, a été disjoint en raison des graves problèmes de santé.