Corse : Le berger jugé pour assassinat acquitté

VERDICT Le parquet a annoncé qu’il allait faire appel de cette décision

20 Minutes avec AFP

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Le palais de justice d'Ajaccio. (archives)
Le palais de justice d'Ajaccio. (archives) — OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP

Antoine Pietri, un berger de 30 ans, a été acquitté samedi soir par les jurés des Assises de Corse-du-Sud de l’assassinat de Patrick Julien. Ce président d’association et élu local a été tué le 4 novembre 2017 à Soccia. « Il est heureux, après trois ans de bataille judiciaire, il a été entendu », a glissé aux médias Me Paul Sollacaro devant le tribunal. Patrick Julien, 52 ans, avait été trouvé mort au volant de son tractopelle, dont le moteur tournait toujours, touché par des chevrotines à la fesse et à l’épaule et par un tir mortel de balle de gros calibre à la tête.

L’avocate générale, Françoise Mariaux, avait requis samedi matin vingt-cinq ans de réclusion criminelle à l’encontre du berger qui a toujours clamé son innocence. « Antoine Pietri a tué Patrick Julien ce jour-là et il l’a tué avec préméditation, ça veut dire qu’il est allé là pour ça », a fait valoir l’avocate générale, assurant qu’il avait tiré « trois fois » sur sa victime qui était de dos. Dans ce dossier, « vous n’avez pas d’aveux », mais il y a « des certitudes », avait-elle poursuivi, égrenant les éléments balistiques et ADN : « Sur les lieux des faits, seul son ADN a été retrouvé ».

Un mobile et pas d’alibi

Elle avait également relevé qu’Antoine Pietri « a (vait) menti » sur le tee-shirt qu’il portait le jour de l’assassinat et qui s’était révélé couvert de particules de résidus de tirs, « preuve qu’il a tiré le jour des faits ». Des résidus « non datables », a fait valoir la défense. Aux yeux de l’accusation, le mobile était « le sentiment d’injustice » du jeune homme face à la remise en cause de l’attribution de terres pour son exploitation agricole par une association communale présidée par la victime. « Personne n’était avec lui l’après-midi des faits entre 14h30 et 16h30, le créneau horaire durant lequel le meurtre a été commis », avait-elle insisté.

Pendant cinq heures, les trois avocats de la défense ont plaidé l’acquittement en conspuant le travail des enquêteurs qui « ont tout foiré », une juge d’instruction « inexpérimentée », l’expert « qui vient au secours des gendarmes », le « fiasco » de la reconstitution, des témoins et des pistes « laissés de côté » et des « réquisitions imbuvables ». On requiert « vingt-cinq ans sur une enquête bidon », s’est indignée Me Ana-Maria Sollacaro.

Arrêté « sur une rumeur »

Assurant qu’Antoine Pietri a été arrêté « sur une rumeur », Me Paul Sollacaro, a, lui, estimé que « tout ce qui, dans ce dossier, était susceptible de désaxer l’enquête a été balayé ». « On vous laisse avec de l’à peu près, de l’approximatif, du travail mal fait et peut-être même volontairement parce que les gendarmes voulaient sa tête », a-t-il dit aux jurés. « Ça sent pas bon, ça sent pas le petit berger corse, ça sent le grand méchant loup ».

Antoine Pietri s’est quant à lui dit « fatigué de la situation ». « Je veux simplement vivre, retrouver mes chevaux », a-t-il glissé avant que les jurés ne se retirent. Moins d’une heure après le verdict, Antoine Pietri, sourire aux lèvres et guitare sur le dos, est sorti de prison. Le ministère public a indiqué faire appel dès lundi de cette décision.