Affaire Fiona : Pourquoi la peine prononcée est-elle plus sévère pour Cécile Bourgeon que pour Berkane Makhlouf ?

PROCES Mercredi, Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, a été condamnée à 20 ans de prison pour la mort de sa fille en 2013 tandis que son ancien compagnon, Berkane Makhlouf a écopé de 18 ans

Caroline Girardon

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Renaud Portejoie, l'avocat de Cécile Bourgeon estime que la peine prononcée à l'encontre de sa cliente est incompréhensible.
Renaud Portejoie, l'avocat de Cécile Bourgeon estime que la peine prononcée à l'encontre de sa cliente est incompréhensible. — J.P Ksiazek / AFP
  • Jugée en appel pour la mort de Fiona en 2013, Cécile Bourgeon a écopé d’une peine de 20 ans de prison ferme et Berkane Makhlouf, de 18 ans.
  • Pour la première fois en sept ans et quatre procès, la mère de famille est plus lourdement condamnée que son ancien compagnon.
  • Comment expliquer cette différence ? 20 Minutes fait le point sur les hypothèses avancées par les avocats.

A la cour d’assises du Rhône, à Lyon

Les discussions, nouées dans la salle de délibération, resteront secrètes. La curiosité nous aurait pourtant bien incités à tendre l’oreille derrière la porte pour connaître les motivations des jurés de la cour d’assises du Rhône qui ont rendu, mercredi, un verdict « surprise » dans  l'affaire Fiona.

Jugée en appel pour la mort de sa fille en 2013, Cécile Bourgeon a été condamnée à 20 ans de prison tandis que Berkane Makhlouf a écopé d’une peine de 18 ans. Une différence qui n’a, pour l’instant, pas été expliquée puisque les motivations de la cour d’assises n’ont pas encore été communiquées. Mais pour la première fois depuis sept ans de procédure et quatre procès, l’accusée a été condamnée plus lourdement que son ancien compagnon.

Son attitude n’a pas plaidé en sa faveur

« J’ai tendance à penser que Cécile Bourgeon cristallise encore aujourd’hui tous les fantasmes », analyse Renaud Portejoie, son avocat. La veille du verdict, les conseils de l’accusée avaient pourtant exhorté les jurés à ne pas tenir compte de « l’opinion publique. » « Il n’y a pas de place pour l’instinct qui est le mauvais génie de la conviction », rappelaient-ils. Sans succès.

Sans preuve, les jurés ont fait « parler leur qualité de cœur », semble-t-il, estimant que la mère avait elle aussi porté les coups mortels à sa petite fille. « On ne lui pardonne pas ce qu’elle a pu faire, poursuit Renaud Portejoie. On ne lui pardonne pas ce mensonge [d’avoir fait croire pendant des semaines que Fiona avait été kidnappée dans un parc]. Et on lui fait payer judiciairement. »

Force est de constater que l’attitude de l’accusée, durant ces deux semaines et demie d’audience, n’a probablement pas plaidé en sa faveur. Ne permettant pas d’attendrir la cour. La victimisation dans laquelle Cécile Bourgeon s’est enfermée, l’absence d’émotion affichée lorsqu’il s’agissait de parler de la mort de son enfant, les trous de mémoire au moment d’évoquer un doux souvenir ont façonné l’image d’une mère détachée. Peu aimante. Négligente. Les témoignages des experts ou des proches sont venus renforcer le portrait, déjà esquissé, d’une « manipulatrice », d’une « menteuse ».

« La fausse disparition, c’est elle. Les médias, c’est elle. La dissimulation du corps, c’est elle. Et elle ne serait que la complice ? Elle a toujours un point d’avance sur ce pauvre Berkane Makhlouf », rappelait mardi dans sa plaidoirie Jean-François Canis, avocat des parties civiles. Alors pour son confrère Charles Fribourg, les sanctions prononcées « démontrent que Cécile Bourgeon a eu un rôle plus actif, prédominant ».

« C’est elle qui porte la culotte »

« Tout au long des débats, on a bien vu qu’elle avait un rôle central dans ce qui est advenu à Fiona », abonde Anne-Laure Lebert, avocate du père de Fiona. « C’est elle la principale instigatrice. C’est elle qui porte la culotte », appuie à son tour Nicolas Chafoulais.

« En amont de ces violences, Cécile Bourgeon délaissait déjà ses enfants. Elle les négligeait, elle les malmenait, elle les maltraitait. Sans doute, cette trajectoire-là a débuté avant même qu’elle ne soit avec Berkane Makhlouf. Aujourd’hui, c’est sa responsabilité première de mère qui s’est jouée », ajoute Me Lebert.

Jean-Félix Luciani, avocat de Berkane Makhlouf, avance lui aussi quelques hypothèses. « Dans ce qu’il a pu dire à la cour d’assises, mon client a fait passer, me semble-t-il, une certaine forme de sincérité », explique le conseil. Et de conclure : « Les jurés ont peut-être également tenu compte de son enfance particulièrement malheureuse, de son parcours de vie très difficile et douloureux. »