Attaque du Thalys : « Nous n’oublions pas et nous ne pardonnons pas… » La perpétuité requise contre Ayoub El Khazzani

PROCES Les avocats généraux ont requis de lourdes peines à l’encontre des quatre accusés jugés pour l’attaque d’un Thalys en août 2015

Thibaut Chevillard
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De gauche à droite : Ayoub El Khazzani, Bilal Chatra, Redouane El Amrani Ezzerrifi et Mohamed Bakkali
De gauche à droite : Ayoub El Khazzani, Bilal Chatra, Redouane El Amrani Ezzerrifi et Mohamed Bakkali — BENOIT PEYRUCQ / AFP
  • Quatre hommes, impliqués dans l’attaque d’un Thalys reliant Paris à Amsterdam en août 2015, comparaissent devant la cour d’assises spéciale depuis lundi. Un passager avait été grièvement blessé.
  • Ayoub El Khazzani, qui avait ouvert le feu à l’intérieur du train, répond de « tentative d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Ce citoyen marocain, alors âgé de 26 ans, agissait sur instruction d’Abdelhamid Abaaoud, coordinateur de la cellule terroriste ayant frappé la France et la Belgique en 2015 et 2016.
  • Ce mardi, les avocats généraux ont présenté leurs réquisitions.

Ils n’ont pas la même nationalité, ne se connaissaient pas avant les faits. Mais les quatre accusés ont un point commun : ils « ont tous croisé Abaaoud à un moment », note l’un des deux avocats généraux qui ont présenté, durant trois heures ce mardi, leurs réquisitions. Le djihadiste est « un personnage central » de ce dossier. C’est aussi « le grand absent dans ce box » puisqu’il a été tué à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) lors de l'assaut du Raid, quelques mois après l’attaque du Thalys. A l’été 2015, il était l’un des terroristes les plus recherchés au monde par les services de renseignement occidentaux qui le pensaient en Syrie.

En réalité, il se trouvait déjà sur le vieux continent où il coordonnait une série d’attentats au nom de Daesh. Et les accusés, souligne le magistrat, le savaient. « Ce que nous n’oublierons pas, c’est que le soir du 13-Novembre, quand nous comptions nos morts sur les trottoirs de Paris, vous cachiez la seule chose qui aurait pu empêcher ce massacre : la présence d'Abdelhamid Abaaoud en Europe. Nous n’oublions pas et nous ne pardonnons pas. » Contre les quatre hommes, jugés pour leur implication à divers degrés dans l'attaque du Thalys en août 2015, les avocats généraux ont donc requis des peines sévères, allant de 8 ans de prison à la réclusion criminelle à perpétuité.

Ayoub El Khazzani

Le 21 août 2015, sur ordre d’Abaaoud, Ayoub El Khazzani monte dans un Thalys, à Bruxelles. Quelques minutes plus tard, le djihadiste aujourd’hui âgé de 31 ans sort des toilettes armé d’une kalachnikov, d’un pistolet et d’un cutter. « Sauf que derrière la porte » se trouve Damien A., un passager qui tente de le maîtriser, « changeant le destin de ce massacre annoncé ». « Rarement un terroriste aura été confronté à autant d’obstacles », ironise le magistrat qui salue les « héros » qui ont permis de mettre un terme à l’attaque. Il explique qu’à « aucun moment, il n’a renoncé » à son « projet funeste », contrairement à ce que l'accusé affirme tout au long du procès. Il a requis à son encontre la perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

Bilal Chatra

Derrière ce visage poupon se cache celui qui était surnommé en Syrie « Abou Hamza le sniper ». Pour l’accusation, le jeune homme a joué le rôle d'« éclaireur » en guidant Ayoub El Khazzani et Abdelhamid Abaaoud entre la Syrie et la Belgique. L’avocat général souligne l'« absence de remords » chez cet Algérien de 24 ans qui a « montré sa fidélité indéfectible à l’organisation terroriste », et qui « à tout moment peut rebasculer ». Contre celui qu’il qualifie de « bombe à retardement », il a requis 30 ans de prison, assortie d’une période de sûreté des deux tiers.

Mohamed Bakkali

L’accusation affirme que Mohamed Bakkali a été le « chauffeur » d’Ayoub El Khazzani et d’Abdelhamid Abaaoud. Ce Belge de 33 ans aurait été chercher les deux hommes en Hongrie et en Allemagne pour les conduire dans un appartement conspiratif à Bruxelles. Déjà mis en cause dans les attentats du 13-Novembre, il a toujours nié son implication dans l’attaque du Thalys. Mais les « éléments téléphoniques » du dossier « le désignent » formellement comme étant le chauffeur, estime l’avocat général qui a requis une peine de 25 ans de prison à son encontre, assortie d’une période de sûreté des deux tiers.

Redouane El Amrani Ezzerrifi

Ce Marocain de 28 ans a croisé la route d’Abdelhamid Abaaoud en 2014. Il a notamment habité pendant un mois en Turquie dans le même appartement que lui. Après avoir repris son chemin, ce migrant aurait donné aux coordinateurs des attentats du 13-Novembre des informations sur la route à prendre pour se rendre en Belgique depuis la Grèce sans attirer l’attention des forces de sécurité. Une peine de huit ans de prison, assortie d’une période de sûreté des deux tiers, a été requise à son encontre.

Les avocats de la défense plaideront ce mercredi toute la journée. Le verdict est attendu jeudi en fin de journée.