Darmanin accusé de viol : « Je n’ai peur de personne ! », assure Sophie Spatz

INFO « 20 MINUTES » Sophie Spatz a déposé plainte pour « viol » à l’encontre de Gérald Darmanin. Elle se confie à « 20 Minutes » alors que le ministre vient d’être entendu par la justice

Vincent Vantighem, avec Emilie Petit à la vidéo

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Sophie Spatz, qui accuse Gérald Darmanin de viol, témoigne auprès de «20 Minutes» — 20 Minutes
  • En 2017, Sophie Spatz a déposé plainte pour « viol » contre Gérald Darmanin. Elle assure qu’il aurait, en 2009, exercé une « contrainte psychologique » sur elle pour obtenir ses faveurs sexuelles.
  • Frappée de deux classements sans suite du parquet puis d’un non-lieu d’un juge d’instruction, sa plainte a été relancée, en juin, par la cour d’appel de Paris, qui a réclamé des « investigations complémentaires ».
  • Entendue en octobre par la juge Mylène Huguet, Sophie Spatz a maintenu ses accusations. Gérald Darmanin a pour sa part été entendu lundi 14 décembre.

Les faits remontent au printemps 2009. Mais, encore aujourd’hui, la voix de Sophie Spatz se brise invariablement quand elle se met à raconter cette soirée passée avec Gérald Darmanin. « Je n’ai pas réussi à partir… J’étais anéantie… Je n’avais pas le choix… » Les phrases ne sont pas pudiques sans raison. C’est le seul moyen qu’a trouvé cette femme, aujourd’hui âgée de 48 ans, pour évoquer le  viol dont elle assure avoir été victime de la part de l’actuel ministre de l’Intérieur.

« C’est dur d’en parler… », souffle-t-elle. Et pourtant : dans un entretien qu’elle a accordé à 20 Minutes vendredi 11 décembre (lire l’encadré), elle indique qu’elle n’est pas prête à renoncer à son combat. « J’irai jusqu’au bout. J’épuiserai toutes les voies de recours en justice. Je n’ai peur de personne. » Pas même de l’homme qu’elle accuse aujourd’hui, et dont le statut est forcément particulier. « Sur le fait qu’il soit ministre de l’Intérieur, je vais être un peu brutale… Je m’en balance ! Pour moi, cela ne change rien… »

Un club libertin et une nuit à l’hôtel

Après avoir obtenu un report de sa convocation « en raison d’une contrainte professionnelle majeure », Gérald Darmanin a finalement été entendu, toute la matinée de lundi, par les juges Mylène Huguet et Dimitri Dureux. Il a été auditionné en tant que témoin assisté, un statut intermédiaire entre celui de simple témoin et celui de mis en examen. « C’est la démonstration qu’il n’y a pas, dans l’esprit des juges, d’indice démontrant l’existence d’une quelconque infraction », veut croire Mathias Chichportich, l'avocat du ministre de l'Intérieur.

Selon nos informations, Sophie Spatz a, pour sa part, été interrogée par Mylène Huguet à la fin du mois d’octobre. Forcément, elle est revenue sur sa rencontre avec Gérald Darmanin en 2009. Condamnée pour une affaire de chantage et d’appels malveillants, elle cherchait à l’époque à obtenir un procès en révision. Adhérente UMP, elle se rend au siège du parti, où elle rencontre celui qui n’est alors que chargé de mission et à qui elle demande des conseils. « Cela peut paraître risible mais elle a écrit à tout le monde, à l’époque. Même à Jean Sarkozy ! », rappelle Elodie Tuaillon-Hibon, son avocate.

D’après son récit, Gérald Darmanin lui promet alors d’intervenir. Quelques jours plus tard, il lui propose un dîner. La soirée se poursuit « Aux chandelles » un club libertin, puis dans un hôtel de la rue de Richelieu, dans le 1er arrondissement de Paris, où ils ont une relation sexuelle. « Il m’a dit : "Je vais vous aider. Mais moi aussi il va falloir m’aider…", raconte-t-elle aujourd’hui. J’avais compris… Il avait ma vie entre ses mains… Je n’avais pas le choix… »

Il récupère des produits de bain chez sa mère

Entendu une première fois par la police le 12 février 2018, Gérald Darmanin a une version diamétralement opposée. Il assure que c’est Sophie Spatz qui a pris les devants. Âgé de 26 ans à l’époque, il explique avoir été « impressionné », « un peu gêné » mais aussi « sensible » à ses charmes. Il lâche aussi que Sophie Spatz aurait pu s’enfuir à plusieurs reprises si elle s’était sentie réellement menacée.

Ce soir-là, une fois à l’hôtel, la jeune femme a en effet indiqué à Gérald Darmanin qu’elle souhaitait prendre un bain mais qu’elle avait besoin de produits de toilette. L’actuel ministre est alors ressorti pour aller lui en chercher chez sa mère qui habitait « à 10 minutes de marche » de là. A son retour, Sophie Spatz était toujours dans la baignoire. « A plusieurs reprises… J’ai essayé de partir… Mais je n’ai pas réussi, rétorque-t-elle à ce sujet aujourd’hui. Il exerçait une forme de contrainte psychologique sur moi. »

Une analyse que réfute catégoriquement le locataire de la place Beauvau. « Je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières, disait-il en juillet dans les colonnes de La Voix du Nord. Mais il faut quand même mesurer ce que c’est que d’être accusé à tort, de devoir expliquer à ses parents ce qu’il s’est passé parce que, c’est vrai, j’ai eu une vie de jeune homme. »

La cour d’appel réclame des « investigations complémentaires »

A l’époque, Sophie Spatz avait dénoncé les faits, notamment auprès de l’UMP dans un courriel adressé à Jean-François Copé le 6 novembre 2009. Mais elle a attendu 2017 pour porter plainte pour viol. « J’étais dans le cas de beaucoup de gens, confie celle qui assume son passé d’escort-girl. Je pensais qu’il fallait être violentée, les vêtements arrachés, tabassée, etc. Au jour d’aujourd’hui, je peux utiliser le mot de viol. Mais à l’époque des faits, je n’étais pas capable de poser ce mot-là… »

Et c’est sans doute dans cette prise de conscience qu’il faut aujourd’hui chercher les raisons de sa ténacité. D’abord frappée de deux classements sans-suite, notamment car elle ne s’était pas présentée à sa première convocation, sa plainte a ensuite fait l’objet d’un non-lieu, « les auditions n’ayant pas permis d’établir l’absence de consentement » de la plaignante. Mais en juin dernier, la chambre de l’instruction ordonne la réouverture de l’enquête, estimant que des « investigations complémentaires » sont nécessaires. Une occasion que Sophie Spatz ne va pas laisser passer.

« Pierre-Olivier Sur [l’un des avocats de Gérald Darmanin] estime que je m’acharne sur son client. Je veux le rassurer : je ne suis pas en dessous des autres. Et oui, j’irai devant toutes les juridictions s’il le faut… » A commencer par le cabinet des juges, s’ils ordonnent une confrontation. « C’est très difficile de m’imaginer de nouveau en la présence de Gérald Darmanin. Mais bien sûr, je m’y soumettrais… »

« 20 secondes de contexte »

L’entretien avec Sophie Spatz a eu lieu dans les locaux de 20 Minutes, vendredi 11 décembre. Elle a accepté de témoigner sous son nom et sans que sa voix ne soit modifiée. Mais elle a demandé à pouvoir être plongée dans le noir afin de ne pas être, par la suite, reconnue dans la rue.