Lille : Trois identitaires condamnés après la diffusion d’un reportage d’Al-Jazeera

EXTRÊME DROITE Entre glorification du régime hitlérien, projet d’attentat raciste et violences, les prévenus écopent de peines de prison avec sursis

Mikaël Libert

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Capture d'écran du documentaire d'Al-Jazeera, «Generation hate».
Capture d'écran du documentaire d'Al-Jazeera, «Generation hate». — Al-Jazeera
  • Trois hommes ont été jugés mi-novembre après un documentaire sur la mouvance identitaire à Lille.
  • Incitation à la haine raciale, provocation à commettre un acte terroriste raciste et violences sont les faits qui leur étaient reprochés.
  • Les trois prévenus ont été reconnus coupables et ont été condamnés à des peines entre 3 et 8 mois de prison avec sursis.

Condamner l’inexcusable. Ce mardi, le tribunal correctionnel de Lille a condamné trois identitaires mis en cause pour divers faits après la diffusion d’un documentaire de la chaîne Al-Jazeera, « Generation hate », diffusé en 2018. Accusés notamment de provocation à la haine raciale et de violences sur une jeune maghrébine, les prévenus avaient tenté de mettre leurs actes sur le compte de l’alcool. Une stratégie de défense, présentée à l’audience du 18 novembre, qui n’a pas du tout convaincu le tribunal.

Guillaume D est le seul à s’être présenté à la barre, ce mardi, pour entendre le jugement. Cet agent de sécurité, ancien client du bar la Citadelle, repaire du mouvement d’extrême droite Génération identitaire, était aussi le moins impliqué. A lui, il était reproché d’avoir aspergé de gaz lacrymogène une jeune maghrébine en janvier 2018, rue Masséna à Lille. Alors qu’il prétendait avoir voulu faire cesser une bagarre, le tribunal a plutôt estimé qu’il avait uniquement visé la jeune femme, « épargnant délibérément les deux co-prévenus ». Et pour ces violences, le tribunal a aussi retenu la circonstance aggravante qu’elles ont été commises par les trois hommes en raison de « l’origine ou de la religion de la victime. »

L’alcool est plutôt une circonstance aggravante

Outre les violences envers la jeune femme, le tribunal a retenu contre le second co-prévenu, Rémi F, la provocation à la haine et la provocation à commettre un acte terroriste. « Il n’y a pas d’ambiguïté ou d’incompréhension dans les propos du prévenu qui dessine un projet d’attentat terroriste », assure le tribunal. Rémi F avait aussi tenté de minimiser ses propos en affirmant qu’ils étaient le fait de l’alcool. Impossible pour le tribunal, notamment en raison de la précision des propos qui lui sont reprochés. D’ailleurs le président du tribunal insiste sur le fait que l’alcool est plutôt une circonstance aggravante.

Le dernier prévenu, Etienne V, dit « Le Roux », avait tenu des propos nazis dans un bar de Masséna avant de participer aux violences contre la jeune femme. La provocation à la haine raciale et à la discrimination est établie pour le tribunal parce qu’il « a fait sienne l’idéologie du régime nazi en le glorifiant par ses gestes et ses propos. » L’argument de l’alcool a aussi été balayé, le tribunal assurant au contraire que cela avait pu désinhiber le prévenu plutôt que de lui faire tenir des propos qu’il ne pensait pas.

Avant l’annonce du délibéré, le tribunal a insisté sur le fait que « les peines qui seront prononcées montrent la force de la désapprobation sociale des faits qui sont reprochés aux prévenus. » D’ailleurs, à l’encontre de Rémi F, il est allé au-delà des réquisitions du ministère public en le condamnant à 8 mois de prison avec sursis probatoire et mille euros d’amende. Etienne V, lui, est condamné à 5 mois de prison avec sursis probatoire et mille euros d’amende. Ce dernier aura par ailleurs d’importantes sommes d’argent à verser à titre de dommages et intérêts à quatre associations parties civiles. Le dernier prévenu, Guillaume D, est condamné à trois mois de prison avec sursis simple. Tous devront aussi effectuer, à leurs frais, un stage de citoyenneté, « pour apprendre à vivre avec les autres », a lancé le tribunal.