Attentats de janvier 2015 : Hayat Boumeddiene, la veuve en fuite d’Amedy Coulibaly, condamnée à 30 ans de prison

TERRORISME Partie en Syrie quelques jours avant les attaques terroristes de janvier 2015, l’épouse religieuse d’Amedy Coulibaly a été condamnée en son absence

Hélène Sergent
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Hayat Boumeddiene pose avec une arbalète en 2010 à Murat (Cantal)
Hayat Boumeddiene pose avec une arbalète en 2010 à Murat (Cantal) — REX/REX/SIPA
  • La cour d’assises spéciale a condamné Hayat Boumeddiene, toujours en fuite et recherchée, à une peine de trente ans de réclusion criminelle.
  • Elle a été reconnue coupable de participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle et de financement de terrorisme.
  • Les magistrats du parquet national antiterroriste avaient requis la même peine. Il s’agit de la peine maximale encourue pour les faits qui lui étaient reprochés.

À la cour d’assises spéciale à Paris,

Elle était la seule femme jugée à ce procès. En fuite et toujours recherchée, Hayat Boumeddiene a été condamnée ce mercredi à trente ans de réclusion criminelle assortie d’une période de sûreté des deux tiers. Reconnue coupable d’association de malfaiteurs terroriste criminelle et de financement du terrorisme, la veuve du terroriste Amedy Coulibaly a écopé de la peine maximale encourue. Une condamnation en accord avec les réquisitions du parquet national antiterroriste qui avait estimé qu’elle s’était « engagée en conscience » dans l’idéologie djihadiste embrassée par son conjoint.

Exfiltrée de France vers la Syrie quelques jours avant les attentats de janvier 2015 avec l’aide d’un proche de Coulibaly, Hayat Boumeddienne est devenue l’une des « figures » féminines de Daesh. Dans ses motivations, la cour d’assises spéciale a rappelé ce « statut particulier » acquis par la jeune femme au sein de l’organisation terroriste, confirmé à l’audience lors du témoignage d’une « revenante », Sonia Mejri, et par l’audition de la sœur d’Hayat Boumeddiene.

« Hayat Boumeddiene est devenue une icône »

« Hayat Boumeddiene a un profil atypique et a pleinement adhéré à l’idéologie djihadiste de Daesh. Elle est devenue une icône, un symbole voire une égérie pour cette organisation terroriste », note l’un des cofondateurs du Centre d’analyse du terrorisme (CAT), Jean-Charles Brisard, contacté par 20 Minutes à l’occasion de l’ouverture du procès. Un statut qui a grandement contribué à maintenir en vie la jeune femme estime l’expert : « Depuis son passage en Syrie, elle a toujours bénéficié de la protection de l’Etat islamique ».

Contrairement à de nombreuses figures du djihad français, Hayat Boumeddiene serait ainsi toujours en vie. Jusqu’ici détenue au camp d’al-Hol contrôlé par les forces kurdes, elle se serait enfuie avec 12 autres femmes djihadistes françaises. Une hypothèse confortée à l’audience lors du témoignage de sa sœur qui a précisé l’avoir eue pour la dernière fois au téléphone en octobre 2019. « Je maintiens ce lien parce que j’ai espoir qu’elle me dise un jour j’ai envie de revenir en France », avait-elle expliqué, tout en affirmant ne pas savoir où Hayat Boumeddiene se trouvait.

Le financement des attaques

Ce mardi, lors du verdict, le président Régis de Jorna est également revenu sur le rôle joué par la compagne de Coulibaly dans le financement des attaques perpétrées en janvier 2015. Dès le début de l’année 2014, Hayat Boumeddiene a, en effet, multiplié les crédits frauduleux à la consommation, les escroqueries, les retraits importants d’espèces ou encore loué des véhicules à son nom mais utilisés par son mari. Elle ne pouvait ainsi ignorer  les projets terroristes de son époux, a estimé la justice.

« Le projet d’action violente est concomitant à ces escroqueries », a déclaré le magistrat, ajoutant qu’elle ne « pouvait ignorer que l’argent obtenu frauduleusement puis retiré en espèces sur son compte bancaire » allait être utilisé pour « financer les attaques terroristes » d’Amedy Coulibaly et des frères Kouachi.