Cécile Bourgeon et son ancien compagnon Berkane Makhlouf sont jugés en appel jusqu'au 16 décembre devant le Assises du Rhône pour la mort de Fiona.
Cécile Bourgeon et son ancien compagnon Berkane Makhlouf sont jugés en appel jusqu'au 16 décembre devant le Assises du Rhône pour la mort de Fiona. — Zziig/AFP

AFFAIRE FIONA

Affaire Fiona : Trente ans de prison requis à l’encontre de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf

Caroline Girardon

Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, et son ancien compagnon Berkane Makhlouf sont jugés depuis le 1er décembre en appel devant les Assises du Rhône pour la mort de l’enfant en 2013

  • L’avocat général de la cour d’assises du Rhône a requis ce mardi après-midi la peine maximale à l’encontre de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf.
  • Soit 30 ans de réclusion criminelle pour la mort de Fiona (en 2013) dont le corps n’a jamais été retrouvé.
  • La défense de l’accusée a exhorté les jurés à se détacher de l’opinion publique en appliquant le droit.

A la cour d’assises du Rhône, à Lyon.

Il n’a pas voulu « réviser les orientations antérieures ». Mardi après-midi, Joël Sollier, avocat général de la cour d’assises du Rhône a requis la peine maximale, à savoir trente ans de réclusion criminelle à l’encontre de Cécile Bourgeon, la mère de la petite Fiona. Et à l’encontre de Berkane Makhlouf, son ancien compagnon. Soit les mêmes condamnations que celles demandées par le ministère public à Riom en 2016 et au Puy-en-Velay en 2018.

Pendant près d’une heure et demie, Joël Sollier s’est attaché à démonter les mensonges de ce « couple infernal fait de ruse et de rage », ne souhaitant pas « établir de hiérarchie » entre eux. Il a donc demandé aux jurés d’appliquer la même peine. Aussi bien à Cécile Bourgeon, la mère « faite de ruse », celle qui « accuse tout le monde pour s’exonérer de toute responsabilité », et à ce beau-père « la rage », celui qui cogne.

« Solidaires dans les coups mortels »

L’avocat général s’est aussi appliqué à démontrer leur implication commune dans la mort de la fillette en 2013. « Ils sont solidaires dans la fausse disparition de l’enfant, ils sont solidaires dans la manipulation. Ils sont solidaires dans la dissimulation du cadavre… Mais aussi dans les coups mortels », égraine-t-il.

Le ministère public a néanmoins une conviction : celle que Berkane Maklhouf est le seul à avoir frappé Fiona à mort. Ce qui ne dédouane pas pour autant Cécile Bourgeon, selon lui. « Oui, il y a une différence entre l’auteur et le complice. Elle ne tient pas dans leur responsabilité mais dans leur rôle. Ils n’ont pas fait la même chose mais l’un n’est pas moins coupable que l’autre », martèle-il aux jurés pour les convaincre de la « sévérité » de la peine à appliquer. Et d’ajouter : « Cécile Bourgeon participe de manière active à un processus mortifère. Elle avait conscience de ce qui se passait. »

« Fiona n’a que vous pour la défendre »

Joël Sollier enjoint alors les jurés à faire « appel à leur qualité de cœur » : « Fiona n’a que vous pour la défendre. Peut-on banaliser sa mort ? Le ministère public pense qu’il ne faut absolument pas le faire ». Et d’insister : « La justice n’est pas que le droit, elle va au-delà du droit. »

Appelé à plaider pour défendre Cécile Bourgeon, Renaud Portejoie contre-attaque d’emblée : « Il n’y a rien contre elle. Pas la moindre preuve qu’elle ait porté un coup ». Son père, Gilles Portejoie prend le relais de façon magistrale. « On vous dit que vous n’êtes pas là pour faire du droit, tonne-t-il dans son micro, tout droit tourné vers les jurés. Mais si, vous êtes là exclusivement pour faire du droit. »

La voix de l’avocat résonne dans le prétoire. Il s’attaque alors à l'« opinion publique », qui désigne sa cliente comme « une gueuse ». « Il n’y a pas de place pour l’instinct qui est le mauvais génie de la conviction, tempête-t-il. Vous aurez à prendre une décision comprise, non pas de l’opinion publique car on s’en fiche. Mais une décision que l’on pourra accepter ».

Le verdict sera rendu mercredi. En première instance, Cécile Bourgeon avait été condamnée à 5 ans de prison ferme et Berkane Maklhouf à 20 ans.