Attentats de janvier 2015 : « Vous avez le reste de ma vie entre vos mains », les angoisses des accusés à l’approche du verdict

PROCES Après 54 jours d’audience, la cour d’assises spéciale s’est retirée ce lundi pour délibérer. Mercredi, les onze accusés présents – trois autres sont jugés en leur absence – seront fixés sur leur sort

Caroline Politi

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Ce mercredi, le procès des attentats des janvier 2015 s'est ouvert devant la cour d'assises spéciale.
Ce mercredi, le procès des attentats des janvier 2015 s'est ouvert devant la cour d'assises spéciale. — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Ce lundi, plus de trois mois et demi après son ouverture, le procès des attentats de janvier 2015 s'est achevé. Le verdict est attendu mercredi.
  • Le parquet a requis des peines allant de cinq ans de prison à la réclusion criminelle à perpétuité. 
  • Les accusés n'ont eu de cesse de nier avoir été au courant des motivations des terroristes.

A la cour d’assises spéciale à Paris,

Leur sort n’est plus entre leurs mains, ni même entre celui de leurs avocats. Ce lundi après-midi, après 54 jours d’audience, la cour d’assises spéciale qui juge les attentats de janvier 2015 s’est retirée pour délibérer. Avant cela, et comme la procédure le prévoit, les onze accusés présents – trois autres sont jugés en leur absence – ont pris la parole pour un dernier « mot ». Tous ou presque ont adressé un message aux victimes et à leurs proches tout en se défendant des charges qui pèsent sur eux. « Ma compassion est sincère, c’est important que vous y croyiez, que vous la receviez », a déclaré Abdelaziz Abbad, contre qui 15 ans ont été requis. Et le trentenaire de préciser à l’intention des parties civiles : « Je n’ai aucun lien avec les faits dont vous souffrez, j’espère que vous comprendrez que je ne peux pas passer de la compassion aux excuses. »

Tout au long de ce procès, les accusés, soupçonnés d’avoir, à divers degrés, apporté leur concours aux terroristes en leur fournissant des armes, des munitions ou des véhicules se sont défendus d’avoir été au courant des projets terroristes. « Je ne peux pas demander pardon pour quelque chose que je n’ai pas fait », s’est emporté Ali Riza Polat, le seul accusé présent à être jugé pour « complicité » de crimes et contre qui la réclusion criminelle à perpétuité a été requise. Coutumier des haussements de voix et des coups de colère pendant tout le procès, ce Franco-Turc de 35 ans, ami de longue date d’Amedy Coulibaly, a clamé n’avoir « rien à voir dans cette histoire ». « Vous voulez que je vous dise quoi, que j’ai vendu des armes alors que c’est faux », a-t-il insisté.

« Il faut me croire quand je vous dis que j’ai rien à voir avec ça »

Mardi dernier, les avocats généraux ont requis des peines allant de cinq ans de prison à la réclusion criminelle à perpétuité. « Sans eux, Amedy Coulibaly n’est rien », avait alors insisté l’une des représentantes du ministère public. « Je suis inquiet, je ne vous le cache pas, vous avez le reste de ma vie entre vos mains », a insisté auprès de la cour Miguel Martinez, accusé d’avoir aidé Amedy Coulibaly à se procurer des armes. Et son co-accusé, Saïd Makhlouf de préciser : « j’ai peur que ce soit le côté politique qui l’emporte. On est en France, il y a les droits, j’espère que ces droits seront appliqués, parce qu’il y a les caméras du monde entier braquées sur nous. » Ne pouvant retenir ses larmes, Mickaël Pastor Alwatik a confié n’avoir jamais eu « aussi peur de [sa] vie » à l’approche du verdict, prévu mercredi, à 16 heures. « Il faut me croire quand je vous dis que j’ai rien à voir avec ça », a-t-il supplié avant de se rasseoir lourdement.