Procès du meurtre de Cintia Lunimbu : Jean-Baptiste Rambla, retranché derrière son passé et l’affaire Ranucci pour expliquer son acte

JUSTICE Au premier jour du procès du meurtre de Cintia Lunimbu, ce lundi, les assises de la Haute-Garonne ont surtout parlé du passé de Jean-Baptiste Rambla et de l’affaire Ranucci, dont il fut l’une des victimes

Béatrice Colin

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Toulouse le 31032008

La nouvelle cour d'assises reouvre demain matin.
Toulouse le 31032008 La nouvelle cour d'assises reouvre demain matin. — A.GELEBART/20MINUTES
  • En juillet 2017, Cintia Lunimbu, une jeune femme de 21 ans, était assassinée dans son appartement toulousain par un homme qu’elle n’avait jamais rencontré.
  • Ce lundi, au premier jour du procès de Jean-Baptiste Rambla, le suspect du meurtre de la jeune femme, sa famille a demandé des explications à son geste.
  • L’audience a surtout tourné autour du passé de Jean-Baptiste Rambla, témoin de l’enlèvement de sa sœur, Maria-Dolores, retrouvée morte deux jours plus tard, un meurtre pour lequel Christian Ranucci a été condamné et exécuté.

« Pourquoi, pourquoi ma fille, pourquoi elle, pourquoi il l’a tuée ? ». Cette question, Alberto Lunimbu compte bien la poser à Jean-Baptiste Rambla au cours de cette semaine d’audience devant la cour d’assises de la Haute-Garonne. Au premier jour du procès du principal suspect du meurtre de Cintia, son enfant unique, ce père de famille tente de ne pas sombrer. Sa femme, Maria, a craqué à l’énoncé des faits. Lorsque le président Michel Huyette a décrit la violence froide des coups qui ont mené à la mort de sa fille, les larmes l’ont gagnée.

Avant d’être emportée par la douleur, elle s’est écriée à l’attention de l’accusé « moi ma fille elle est partie, et lui, il est tranquille ». Jean-Baptiste Rambla, la cinquantaine grisonnante, est resté stoïque dans son box, les yeux rivés alternativement vers ses mains ou le sol, comme il l’a fait durant toute la matinée.

Le cri de désespoir était celui d’une mère, qui en juillet 2017 a appris qu’un homme avait pénétré dans l’appartement de sa fille, au quatrième étage d’un immeuble toulousain, l’avait frappée avant de la tuer à coups de cutter quelques minutes plus tard. Confondu par son ADN, Jean-Baptiste Rambla n’avait jamais rencontré sa victime, mais il n’était pas un inconnu de la justice.

Neuf ans plus tôt, il avait été condamné pour le meurtre de son ex-employeuse, Corinne Beidl, commis en juillet 2004. Mais son nom fait surtout référence à un autre fait divers, celui du meurtre de sa sœur, Maria-Dolores, enlevée sous ses yeux alors qu’il n’avait que six ans au pied d’un immeuble de la cité phocéenne. Deux jours plus tard, son corps sera retrouvé dans une champignonnière. Un meurtre pour lequel Christian Ranucci sera condamné et exécuté.

« Position victimaire »

Une affaire qui 46 ans plus tard plane au-dessus de ce procès. « Son enfance a été marquée par le meurtre de sa sœur, dont il lui a été impossible de faire le deuil », raconte Gaëlle Carraux-Alfort chargée de réaliser l’enquête de personnalité de cet homme aujourd’hui âgé de 53 ans. Au cours de ses trois rencontres avec l’accusé, il lui a confié : « si j’étais d’apparence normale, dedans j’étais gangrené par la haine. J’ai l’impression d’avoir été l’ombre de Ranucci ». Introverti, Jean-Baptiste Rambla est aussi pétri de culpabilité, celle du survivant.

Mais il ne supporte pas que l’on ait pu remettre en cause une autre culpabilité, celle de Ranucci et, de fait, que son témoignage d’enfant ait pu être remis en cause. De son premier procès pour meurtre, pour l’enquêtrice de personnalité, l’accusé garde une « position victimaire », comme si son passé et sa souffrance n’avaient pas été pris en compte. Pas assez.

Ce qui est loin d’être le cas cette fois-ci. Lorsque Simon Cohen, l’avocat des parents de Cintia, l’interroge sur une éventuelle remise en cause de l’accusé lors de leurs entretiens, Gaëlle Carraux-Alfort répond : « son passage à l’acte, il l’explique par son passé et les toxiques », en référence à la cocaïne qu’il affirme avoir ingérée quelques heures avant le meurtre.

Une drogue prise pour gérer son anxiété selon un psychologue qui l’avait examiné en 2005, avant son premier procès pour meurtre. « Il était affecté par les procédures judiciaires autour de l’affaire Ranucci, mais encore plus par son retentissement médiatique. Cette remise en cause l’a conduit à une instabilité psychique, une fragilité une anxiété, qu’il a cherché à traiter par la consommation de cocaïne », explique l’expert, en visioconférence depuis les Bouches-du-Rhône.

« La cocaïne, il en fait un élément de minimisation de son acte… Il en tire un avantage », souligne l’avocat général, David Sénat. Car pour l’heure, cette prise de stupéfiants et le passé de l’accusé sont les deux seules pistes pour justifier l’acte de Jean-Baptiste Rambla, que lui-même n’a jamais vraiment réussi à expliquer. « La responsabilité de ses actes relève bien de Jean-Baptiste Rambla, pas de son passé. Mais le poids de celui-ci est démesuré, on a l’impression que la volonté de l’accusation est de le faire passer au second plan », déplore Maître Frédéric David, l’un des deux avocats de l’accusé.

Après les experts psychiatriques ce lundi après-midi, ce dernier devrait prendre la parole mardi et mercredi pour s’expliquer, et peut-être donner un début de réponse aux parents éplorés de Cintia.