Affaire Le Scouarnec : L'ancien chirurgien fait appel de sa condamnation

PROCES Une décision qui a « révolté » les parties civiles près d’une semaine après des aveux inattendus de Joël Le Scouarnec devant la cour d’assises

20 Minutes avec AFP

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Affaire Le Scouarnec : L'ancien chirurgien fait appel de sa condamnation (Archives)
Affaire Le Scouarnec : L'ancien chirurgien fait appel de sa condamnation (Archives) — AFP

Jugé devant la cour d’assises de Charente-Maritime, à Saintes, il avait été condamné il y a une semaine à 15 ans de réclusion criminelle. L’ancien chirurgien Joël Le Scouarnec a fait appel ce vendredi de sa condamnation dans un premier dossier de viols et agressions sexuelles sur quatre victimes mineures. Une décision qui a « révolté » les parties civiles, après des aveux inattendus lors du procès à huis clos.

Après avoir échappé aux filets de la justice pendant trente ans, l’ex-chirurgien et pédocriminel assumé a été reconnu coupable d’atteintes sexuelles sur une de ses nièces et une jeune patiente dans les années 90, ainsi que des faits de viols (pénétrations digitales) sur une autre nièce, à la même période et sur sa voisine à Jonzac (Charente-Maritime), la fillette qui l’avait dénoncé en 2017.

Le Scouarnec « souhaite se laisser du temps »

Sa défense a expliqué que la loi ne lui laissait que dix jours, depuis le verdict le 3 décembre, pour faire appel, un délai « relativement court ». « Monsieur Le Scouarnec souhaite se laisser du temps, et ne pas se priver de son droit d’être jugé par la cour d’assises d’appel », a fait savoir son avocat Thibaut Kurzawa dans un communiqué à l’AFP.

Le parquet de Saintes a donc annoncé que l’ancien chirurgien avait fait appel vendredi contre sa peine de 15 ans, conforme aux réquisitions de l’avocat général, alors qu’il risquait un maximum de 20 ans de réclusion.

Il reconnaît avoir violé ses deux nièces

A son procès, l’homme de 70 ans, confronté à ses victimes, a reconnu avoir violé ses deux nièces, alors que la cour n’était saisie de ces faits que pour l’une d’elles. Jusqu’alors, il avait toujours démenti tout fait de viol. En revanche, il a persisté à nier le viol de sa voisine, alors âgée de 6 ans, et ne pas s’en souvenir.

Pour l’avocat, « sa position reste aujourd’hui inchangée ». Et d’assurer : « Son intention n’est pas de remettre en cause ce qu’il a pu dire lors de l’audience. S’il a contesté certains actes, il en a reconnu la grande majorité », a-t-il assuré.

Sauf désistement, Joël Le Scouarnec devra donc être rejugé devant une cour d’assises d’appel, une perspective ressentie comme une nouvelle « épreuve » à « revivre » pour les quatre victimes du procès.

« Mes clientes voulaient tourner la page »

« Mes clients sont révoltés par cette décision même si c’est un droit », a réagi Me Francesca Satta, avocat de la fillette de Jonzac et de ses parents. Une décision qui est pour elle « sans surprise compte tenu du fait qu’il a nié haut et fort son implication dans les faits subis » par la fillette. « C’est un choc (…) un calvaire qui continue (…) mes clientes sont effondrées », a commenté également Me Delphine Driguez, avocate des deux nièces. « Elles voulaient tourner la page… c’est très dur pour elles de réaffronter » Joël Le Scouarnec.

A son procès, il avait également reconnu des actes de pénétration sur trois victimes notamment sur une autre nièce et une ancienne voisine au milieu des années 80, mais ces faits avaient été écartés de l’enquête en raison de la prescription. « Elles sont aujourd’hui abattues », dit Me Nathalie Bucquet avocate de l’association partie civile Innocence en danger, qui a porté la voix de ces deux femmes au procès. « C’est un coup très dur pour les parties civiles, il y a une crainte que ses aveux soient remis en cause ».

Poursuivi pour des abus sexuels sur des centaines d’enfants

Comme Me Driguez, Me Bucquet s’interroge sur « l’intérêt juridique » de cet appel alors que l’ex-chirurgien détenu à la maison d’arrêt de Saintes est en outre poursuivi pour des abus sexuels dans une autre enquête, d’une ampleur inégalée, portant sur des centaines d’enfants. C’est la plainte de la fillette de Jonzac qui avait permis de mettre au jour cette gigantesque affaire de pédophilie guidée par les écrits glaçants du chirurgien retrouvés chez lui en 2017.

Depuis octobre, il est mis en examen à Lorient (Morbihan) pour des faits de viols et agressions sexuelles sur 312 victimes potentielles identifiées à la lumière de ses « carnets », relatant des sévices sexuels sur une période de 30 ans.