Affaire Fiona : Exhortée à « dire la vérité une dernière fois », Cécile Bourgeon ne flanche pas

AFFAIRE FIONA Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, a été interrogée pendant plus de cinq heures jeudi après-midi devant la cour d'assises du Rhône, où elle est jugée pour la mort de sa fille

Caroline Girardon

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Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, a été entendue plus de 5 heures jeudi devant la cour d'assises du Rhône.
Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, a été entendue plus de 5 heures jeudi devant la cour d'assises du Rhône. — J. Pachoud/ AFP
  • Jugée en appel avec Berkane Makhlouf pour la mort de Fiona, Cécile Bourgeon a été interrogée sur les faits, jeudi devant la cour d’assises du Rhône.
  • La mère de la petite fille est restée campée sur ses positions.
  • Malgré les exhortations de la cour à dire la vérité, elle n’a pas indiqué comment Fiona est décédée ni où elle est enterrée.

A la cour d’assises du Rhône, à Lyon

« Je ne sais pas. » Voilà, la phrase prononcée le plus souvent par Cécile Bourgeon lors de son interrogatoire, jeudi devant les assises du Rhône. La mère de Fiona a été longuement cuisinée pour savoir comment sa petite fille avait été tuée. Et où son corps se trouvait aujourd’hui. Plus de cinq heures durant lesquelles l’accusée n’a pas flanché. Fidèle à sa ligne de défense. Préférant se victimiser et reporter la faute sur son ex-compagnon Berkane Makhlouf.

Le président de la cour a bien essayé de la mettre face à ses contradictions. Mais rien. A chaque fois, la même réponse : « Je ne sais pas ». « Pourquoi, je mentirais ? » se défend la mère de famille. « Oh, vous avez déjà tellement menti », soupire avec lassitude Eric Chalbos, chargé de mener l’interrogatoire.

« Vous l’enterrez comme un animal »

D’un ton robotique mais ferme voire cinglant, l’homme souligne à de nombreuses reprises l’ineptie de ses déclarations. L’exhorte à parler. Puis la pousse dans ses retranchements pour réveiller la flamme de l’instinct maternel : « Pourquoi avoir enterré votre enfant nue ? Vous êtes sa mère. Vous auriez pu improviser une sépulture pour qu’il y ait un minimum de décence. Mais là, vous l’enterrez comme un animal, d’après ce que vous dîtes. » Pas de quoi faire sursauter l’intéressée, qui assume devant les jurés, ses choix dépourvus de sensibilité.

« Un esprit mal tourné peut penser que vous aviez intérêt à ce qu’on ne retrouve pas le corps de Fiona, au départ, afin d’empêcher des constatations médico-légales, poursuit Eric Chalbos. Sept ans et demi plus tard, seules des traces de fractures pourraient encore être relevées sur le cadavre. N’est-ce pas de nature à nous dire maintenant où elle est ? » Dernière tentative infructueuse.

Me Fribourg, l’avocat du père de Fiona, prend le relais alors pour acculer Cécile Bourgeon. « Il est important pour Nicolas Chafoulais de savoir dans quelles conditions Fiona est morte. On essaie depuis quatre procès d’avoir des réponses. Et à chaque fois, on se trouve avec la même déception. Pour la dernière fois, pouvez-vous nous dire la vérité ? ». Silence de l’accusée. L’avocat insiste : « Il veut et a le droit de savoir. C’est son père ! S’il vous plaît, pour une fois, arrêtez de nous servir vos histoires. Pour une fois, assumez. »

« Le cœur d’une mère, il ne se déchire pas, là ? »

La supplique de l’avocat n’aura aucun effet. « Excusez-moi, je comprends. Mais je vous assure que je ne peux pas vous dire autre chose que ce que j’ai déjà dit », rétorque la mère de famille avec aplomb. « J’ai l’impression que vous n’avez pas tout dit, que vous avez encore des choses à dire. Est-ce que je me trompe ? », tente Me Crespin. Même désillusion à la sortie. Cécile Bourgeon maintient : « J’ai tout dit ce que j’ai à dire. On essaie de montrer qu’on ne l’a pas enterrée, mais c’est la vérité ». Alors l’avocat général essaie à son tour.

« Vous avez eu des alertes, votre conscience n’était pas dans l’obscurité la plus totale. Le cœur d’une mère, il ne se déchire pas, là ? », questionne Joël Sollier, visiblement convaincu de la responsabilité commune des deux accusés dans le drame survenu en 2013.

« Je ne sais pas si vous sentez l’image que vous renvoyez »

En fin de soirée, Renaud Portejoie, avocat de Cécile Bourgeon, abat la dernière carte. « Cela fait sept ans que je vous exhorte à dire où est Fiona. Pour elle, comme pour vous », s’adresse-t-il à sa cliente, persuadé que l’absence de corps, et donc « le vide alimente le fantasme ». Et d’enfoncer le clou : « Vous semblez soupeser chaque mot. On n’a pas l’impression qu’il y ait de votre part des réponses spontanées. Je ne sais pas si vous sentez l’image que vous renvoyez. »

L’accusée consentira toutefois à lâcher quelques mots. Pour sa fille cette fois. « Je veux lui présenter mes profondes excuses de l’avoir laissé comme ça, de n’avoir pas su la protéger ». Cécile Bourgeon et son coaccusé encourent 30 ans de réclusion criminelle. Le verdict est attendu le 16 décembre.