Affaire Fiona : « L’overdose d’héroïne, je n’y crois pas », explique un expert en toxicologie au sujet de la mort de l’enfant

PROCES Cécile Bourgeon et son ancien compagnon Berkane Makhlouf sont actuellement jugés en appel devant les assises du Rhône pour la mort de la petite Fiona en 2013

Caroline Girardon

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La mort de Fiona en 2013 n'a toujours pas été expliquée.
La mort de Fiona en 2013 n'a toujours pas été expliquée. — Jeff Pachoud / AFP
  • Berkane Makhlouf et Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, sont jugés tous deux en appel devant les Assises du Rhône pour la mort de l’enfant.
  • La thèse d’un décès accidentel lié à l’ingestion de stupéfiants, longtemps défendue par les accusés, a été battue en brèche par les experts en toxicologie et médicaux.

A la cour d’assises du Rhône, à Lyon

De quoi est morte Fiona ? Sans corps, sans autopsie, aucune certitude. Uniquement des intuitions, des hypothèses, des vraisemblances voire de fortes probabilités. Le mystère persistera si Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf, jugés en appel devant la cour d’assises du Rhône, campent sur leurs positions et persistent à s’accuser mutuellement.

Si les experts n’ont pas de certitudes, ils ont en revanche des convictions. Profondes. Celle que Fiona n’est pas morte accidentellement d’une overdose de médicaments. Une version longtemps défendue par les accusés mais aujourd’hui battue en brèche par Yvan Gaillard, expert en toxicologie.

« L’overdose d’héroïne, je n’y crois pas »

L’ingestion d’une dose mortelle de cannabis ? « Ce n’est pas impossible » mais Yvan Gaillard « n’a jamais vu cela en trente ans de carrière ». « Entre 2010 et 2014, 144 cas d’intoxication pédiatriques au cannabis ont été répertoriés. Aucun ne s’est traduit par un décès de l’enfant », pointe le docteur Caroline Rey-Salmon.

Sur la liste de produits stupéfiants consommés régulièrement par le couple, figure la cocaïne. « Il y a peu de surdoses, il n’y a pas de morts déclarés chez l’enfant », soulève Yvan Gaillard, ajoutant : « L’overdose d’héroïne, je n’y crois pas », non plus. « C’est très amer car il y a beaucoup de caféine dedans. Ce n’est vraiment pas bon. Si Fiona en avait avalé, elle l’aurait immédiatement recraché », argumente le spécialiste. Impossible, de fait, qu’elle l’ait « confondu avec un bonbon ».

Méthodique, précis, l’homme écarte également la piste du Subutex, médicament de substitution aux opiacés. « Pour qu’il soit actif, le cachet doit fondre sous la langue, expose-t-il. Je ne suis pas persuadé qu’une enfant de 5 ans puisse le garder sous la langue pendant dix minutes ». Dans le pire des scénarios, ce médicament provoquerait « un coma » mais pas « de surdose », poursuit-il avec pédagogie. Quant au Xanax ? Il aurait fallu que la fillette « avale toute la boîte » pour décéder.

Traumatisme abdominal fatal

Mercredi, l’hypothèse d’une ingestion mortelle a sérieusement pris du plomb dans l’aile. Jean-François Canis, avocat des parties civiles, n’y croit pas non plus. Et pour d’autres raisons. « Si l’on se réfère au dossier, les enquêteurs n’ont pas retrouvé de cocaïne, d’héroïne, de xanax au domicile du couple lors de la perquisition, rappelle-t-il. Il n’y avait que des plants de cannabis, des Doliprane et un sachet de Subutex. Rien qui puisse provoquer un état comparable à ce qui a été décrit ». De là à penser que les accusés auraient menti en affirmant s’être « défoncés » la veille de la mort de Fiona ? L’avocat ne l’a pas explicitement formulé mais il a semé la graine du doute.

Selon Caroline Rey-Salmon, l’enfant serait décédé de violence. La légiste a eu la délicate mission de réaliser une autopsie virtuelle. C’est-à-dire déterminer les causes de la mort sans pouvoir examiner le corps, jamais retrouvé. Alors l’experte s’est basée sur le dossier médical de Fiona et sur les dires des accusés consignés dans les procès-verbaux.

A l’issue de ses recherches, elle a privilégié plusieurs hypothèses dont « une lésion intracrânienne fatale ». Les traces de coups, repérées sur le visage de la fillette quatre jours avant la date supposée de sa mort, pourraient l’expliquer. A une nuance près qui fait douter la légiste. « Cela induit d’avoir d’importants maux de tête. Or, les accusés n’en ont pas fait mention dans leurs déclarations ». Au sujet de Fiona, ils ont parlé de maux de ventre, de vomissements. Mais pas de céphalées.

La thèse « la plus probable » de la mort de Fiona serait un « traumatisme abdominal fatal », « la deuxième cause de mortalité chez l’enfant maltraité », révèle Caroline Rey-Salmon. « Le mécanisme est lié à un choc direct ». Comme un coup de genou dans le ventre ou un coup de poing. Un seul et unique coup aurait pu suffire à tuer l’enfant, assure l’experte. Même un coup porté plusieurs jours avant. « Les symptômes d’un traumatisme abdominal fatal sont insidieux. Dans certains cas, il peut y avoir une rupture secondaire d’un organe », conclut la légiste.

Les deux accusés encourent trente ans de réclusion criminelle. Le verdict est attendu le 16 décembre.