Affaire Fiona : « Tu es un monstre »… La colère d’une ancienne amie de Cécile Bourgeon

PROCES Cécile Bourgeon et son ancien compagnon Berkane Makhlouf sont actuellement jugés en appel devant les assises du Rhône pour la mort de la petite Fiona en 2013

Caroline Girardon
Cécile Bourgeon à son arrivée à la cour d'assises du Rhône le 4 décembre.
Cécile Bourgeon à son arrivée à la cour d'assises du Rhône le 4 décembre. — Jeff Pachoud / AFP
  • Sixième journée de procès pour Berkane Makhlouf et Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, jugés tous deux en appel pour la mort de l’enfant.
  • A Lyon, une ancienne amie de Cécile Bourgeon est venue témoigner mardi, faisant part de son sentiment de « trahison ».
  • « Je l’ai crue. Je l’ai soutenue jusqu’à bout », a regretté cette jeune femme assumant avoir traité l’accusée de « monstre ».

A la cour d’assises du Rhône, à Lyon

Lorsqu’elle parle de Fiona jouant avec son lapin, sa voix s’adoucit. Avant de s’étrangler. Parfois, elle s’arrête, submergée par l’émotion. Puis se reprend et continue de se livrer. Au sixième jour du procès en appel de Cécile Bourgeon et Berkane Maklhouf devant les assises du Rhône pour la mort de la fillette, Laëtitia* est venue témoigner de son « amitié de dix ans » avec l’accusée. Une amitié née des années collège. Une amitié désormais révolue.

« Vous vous êtes sentie trahie ? », l’interroge Eric Chalbos, le président de la cour. « Oui », affirme la jeune femme, appuyant sa réponse d’un mouvement de tête. Certes, Laëtitia avait bien relevé quelques détails. Les remarques sur le physique de Fiona « qui ressemblait à son père ». Le changement de statut de la fillette, passée de « petite princesse » à « petit boulet » dans l’esprit de sa mère. La « haine » que cette dernière avait développée à l’encontre de Nicolas Chafoulais, le père de l’enfant.

« Allez brûler en enfer »

« Après la disparition de Fiona, j’ai essayé de contacter Cécile mais elle refusait de me voir », expose Laëtitia. A l’époque, les gendarmes étudient la piste d’un enlèvement. Et la Clermontoise veut « soutenir moralement » son amie qu’elle pensait inconsolable. « Quand elle répondait, elle refusait de parler de Fiona. Elle ne parlait que du bébé qu’elle avait dans son ventre et de sa grossesse. Il y avait un décalage entre cet enfant à venir et Fiona ». Sur le moment, la jeune femme trouve cela étrange mais n’imagine pas encore le pire.

« Vous avez envoyé un texto à Cécile Bourgeon dans lequel vous avez écrit : "Tu es un monstre. Allez brûler en enfer. Je te souhaite le pire à toi et à ton mec." », relève Eric Chalbos. Sans se démonter, Laëtitia assume : « Oui, je l’ai fait quand elle était en garde à vue et quand j’ai appris qu’ils étaient suspectés de la mort de Fiona. Je savais qu’elle ne pourrait pas le lire mais je lui ai quand même envoyé. »

« Comment une maman peut faire ça ? »

« Je n’y croyais pas. C’était impossible humainement d’imaginer une telle issue », se justifie Laëtitia. Sa colère a donc parlé. « Je l’ai crue. Je l’ai soutenue jusqu’au bout », révèle la jeune femme, encore profondément blessée par cette « trahison ». « A l’époque, j’avais de la compassion pour mon amie, lâche-t-elle. Mais finalement, je ne l’ai jamais vu pleurer… Je ne vois pas comment une maman peut faire ça. »

En face, Cécile Bourgeon, emmitouflée dans son pull rouge, ne bronche pas. Pas un regard pour son amie. Pas la moindre manifestation d’humeur. Son regard reste dans le vide tandis que les charges pleuvent. Car à la barre, Laëtitia se livre sans retenue : « Comment peut-on avoir un tel aplomb ? Comment peut-on avoir les nerfs pour faire ça s’il n’y a pas derrière, une raison extrêmement macabre ? Je ne comprends pas ». Et d’insister, entre deux sanglots : « On n’est pas à l’abri d’un accident domestique. Mais pourquoi le cacher et faire une telle mise en scène ? » Pour les réponses, il faudra attendre jeudi si jamais Cécile Bourgeon en apporte.

En attendant, Laëtitia n’a « pas dormi pendant des semaines, des mois », se posant mille questions. Se remémorant l’attitude de son ancienne amie. « Non, elle n’avait pas l’image d’une maman en détresse qui venait de perdre son enfant, réalise-t-elle après coup. Moi, je l’aurais cherché jour et nuit. »

Les débats se poursuivent jusqu’au 16 décembre. Les deux accusés encourent 30 ans de réclusion criminelle.

*Le prénom a été changé