Lot : Aboiements, plaintes, gendarmes mobilisés… Conflit de voisinage autour de la propriété d’un ancien ministre

INFO «20 MINUTES» En conflit de voisinage avec un des fils de l’ancien ministre Jacques Mézard, aujourd’hui membre du Conseil constitutionnel, une jeune éleveuse lotoise de huskies a déposé plainte contre X, notamment pour « harcèlement moral »

Eric Dourel
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Un élevage de chiens de traîneau est à l'origine de ce conflit de voisinage.
Un élevage de chiens de traîneau est à l'origine de ce conflit de voisinage. — Podskavek Vojyech - AP - Sipa
  • Une éleveuse de chiens lotoise vient de déposer plainte contre X, notamment pour « harcèlement moral », sur fond de conflit de voisinage pour nuisances sonores.
  • Elle vit près d’une propriété familiale de l’ancien ministre Jacques Mézard.
  • Et depuis le premier confinement, elle a eu droit à deux inspections sur son élevage, sans compter une enquête de gendarmerie.

Le 9 novembre dernier, Eva Leconte, éleveuse canine de 31 ans dans le Lot, a déposé plainte contre X auprès du procureur de la République de Cahors pour «  harcèlement moral » et « appels téléphoniques malveillants ».

En 2016, à proximité de Montvalent (300 âmes), elle monte un élevage de huskies sibériens au milieu des bois. Son premier voisin, qui se situe à 270 mètres à vol d’oiseau, n’est autre que Jacques Mézard, membre du Conseil constitutionnel et ancien ministre (PRG) de l’Agriculture (2017) et de la Cohésion des territoires (2018). Au mois de mars, un de ses deux fils, Maximilien, vient se confiner dans cette demeure familiale. A partir de là, les rapports s’enveniment. « Je me suis retrouvé dans cette maison pendant des mois, avec ma femme enceinte et ma fille de trois ans qui entendait toutes les nuits des hurlements de loups », se remémore le fils du ministre. « Oui, je suis allé porter plainte, oui, j’ai appelé les services vétérinaires, quant à l’enquête de gendarmerie, c’est également de mon fait. Il fallait que ça cesse. »

Vingt-cinq colliers anti-aboiement achetés en 2017

Les démarches engagées vont être particulièrement efficaces : Dix jours après sa plainte, la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (qui regroupe les services vétérinaires) diligente une inspection. Des « non-conformités » mineures sont relevées, mais rien concernant les aboiements. Le 5 août, nouvelle visite : « Pendant le temps de l’inspection [environ deux heures], les aboiements ont été furtifs et limités au moment de l’entrée dans l’enceinte de l’élevage, » indique l’inspectrice dans son rapport.

La commune de Montvalent, dans le Lot.
La commune de Montvalent, dans le Lot. - Map4News

Pour l’éleveuse, c’est clair, « ils ont cherché le moindre détail pour me coincer, alors que je ne laisse pas mes 35 chiens aboyer ». Elle énumère les 5.000 euros investis depuis 2017 pour acheter 25 colliers anti-aboiement, mais aussi les huit caméras de surveillance connectées à des haut-parleurs pour une intervention à distance en cas de souci.

Les gendarmes multiplient les auditions

En parallèle des inspections, les gendarmes de la brigade de Souillac ouvrent une enquête, font des rondes. L’éleveuse, sa mère, d’autres voisins plus lointains, ainsi que le maire et l’ancienne maire sont auditionnés. Sans résultat. « Aucune gêne » affirme l’un. « Jamais incommodé », affirme un autre. « Ni oralement, ni par écrit, personne n’est jamais venu se plaindre », jure l’ancienne élue Catherine Calvy, en poste de 2008 à 2020. « Pas de commentaire », rétorque Guilhem Cledel, le nouvel édile de Montvalent.

Entre-temps, entre mi-juillet et fin août, Eva Leconte mais aussi sa mère déposent des mains courantes pour dénoncer des appels anonymes nocturnes, des entrées intempestives sur leur propriété d’une voiture qui klaxonne à tout-va et une plainte pour « divagation d’animal dangereux » à l’encontre de Lucrèce, le chien emblématique de Jacques Mézard.

Fin septembre, la préfecture du Lot convoque l’éleveuse devant une réunion du conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst), pour lui imposer par arrêté, et à ses frais, une campagne de mesure d’émissions sonores. « Le Coderst a donné un avis défavorable au projet d’arrêté. Le préfet a donc suivi l’avis de la commission », reconnaît Jean-Paul Lacouture, chef de cabinet du préfet du Lot. « Maintenant il va falloir déterminer les raisons d’un tel acharnement », enchaîne Me Pascal Nakache, avocat d’Eva Leconte. La balle est désormais dans le camp du procureur de la République de Cahors.